Magazine Journal intime

Train-train

Par Eric Mccomber
Samedi, 5h du mat, réveil. 6 degrés hors des couettes. La tente est secouée par le mistral qui s'est levé au cours de la nuit. J'ai pris l'habitude d'accompagner la Patronne sur les marchés, où elle vend le fruit de son labeur, trois fois la semaine. Je l'aide à installer son stand. Ensuite je prends un café tranquille, puis j'erre un peu dans les rues pour trouver un bon coin. Là, je sors la gratte et je pose le chapeau par terre.
Ça ne mord pas trop, mais ce n'est pas bien grave. Il pleut même quelques gouttes. Mais merdrrre, j'ai la gniac. Ça sonne, mon truc, ce matin. Ça me fout un mona-lisa dans le visage. Alors je continue. Bottleneck en ré ouvert… Quatre gendarmes font leur tournée. L'un d'eux s'approche et je crois bien qu'il va m'annoncer qu'il adore le blues. Il se penche sur moi et propulse entre ses lèvres serrées :— Padame-pli.Je souris. Il insiste :— Padame-plii !— Pardon ?— Les âmes-plis song ingterdits sureu le territoireu deu la communeu.— Ah bon ?— Ouih môôhsieur.J'éteins mon combo une seconde, histoire de lui montrer que sans, on entend absolument que pouic. Clic. Je le regarde.— Eeeh oui, mais c'est commeu ça.— Ça m'empêche de gagner ma croûte, ce réglement.— Vous pouvez jouer de la flute ou de la trompette. — Évidemment.— Ouaing. — Suffit que j'apprenne à en jouer…— Spa mong problème mong bong monsieur…— Et que je trouve les sous pour en acheter une…— Eeeh ouih… Ong a tous nos soucis !— Bon.— Je vous ingforme, juste.— Ok.Je range tout de suite la gratouille dans la housse. De toute manière, cet épouvantail a amené l'averse. Ça commence à dégringoler. Je plie bagages.
Après le marché, le soleil revient. Nous trouvons un petit coin d'ombre pour faire la sieste. Je change les cordes de mes guitares. Ensuite, je joue du blues toute la soirée dans un resto-bar hyper sympa. Ça se passe plutôt bien et les patrons nous offrent coup après coup de Paulaner, une bière qui me rappelle mon loufoque passage à Hambourg. On nous sert à manger à tous les deux. C'est délicieux et copieux. Il n'est pas question de faire payer ma copine. Le public écoute avec attention et respect. On me paie rubis sur l'ongle, un montant raisonnable. On nous offre une chambre où dormir. On me remercie. On me serre la main. Autres lieux, autres mœurs. Y a des aspects de la vie québécoise dont je ne m'ennuierai jamais. © Éric McComber

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