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HADOPI : j’adore l’odeur des octets au petit matin

Publié le 09 novembre 2010 par Olivier Laurelli
Pour un Net sans Napalm

Pour un Net sans Napalm

Un peu d’empathie ne peut nuire, et une fois n’est pas coutume, je vais tenter de me glisser dans la peau d’une personne qui aurait un quelconque intérêt à voir HADOPI survivre plus d’un quinquennat à l’Internet. L’exercice n’est pas évident mais je vais tenter de lister ici les points qui pourraient à mon sens faire accepter HADOPI du grand public. Car quoi qu’en dise la propagande ministérielle, la pilule est loin d’être passée pour les internautes.  Je me place ici dans la perspective improbable qu’HADOPI, jouissant de l’Indépendance écrite sur le papier, puisse avoir la latitude nécessaire afin d’opérer pour le bien commun (c’est à dire les artistes, tous les artistes, et tous les internautes… comme dans une République ou la notion d’égalité ne s’appliquerait pas seulement aux copains du Fouquet’s).

Je vous livre ici 11 points qui pourraient me faire reconnaître l’HADOPI comme une institution légitime et utile, certaines sont de sa responsabilité, d’autre moins. Encore une fois HADOPI est un problème, et tant qu’elle sera inscrite dans la loi en l’état, elle restera un problème.

  1. Abandonner cette idée farfelue de vouloir labelliser une solution de sécurisation, ce n’est pas là le rôle de la HADOPI et même si l’Autorité n’est pas animée par la volonté de fliquer la population contre son gré, il ne pouvait y avoir pire institution pour éveiller les soupçons d’une grande partie de la population. Comprenez que les internautes qui ne s’en inquiètent pas ne sont tout simplement pas au courant que l’installation d’une solution certifiée HADOPI pourra leur permettre de prouver leur bonne foi. Si aujourd’hui la HADOPI s’inquiète de na pas voir votre accès Internet utilisé par des tiers, ce n’est certainement pas pour préserver vos données personnelles, le cadre de sa mission est bien de réduire drastiquement le piratage de contenus soumis à droit d’auteur et aucunement de vous assurer une protection de vos données personnelles… ça c’est le rôle de la CNIL.
  2. En finir une bonne fois pour toute avec ce  délit de négligence caractérisée qui ne caractérise rien d’autre que l’impuissance du législateur face à une pratique devenu un usage. Il est impératif que ce terme sorte du corpus législatif car il pourrait, appliqué à des crimes, faire la démonstration de toute l’injustice qu’il porte. La justice est faite pour protéger les concitoyens, elle n’est pas faite pour mettre en défaut les plus faibles, et c’est bien ce que fait le délit de négligence caractérisée.
  3. Parvenir à fédérer les communautés du libre (du logiciel comme de l’art), qui sont les grandes oubliées depuis les débats parlementaires. La tâche ici est loin d’être simple car il ne suffit pas de leur tendre la main une fois que le texte est voté alors que ces dernières ont manifesté leurs inquiétudes bien en amont.
  4. Par le biais de ses labs : faire le jour sur le véritable impact du téléchargement sur l’économie de l’industrie culturelle.
  5. S’opposer fermement aux technologies de reconnaissance des contenus ou de toute velléité de « civiliser l’Internet » ou encore de le « dépolluer ». Mon Internet à moi est très civilisé et non pollué, les théories Myardiennes sur le sujet sont risibles mais reflètent dramatiquement la vision Élyséenne du Net. Le fait même qu’un élu se lance dans de telles déclaration doit être pris comme un avertissement sérieux et quand on connait la faculté qu’ont à s’entendre les personnes qui ne comprennent rien à un sujet, il y a de quoi avoir vraiment peur. L’utilisation de ces technologies pour lutter contre l’échange de fichiers ne pourrait être assimilable à autre chose que de la surveillance généralisée, il serait contourné et ne pourrait être pris que comme une déclaration de guerre.
  6. Arrêter immédiatement ces perfusions de millions à coup de carte musique jeune dont la mise en place risible rivalise avec l’injustice profonde que peut ressentir le contribuable quand on essaye de favoriser les ventes d’artistes dont certains ne vivent même pas en France pour des raisons purement fiscales.
  7. Constituer une offre légale réellement attractive : ceci passe par faire plier les majors sur les conditions d’accès au catalogue, et ça c’est pas demain la veille. Quand bien même l’accès au catalogue serait facilité, les majors viendraient pleurnicher une fois de plus en designant Apple ou Spotify, comme des géants américains, donc des intrus néfastes à leur business et à l’industrie de la culture… ce à quoi je leur répondrai… bien fait pour votre tronche, vous avez eu plus de 10 ans pour réagir et vous n’avez rien trouvé de mieux à proposer que des formats fermés et DRMisés ou une répression à grande échelle des téléchargeurs à la petite semaine. Les majors ont perdu la distribution, c’est un fait, et je ne vais pas les pleurer sur ce point.
  8. Respecter les usages et même étendre certaines exceptions au droit d’auteur : Internet est une machine à copier, il va falloir s’y faire, on peut être pour ou contre, c’est un fait… On peut toujours essayer de le détourner pour le transformer en télévision HD en pay per view… il ne fonctionne pas comme ça, tout le monde peut émettre et diffuser librement.
  9. Réhabiliter le P2P, une technologie neutre et nécessaire ne serait-ce que pour l’éducation des internautes qui pensent encore que leur ordinateur est un simple terminal pour matter TF1 en streaming et superpoker les copains.
  10. Trouver un modèle économique viable pour l’industrie de la culture et ses biens dématérialisés. Mais là encore un modèle économique viable, ça veut dire qu’il va falloir passer un sacré coup de karsher sur la filière toute entière, il y aura des morts… et oui c’est moche le libéralisme dés fois, c’est aussi ce qui nous permet aujourd’hui d’éviter d’avoir à faire un Paris Nice à dos de cheval.
  11. Favoriser l’émergence de solutions de rémunération des auteurs et non des majors.

La HADOPI se veut une autorité indépendante, mais voilà, elle est bien trop dépendante d’un texte idiot pour arriver à mener à bien sa mission. Si la HADOPI veut réussir, si elle veut persister, ceci passera inéluctablement par un retour au Parlement et une redéfinition de ses missions. De tout ce que j’ai pu observer en plus de 2 ans sur le sujet, je ne vois pas d’autre issue. L’autre alternative, c’est le clash avec les internautes, une correction des bugs législatifs et une application de la politique la plus répressive possible, et donc accroître le mécontentement des Internautes… une idée brillante à 1 an des élections présidentielles.

Les 11 points énoncés ci-dessus ont autant de chances d’être satisfaits que j’en ai de recevoir un email d’avertissement de la HADOPI, ce qui me laisse particulièrement perplexe sur ses chances de survie avec la mission qui est actuellement la sienne. La conclusion est donc simple, soit le législateur revoit intégralement sa copie, soit elle est vouée à une mort certaine.

Bref, rien de nouveau, comme je vous l’avais prédit il y a bientôt de 2 ans, HADOPI est devenue le Vietnam de Nicolas Sarkozy…

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