Magazine Journal intime

Prendre le bord

Par Pierre-Léon Lalonde
Je roule sur Place D'Youville et arrive tout près de l'intersection de McGill quand un cycliste tourne en catastrophe dans ma direction m'obligeant à sauter sur les freins pour ne pas le frapper. Le vélo poursuit son périple dans le sens unique comme si de rien n'était. Je reste stoppé quelques secondes en compagnie d'un passager tout aussi bouche bée que moi. Un peu plus tard je descends assez rapidement Saint-Hubert vers le sud lorsqu'au coin de Cherrier un bixiste passe sur sa rouge à quelques mètres devant moi. Celui-là ma donné une grosse envie d'aller le chercher pour lui demander quel prix vaut sa vie.
Pas une seule semaine, pas une seule soirée ne se déroule sans que je passe près d'en frapper un. Combien de fois, il m'a fallu braquer dangereusement pour éviter un cycliste sortant d'une rue ou un autre ne respectant pas un arrêt ou une lumière. De la façon qu'ils se servent de leur tête, je me demande bien pourquoi certains d'entre eux portent le casque.
J'en entends déjà rouspéter contre les chauffeurs de taxi de la ville. Je ne veux pas partir de polémique, moi-même j'ai passé une partie des derniers mois a pédaler pour aller chercher mon Malibu. Moi aussi j'ai serré les dents et lâché quelques injures envers des automobilistes téméraires. Moi aussi, j'ai pris des risques pour dépasser un autobus m'empestant l'air ou pour franchir une lumière sur le point de changer.
Comme quoi, une médaille a toujours deux côtés et quand on se trouve d'un bord, forcément, on a de la misère à voir de l'autre.
Autant qu'il y a de cyclistes pas trop portés sur la réflexion, autant qu'il y a de taximen qui ne voient pas plus loin que leur capot.
Mon ami Luc pourrait vous en parler. La semaine dernière, il s'est fait ramasser par un A-11 qui ne l'a prétendument jamais vu. Trois côtes cassées, un pneumothorax et une sacrée dose d'ecchymoses. Le chauffeur de taxi quand il a vu qu'il se relevait, il n'a pas demandé son reste et s'en est allé. Un beau cas de délit de fuite quant à moi.
Il en a pour quelques semaines à s'en remettre. Ce soir, je vais aller lui porter de la lecture, pis m'en tapocher une couple avec.
J'ne sais pas encore si je vais y aller en vélo ou en taxi...

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