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It's a free world de Ken Loach

Publié le 07 janvier 2008 par Bernard Girard
Voilà un film que les socialistes devraient aller voir en masse pour mieux comprendre leurs difficultés programmatiques. C'est un film dur dans la veine sociale de Ken Loach qui crée un véritable malaise, malaise qui me paraît être au coeur de la crise des gauches en Europe.
On connaît l'histoire : une jeune femme, mère célibataire de milieu populaire qui a accumulé les emplois précaires décide, après s'être fait licencier par un patron à la main baladeuse, de créer sa propre agence de placement de travailleurs immigrés. Elle est efficace, énergique et… impitoyable. Le film nous décrit les conditions de vie effrayantes des immigrés, surtout des sans-papiers (travailleurs qu'un patron indélicat refuse de payer, vie dans des caravanes, queues chaque matin devant le bureau de placement pour trouver un emploi à la journée, voire dit à un moment Angie, l'héroïne de Loach, à l'heure) au temps de l'ouverture de l'Europe à l'Est (ces immigrés sont presque tous européens). Il nous montre comment les plus pauvres sont exploités par presque aussi pauvres qu'eux.
Le malaise vient de ce que l'on hésite sur les conclusions à tirer de ce récit. Faut-il fermer les frontières, interdire l'accès des étrangers (même européens) à nos marchés du travail? A un moment, Angie dit à son père que ses pratiques horrifient : "tu n'as qu'à entrer au Front National". Et c'est là, au fond, la leçon que l'on peut tirer de ce film, leçon que ne nous donne pas Loach, mais que le spectateur peut tirer de l'analyse de son malaise : si l'on veut satisfaire les revendications d'une partie de la classe ouvrière, il faut fermer les frontières, limiter voire interdire la circulation des personnes au sein de l'Europe, mais cela ne peut se faire qu'au dépens d'autres moins deux autres catégories de travailleurs : les immigrés qui n'ont pas de travail chez eux, et les travailleurs qui vivent dans les entreprises qui profitent de la globalisation.
Ce film illustre cette explosion des classes populaires que je décrivais dans une note précédente et qui est, je crois, au coeur des défaites successives des gauches européennes qui, incapables de construire un programme qui unisse toutes les composantes des classes populaires, les laisse donc naviguer entre l'extrême-droite (qui a ce programme protectionniste et anti-immigré), l'extrême-gauche anti-européenne et la gauche traditionnelle.
Comme souvent chez Loach, ce film est plus militant que sociologique. Je doute que beaucoup de patrons se satisfont de travailleurs recrutés à la journée, qu'il faut former, équiper, guider chaque matin. S'ils existent, ils sont une infirme minorité plus à chercher du coté des entreprises maffieuses que du coté des entreprises classiques. Mais peu importe, ce film met l'accent sur un point qui fait souffrir et dont la gauche ne se sortira qu'en abordant cette question de front.

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