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ça pue le sapin

Publié le 07 janvier 2008 par Chondre

J’ai toujours eu beaucoup d’appréhension à pénétrer dans la période des fêtes de fin d’année. Ma situation d’enfant unique gravitant dans un foyer monoparental y était certainement pour quelque chose. Mes parents étant également enfants uniques, les réunions familiales transpirant le bonheur et la joie de vivre autour du sapin relevaient donc du pur fantasme. Le 24 décembre signifiait soupe à l’oignon et messe de minuit. C’est donc avec beaucoup de curiosité que j’observais les familles de mes amis de l’époque s’agiter fébrilement à transformer leurs appartements ou maisons en refuge du père Noël. Une curiosité teintée d’envie car moi aussi je rêvais d’un dîner autour d’une grande table, d’une montagne de cadeaux près de la cheminée, d’une maison verte et rouge, d’embrassades et de câlins. Le seul moment d’évasion se résumait à la diffusion des visiteurs de Noël l’après-midi sur la première chaîne. Je me souviens encore du générique chanté par marie Myriam, mais également de Pierre et Marc Jolivet et des deux marionnettes Sibor et Bora. Ultime fantaisie tolérée, j’avais le droit de décorer les carreaux de la fenêtre de ma chambre avec du blanc d’Espagne. C’était vraiment la fête.

La veillée de Noël était donc d’un calme olympien. Ma grand-mère montait à Paris pour l’occasion. Nous dînions à trois, partions pour l’église et rentrions peu avant minuit. Le lendemain, j’avais le droit d’ouvrir les cadeaux que j’avais, pour la plupart, choisi dans les catalogues distribués par les grands magasins. J’étais souvent gâté. J’avais toujours le droit à une boite de fondants en sucre et d’escargots au praliné. En début d’après midi, mon père venait me chercher. Je restais en général une semaine seul en sa compagnie jusqu’à la fin des vacances scolaires. Il me prenait uniquement par obligation et passait son temps à travailler. Je restais donc seul à la maison. Je passais mon temps à lire les grandes encyclopédies pleines d’images de la bibliothèque ou a regarder la télévision. Il rentrait tard le soir et me retrouvait le plus souvent endormi sur un fauteuil du salon, face à la cheminée. J’avais un peu peur de rester tout seul dans la grande bâtisse. Il y avait très certainement des loups à l’extérieur et des méchants monstres au grenier.

Le temps a filé. les visiteurs de Noël ont disparu. J’ai grandi, coupé les ponts avec mon père, tenté de me créer un monde à moi en m’affranchissant de certains démons qui m’étouffaient pendant mon enfance. J’essaye de vivre normalement pendant cette période et de faire partager au peu de famille qui me reste la chaleureuse ambiance de Noël célébrant le sacrifice de milliers d’oies et de canards et et accessoirement la naissance du petit Jésus. Cette année encore j’ai apporté un grand sapin à ma mère, cette année encore elle m’a gentiment signifié qu’elle ne souhaitait pas le décorer et l’a placé dans une pièce où elle ne se rend jamais, cette année ma grand-mère nous a une nouvelle fois rejoint. J’ai cependant décidé de casser leurs habitudes en les conviant à réveillonner à la maison. Snooze avait rejoint de son côté sa nombreuse famille.

J’ai préparé pour la première fois de A à Z un dîner de réveillon. Je devais être organisé car Bonum ne m’a pas laissé le loisir de prendre le moindre jour de congé. Il fallait penser à tout car ma mère et ma grand-mère dormaient à la maison. D’insignifiantes petites choses de rien du tout pouvaient se transformer en problème(s) car même si ma grand-mère est d’une vitalité intellectuelle et physique surprenante pour son grand-âge, ses quatre vingt quinze ans sont de plus en plus lourds à porter. Mais tout était prêt. De la cannette farcie qui dorait au four, aux décorations ou aux cadeaux sous le sapin. La soirée fut agréablement surprenante. Ma grand-mère n’arrêtait pas de répéter à ma mère qu’une femme ne me serait d’aucune utilité car je savais m’occuper d’un intérieur et cuisiner sans l’aide de personne (…). Même si ma mère semble intégrer petit à petit mon homosexualité, elle pense toujours qu’un jour viendra où je rencontrerai une femme et fondrai un foyer. L’acceptation que Snooze partage ma vie n’est malheureusement pas complète et il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant qu’elle ne considère mon mari comme son beau-fils. Nous avons dîné, ouvert nos cadeaux et nous sommes embrassés, en espérant nous retrouver tous les trois l’année prochaine. On croise les doigts.

Côté belle-maman et beau-papa Snooze, les choses sont radicalement différentes. Ils ne font aucune différence entre leur fils et moi. Cette année, ils ont décidé d’innover en invitant ma mère et ma grand-mère à déjeuner le 25. Nous étions nombreux. Il y avait des enfants, une grande table, beaucoup de décorations, du bruit, de l’agitation, un joli sapin et de nombreux cadeaux à son pied.

Peut-être pas de fondants en sucre ni d’escargots en praliné.

Bien plus que cela.


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