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Cynisme olympique

Publié le 08 janvier 2008 par Philostrate

   À douze mois près, l'anniversaire était réussi. Été 2008 : le  départ du marathon des Jeux olympique de Pékin est donné de la place Tian Anmen. Printemps 1989 :  500 000 étudiants  réunis sur la même place manifestent pour la liberté d'expression. Dans la  nuit du 4 juin, le mouvement est réprimé dans le sang par le régime communiste. À l'époque, les pays occidentaux, qui ont toujours besoin d'images pour réagir, condamnent la brutalité du gouvernement chinois. "L'homme de la place Tian Anmen", tentant de bloquer à lui seul la progression d'une colonne de blindés, passe sur les écrans du monde entier. L'émotion est à son comble.
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   Deux décennies plus tard, l'annonce par le comité d'organisation chinois du choix de Tian Anmen comme site de départ du marathon olympique ne trouble personne. Le Parti communiste local, qui réunit régulièrement son comité central sur cette place, la plus vaste de Pékin, a beau jeu de vanter la sécurité des lieux. Dame, c'est de sport dont il s'agit, pas de politique. Pourvu que nos champions puissent donner le meilleur d'eux-mêmes dans un air pur et dans un environnement protégé, pourquoi voudriez-vous trouver quelque chose à redire ? Au cynisme des dirigeants de la plus peuplée des dictatures de la planète, répond la pusillanimité du Comité internationale olympique. Comment le CIO, qui se gargarise d'idéaux, de paix et d'humanisme jusqu'à en gerber, peut-il accepter qu'un des événements majeurs du programme olympique se déroule sur cette place, symbole international de la répression aveugle ?

   Le temps passe direz-vous, un lieu ne peut porter éternellement le fardeau de son passé, aussi lourd soit-il… Très bien, dans ce cas allons-y gaiement. Que l'armée argentine organise son cross annuel sur la Plaza de Mayo à Buenos Aires, où depuis trente ans les parentes des disparus de la dictature militaire en Argentine manifestent en silence. Que l'on bâtisse un complexe sportif sur les charniers de Srebrenica en Bosnie. Ou, pourquoi pas, que l'on décentralise juste une fois en guise de réconciliation l'Oktoberfest, très populaire Fête de la bière de Münich, à Auschwitz ? Pourquoi, dès lors qu'il s'agit d'olympisme, faudrait-il faire preuve d'amnésie et accepter d'avaler son chapeau ? D'autant qu'en Chine, le pouvoir aujourd'hui en place est le même que celui qui il y a vingt ans ensanglantait Tian Anmen…

undefined   Le CIO n'est plus à un Münich près, me direz-vous. Quand en 1936 on a été tricoter des jarrets à Berlin sous l'œil du Fürher et de sa clique, on peut bien frétiller du croupion sans remords devant les hiérarques du PC chinois. Pourvu que les dirigeants du sport mondial n'oublient pas de "frémir de la gueule" en écoutant le serment olympique et que les champions délient leurs foulées, tout doit être oublié et pardonné. Il faudrait une sacrée pénitence pour racheter tant de lâcheté et d'idéaux dévoyés. Peut-être pourrait-on remplacer le marathon olympique par une épreuve de 5000 kilomètres, pour permettre à la grande caravane des athlètes de faire amende honorable en ralliant l'occident à pied. 5000, comme les 5000 victimes de la répression des événements de la place Tian Anmen en 1989…

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