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voûtes

Publié le 18 octobre 2010 par Hoplite

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Avant tout, et contrairement à nos modernes, les architectes de l’age roman parlaient à Dieu. Accessoirement, ils étaient sollicités par un problème essentiel à la construction des églises, celui de donner à ces imposants édifices de pierre une couverture, elle même de pierre, qui soit digne de leur majesté. Les charpentes qui couvraient généralement les basiliques manquaient d’allure et, de plus, elles s’enflammaient facilement. La science qu’avaient les Romains de voûter de grands édifices impliquait toute une série de connaissances techniques et mathématiques qui, dans une large mesure, étaient perdues.

Aussi le XIème et le XIIème siècle furent-ils une période d’incessantes expérimentations. Ce n’était pas une petite affaire que de couvrir d’une voûte toute la largeur de la nef. La solution la plus simple semblait  être de lancer la voûte comme on lance un pont sur une rivière. On construisit des piliers formidables pour supporter les arcs de ces ponts. Et il devint vite évident qu’une telle voûte, pour ne pas menacer de s’écrouler, devait être très solidement assemblée et qu’il y fallait un très grand poids de pierre. Pour supporter ce poids énorme, murs et piliers devinrent encore plus forts et plus massifs. Ces voûtes en berceau nécessitaient d’immenses entassements de pierres.

Aussi les architectes romans se mirent-ils à la recherche d’une technique nouvelle. Ils comprirent qu’il n’était pas absolument nécessaire de construire une voûte si pesante. Et qu’il suffisait d’établir un certain nombre d’arcs de soutien très solides et de remplir les intervalles d’un matériau plus léger. On s’aperçut ainsi que le meilleur système était de lancer entre quatre piliers des arcs de soutien- ou des nervures- croisés en diagonale, puis de combler les sections triangulaires qu’ils déterminent. Cette idée qui devait bientôt révolutionner les méthodes de construction, semble trouver son origine à la cathédrale de Durham ; L’architecte, qui peu de temps après la conquête, employa ainsi la première voûte en croisée d’ogive pour l’intérieur imposant de cette cathédrale était sans doute loin de prévoir toutes les conséquences de son invention.

Or, à peine les architectes eurent-il réussi à voûter leurs églises, que des recherches nouvelles vinrent donner à toutes ces églises normandes et romanes quelque chose d’archaïque et de démodé. L’idée prit naissance dans le nord de la France : il s’agit du principe du style gothique. Plus qu’une simple innovation technique, c’était une révolution : la découverte que le principe consistant à voûter une église par des arcs croisés en diagonale, pouvait être appliqué beaucoup plus systématiquement et à beaucoup plus grande échelle que les normands ne l’avaient imaginé. Si vraiment les piliers suffisaient à porter les nervures de la voûte, et si les pierres qui formaient les voutins triangulaires n’étaient que du remplissage, alors il n’était plus besoin de murs massifs entre les dits piliers. C’était la possibilité d’élever une espèce d’armature de pierre capable de maintenir tout l’édifice. Il n’y fallait que de minces piliers et d’étroites nervures ; On pouvait évider les intervalles sans compromettre la solidité de l’armature ; Plus besoin de lourds murs de pierre : on pouvait les remplacer par d’amples fenêtres. C’était la possibilité de construire une église d’un type tout à fait nouveau, un édifice de pierre et de verre comme le monde n’en avait jamais connu. C’est là l’idée directrice des cathédrales gothiques, idée qui porta ses fruits dans le nord de la France, au cours de la seconde moitié du XII ème siècle.

Evidemment, le principe de la voûte  sur croisée d’ogives n’a pas, à lui seul, entraîné toute la révolution que représente le style gothique. Plusieurs autres inventions techniques ont été nécessaires pour accomplir le miracle. Les arcs en plein cintre- en berceau- du style roman, ne convenaient pas aux buts poursuivis par les constructeurs gothiques. Pour élever la voûte, il fallut renoncer au demi-cercle pour le principe de l’arc brisé, plus ou moins obtu ou aigu selon les exigences de la construction.

Un autre problème se posait : les lourdes pierres de la voûte ne pèsent pas seulement verticalement, mais aussi latéralement. Les piliers à eux seuls ne pouvaient résister à cette poussée latérale. De forts soutiens, de fortes butées -des contreforts- étaient indispensables pour maintenir l’édifice. Mais pour assurer le maintien de la nef, il fallut inventer des contreforts particuliers, les arcs-boutants, passant par dessus le toit des bas-côtés, complétant ainsi l’armature de la voûte gothique. C’est l’égale répartition du poids, des charges, qui permit de réduire de plus en plus la masse de matière employée, sans compromettre la solidité de l’ensemble.

Mais il serait erroné de ne considérer ces églises que comme des tours de forces d’ingénieurs ; les architectes se préoccupaient avant tout de rendre sensible et émouvante la hardiesse de leur plan. Un église gothique est un miracle architectural résultant du jeu complexe et maîtrisé de poussées et de résistances qui maintiennent la haute voûte. L’intérieur d’une telle église fait immanquablement penser à la frondaison de quelques grands arbres, entre tissage de colonnes et de nervures, fenêtres élancées diffusant à profusion la lumière au travers de vitraux brillants et multicolores représentant des scènes liturgiques.

Il est difficile d’imaginer l’impression qu’ont du faire ces monuments sur des gens qui ne connaissaient que les farouches et lourds édifices romans. Ces dernières églises si robustes, si massives -et si belles-, pouvaient bien exprimer quelque chose de l’Eglise militante qui offre un refuge contre les assauts du démon. Les nouvelles cathédrales ouvraient au croyant un autre monde, plus prés du royaume céleste que de la vie terrestre.


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