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La guerre du graphe social

Publié le 06 janvier 2008 par Doyoubuzz

L’histoire a fait le tour de la blogosphère : Robert Scoble, le célèbre blogueur, s’est vu supprimer son compte Facebook en allant récupérer automatiquement les données de ses contacts (toute l’histoire sur Techcrunch FR).

Ce qui est intéressant, dans cette histoire, c’est de voir à quel point ces informations sont sensibles pour Facebook. Tellement sensibles que la sanction est immédiate et sanglante ! Ces connections entre les utilisateurs, ce qu’on appelle le graphe social, c’est un peu le trésor de guerre de Facebook, ce qui fait toute la valeur du réseau — même si pour le moment, on ne sait toujours pas si la valeur de ces données est élevée, ou très faible (en d’autres termes, on ne sait pas si les données sont vraiment exploitables, pour la publicité, notamment — c’était d’ailleurs la position de Tariq Krim quand la question a été soulevée au Web3).

Open Social Vs. Microformats

Cette première polémique de l’année annonce probablement l’un des grands combats de 2008, celui du graphe social. Comme le disait Tim Berners-Lee dans son dernier billet, ce ne sont pas les sites de réseaux sociaux qui sont intéressants, c’est le Réseau Social en lui-même, le Social Graph. Et si 2007 a été l’année des réseaux sociaux, 2008 sera-t-elle celle du graphe ? Il est peut être un peu tôt pour cela, mais on observera probablement les premiers mouvements à ce sujet.

Les mouvements autour du graphe social

Avec OpenSocial, Google a décidé d’ouvrir une brèche dans ce problème de l’ouverture des données, mais à moitié seulement. Car si le système permet d’échanger des données, rien ne dit que les réseaux accepteront de le faire. En outre, OpenSocial est au final un réseau propriétaire, qui permettra à Google d’accéder aux informations “sociales” auxquels ses GoogleBots n’ont pas accès. Un coup de maître stratégique, qui pose cependant un gros problème : ce sont les réseaux sociaux qui décideront de l’ouverture de ces données, pas les utilisateurs — alors que ça devrait être l’inverse, c’est-à-dire aux utilisateurs de décider de l’ouverture de leurs données.

Actuellement, tout le monde passe par des sites de réseaux sociaux pour déposer ses informations et décrire ses interactions sociales. Ces sites sont les propriétaires des données, et bien sûr — comme nous l’a montré l’exemple de Facebook / Scoble — aucun site ne souhaitera les partager, car elles seront trop stratégiques, elles auront été acquises avec beaucoup trop de difficulté pour être diffusées ouvertement. On aura donc une grappe de réseaux où l’information sera dupliquée, mal synchronisée (c’est le cas aujourd’hui), cette information perda finalement de sa valeur, et les utilisateurs en auront assez de se répéter…

On arrivera donc à un point où le seule remède sera d’ouvrir les données. Mais on aura perdu beaucoup de temps, et Google aura réussi à devenir le propriétaire des données personnelles de tout le monde.

Le vrai graphe : les données mises à nue

Au final, on se rend bien compte qu’il y a un problème : pourquoi laisser une société devenir propriétaire des mes données ? Pourquoi ce ne serait pas moi, en tant qu’utilisateur ? Et si j’avais plutôt à ma disposition une carte d’identité sociale, une carte d’identité de tout ce qui me définit, personnellement et socialement. Et que je choisissais d’en diffuser tout ou partie à différents services… ça simplifierait pas mal les choses, non ? Pas d’API, mais des données mises à nue !

C’est justement l’objet du web sémantique, des microformats, du mouvement dataPortability (que Scoble a rejoint après son aventure Facebookienne) et du Bill of Rights for Users of the Social Web.

L’identité numérique 2.0 : maîtriser son graphe social

Le plus surprenant dans tout ça, quand on voit le bruit qu’a fait OpenSocial, c’est de voir que cette carte d’identité numérique existe depuis longtemps ! Le vocabulaire FOAF (Friend of A Friend) permet de se décrire et de décrire ses interactions d’une manière structurée, normalisée, et donc compréhensible par tout logiciel… et donc tout réseau social. Le langage APML, lui, permet de décrire ses goûts (explication détaillée ici), tout en maîtrisant la divulgation des informations.

Alors… quand l’utilisateur sera-t-il maître de ses données ? Après les déboires de Facebook avec son projet Beacon et la question grandissante de la confidentialité des données, est-ce complètement illusoire de penser que chacun pourra maîtriser son identité numérique, non seulement en maîtrisant son name-googling (ça c’est presque facile) mais aussi, à l’avenir, sur les réseaux sociaux (et ça, c’est plus dur) ?


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