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Enfin la récompense !

Publié le 09 novembre 2010 par Jlhuss

C'était du jamais vu hier au restaurant Drouant. Le vote avait été très calme, avec un Michel Houellebecq élu dès le premier tour par sept voix contre deux à Virginie Despentes. Mais aussitôt que le lauréat est arrivé, le salon où se réunit le jury s'est transformé en cirque: une horde de journalistes s'arrachait l'attention du lauréat. Houellebecq, avec sa parka fatiguée, son pantalon en toile de jean délavé qui lui remontait sous la poitrine, s'est assis en face de Bernard Pivot. Il avait cet air hagard qui fait son charme... Et puis soudain caméras et flashs sont entrés en action. L'homme du jour, alors littéralement auréolé de micros, s'est illuminé. Il paraissait, comme il l'a dit lui-même, "profondément heureux". Les serveurs l'étaient moins, qui décrochaient précipitamment les tableaux que la cohue de journalistes menaçait. Interrogé sur cette ruée spectaculaire suscitée par l'écrivain, Bernard Pivot a fait remarquer que c'était le genre de situation que Michel Houellebecq lui-même excellait à décrire. Cris, bousculade, invectives autour d'une star médiatique: on se serait cru dans une scène de La Carte et le Territoire .

Je suis personnellement très heureux de cette reconnaissance tardive d'un auteur que j'adore et ce prix vient à mon avis reconnaître aussi l'ensemble de l'oeuvre d'un grand écrivain, mais aussi d'un véritable ethnologue de son époque ... Dans la petite vidéo, il ne crache pas dans la soupe; il ne se moque pas de ce prix comme certains ont pu le faire dans le passé. Il a raison. C'est un repère historique, une reconnaissance . Elle est amplement méritée.

Michel Houellebecq a publié en 1991 la biographie de Howard P. Lovecraft, 'Contre le monde, contre la vie', et signe 'Rester vivant', puis son premier recueil de poèmes 'La Poursuite du bonheur' (1992). Quelques années plus tard, en 98, il reçoit le prix Novembre pour 'Les Particules élémentaires'. En 2005, il sort 'La Possibilité d' une île', pour lequel il reçoit le prix Interallié.
Enfin, en 2010, après trois échecs consécutifs et malgré des rapports compliqués avec l'Académie, il reçoit le prestigieux Prix Goncourt pour'La carte et le territoire"

A ce propos écoutons-le un moment : Votre meilleur livre ?
"Je ne sais pas. Je me mets à avoir des opinions sur mes livres quelques années après qu'ils sortent. Mais je ne pense pas que l'auteur soit le mieux placé pour répondre à ça. C'est celui où j'ai fait le plus d'effort de fluidité de lecture. De suavité, je dirais. C'est peut-être le plus facile à lire. C'est peut-être aussi le plus compliqué dans la construction. Mais j'ai essayé de dissimuler les complexités, de les rendre fluides. Meilleur ou pas meilleur, je ne sais pas."

[...] Il ne pouvait une fois de plus qu'aboutir à la même conclusion : décidément, les femmes étaient meilleures que les hommes. Elles étaient plus caressantes, plus aimantes, plus compatissantes et plus douces ; moins portées à la violence, à l'égoïsme, à l'affirmation de soi, à la cruauté. Elles étaient en outre plus raisonnables, plus intelligentes et plus travailleuses.
Au fond, se demandait Michel en observant les mouvements du soleil sur les rideaux, à quoi servaient les hommes ? Il est possible qu'à des époques antérieures, où les ours étaient nombreux, la virilité ait pu jouer un rôle spécifique et irremplaçable ; mais depuis quelques siècles, les hommes ne servaient visiblement à peu près plus à rien. [...]

Ils trompaient parfois leur ennui en faisant des parties de tennis, ce qui était un moindre mal ; mais parfois aussi ils estimaient utile de faire avancer l'histoire, c'est-à-dire essentiellement de provoquer des révolutions et des guerres. Outre les souffrances absurdes qu'elles provoquaient, les révolutions et les guerres détruisaient le meilleur du passé, obligeant à chaque fois à faire table rase pour rebâtir. Non inscrite dans le cours régulier d'une ascension progressive, l'évolution humaine acquérait ainsi un tour chaotique, déstructuré, irrégulier et violent. Tout cela les hommes (avec leur goût du risque et du jeu, leur vanité grotesque, leur irresponsabilité, leur violence foncière) en étaient directement et exclusivement responsables. Un monde composé de femmes serait à tous points de vue infiniment supérieur ; il évoluerait plus lentement, mais avec régularité, sans retours en arrière et sans remises en cause néfastes, vers un état de bonheur commun. [...]

Michel Houellebecq - " Le particules élémentaires "

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