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BFI américaines : un modèle en voie d’extinction ?

Publié le 09 novembre 2010 par Sia Conseil

BFI américaines : un modèle en voie d’extinction ? Goldman Sachs, Morgan Stanley ou encore Lehman Brothers… Il y a tout juste quatre ans, ces établissements nous auraient rappelé des grands noms voire de véritables références de la finance mondiale. Depuis, ils ont été littéralement ébranlés par la crise financière.

Le montant colossal des pertes affichées au plus fort de la crise, la faillite de Lehman ou encore les scandales à l’instar de celui lié aux modalités de commercialisation par Goldman Sachs des CDO ABACUS, entre autres, ont considérablement fragilisé ces « pure players » de la Banque de Financement et d’Investissement (BFI). La crise aurait-elle déjà scellé leur sort ? C’est ce que le rachat de Merrill Lynch et Bear Stearns, l’adoption du statut de banque universelle pour Morgan Stanley et Goldman Sachs ou plus récemment la scission des activités de trading de celle-ci pourraient nous laisser croire.

L’indépendance des BFI américaines

Afin d’appréhender l’avenir de ces BFI, attachons-nous au préalable à expliquer en quoi leur modèle diffère d’autres organisations bancaires usuelles et en particulier des groupes universels, tels que Barclays Group, HSBC holdings ou encore le Groupe Société Générale, pour ne citer qu’eux. Ces derniers adressent un large éventail d’activités dont la banque d’investissement mais également la banque de détail, les services financiers spécialisés, la banque privée, la gestion d’actifs ou encore l’assurance. A l’inverse, des  établissements comme Bear Stearns, Merrill Lynch ou Morgan Stanley constituaient il y a peu des banques spécialisées, exerçant quasi exclusivement l’activité de Banque de Financement et d’Investissement, sans lien avec des activités de Banque de Détail ou autre activité bancaire. Les pure players américains de la banque d’investissement se distinguent ainsi de BFI telles que Barclays Capital, Deutsch Bank’s Corporate Finance ou encore BNP Paribas CIB, ces dernières relevant d’un groupe bancaire sous le modèle de banque universelle.

La prédominance de BFI indépendantes aux Etats-Unis trouve son origine dans la réglementation nationale. Précisément, le Glass Steagal Act instauré après la crise de 1929 a régi pendant très longtemps (officiellement jusqu’en 1999[1]) le cloisonnement des activités de banque d’affaire et celles de banque de dépôt. Cela explique l’importance jusqu’à peu du nombre de BFI (Goldman Sachs, Morgan Stanley…) ou encore de banques commerciales (Wells Fargo…) non adossées à des groupes universels. En revanche, l’émergence de ces derniers aux États-Unis au cours de la dernière décennie, à l’image de Citigroup ou JP Morgan Chase, a semble-t-il amorcé une vague de déspécialisation des banques américaines. Mais cette tendance n’explique que très partiellement le déclin des BFI indépendantes dans ce pays puisque leur affaiblissement reste largement imputable à la crise financière. C’est du moins ce que démontre le graphique ci-dessous. Celui-ci met en exergue la chute du produit net bancaire (PNB) des principales BFI[2] strictement indépendantes recensées aux États-Unis en 2007, sur les trois dernières années. A titre de comparaison, sur la même période, le PNB cumulé des cinq premiers groupes bancaires universels mondiaux[3] a bondi de 22%.

BFI américaines : un modèle en voie d’extinction ?

La disparition des BFI indépendantes ?

La faillite de Lehman Brothers, la reprise de Bear Stearns par JP Morgan Chase ou encore le passage de Merrill Lynch, alors en grande difficulté, dans le giron du mastodonte Bank of America justifient en grande partie la baisse des revenus exclusivement générés par des BFI strictement indépendantes. Globalement, celles-ci ont été largement pénalisées par l’absence de diversification de leurs activités (marchés de crédit, dérivés…) et leur difficulté à se refinancer sur les marchés, exsangues de liquidités en plein cœur de la crise financière.

A l’inverse, les BFI dépendant d’un groupe bancaire universel ont eu, quant à elles, l’opportunité de s’appuyer sur les ressources de la banque commerciale (dépôts clientèle, financements auprès des banques nationales obtenus en échange de collatéraux…) afin de palier à ces difficultés de refinancement, même partiellement. Par ailleurs, ces groupes bancaires ont souvent été en mesure d’atténuer les mauvais résultats de leur banque d’investissement grâce aux bénéfices de la banque de détail, plus stables et davantage décorrélés de la conjoncture économique.

Il n’est donc pas utopique d’imaginer que si Lehman Brothers avait appartenu à un groupe universel doté d’un réseau financièrement solide, la banque aurait potentiellement pu éviter une faillite, d’une part grâce aux résultats compensatoires de la banque commerciale et d’autre part grâce à l’aide de l’Etat américain, sans doute plus enclin à sauver une banque universelle. Goldman Sachs et Morgan Stanley, les derniers pure players historiques majeurs de la BFI ont d’ailleurs modifié leur statut au profit de celui de banque universelle ou plus précisément de « holding bancaire », de façon à bénéficier du soutien financier de l’Etat américain (à notre sens, cela ne devrait pas impacter leur business model essentiellement axé sur le montage de titres et l’investissement).

Outre les difficultés rencontrées ces trois dernières années, ces deux établissements devront encore surmonter plusieurs obstacles à venir, d’ordre conjoncturel notamment, et susceptibles de perturber leur convalescence post-crise : hausse probable des taux d’intérêt à moyen-terme risquant de pénaliser leur marge d’intérêt et de facto leur PNB, croissance économique atone, nouvelles réglementations particulièrement contraignantes…

Le recentrage des activités

Malgré tout, les perspectives ne sont pas aussi noires que l’on pourrait le penser. Du point de vue quantitatif, Morgan Stanley et ses 1,4 milliards de dollars de bénéfices au second trimestre 2010 ont prouvé qu’un pure player de la BFI était encore en mesure d’afficher d’excellents niveaux de rentabilité, bien qu’ils dénotent avec les résultats décevants affichés par Goldman Sachs sur la même période (613 millions de dollars).

Surtout, les leviers dont disposent ces BFI pour retrouver leur niveau de performance observé avant la crise laissent à penser que ce modèle a encore un avenir. Cela passera par un indispensable recentrage sur des activités moins risquées (au détriment de la titrisation complexe, des dérivés exotiques…). Les activités les plus rentables, à l’image du conseil en fusion acquisition boosté par la crise, et surtout les moins consommatrices en fonds propres (cash management, services titres…) devront également être privilégiées. Les contraintes réglementaires bâloises à venir encourageront d’ailleurs cette réorientation. Soulignons toutefois qu’à notre sens, celle-ci ne se traduira pas pour autant par une convergence vers un modèle de rupture, à l’image du « narrow banking ». Ce concept, de nouveau plébiscité par certains économistes après la crise, avance que le secteur bancaire est difficilement en mesure d’appréhender l’incertitude qui le caractérise et préconise ainsi de restreindre strictement le périmètre d’action des banques, de manière à réduire cette incertitude. Cela induirait, entre autres, l’impossibilité de posséder des actifs peu liquides ou des produits dérivés, une perspective encore difficilement concevable pour les BFI américaines.

Autre motif d’optimisme, la reprise économique qui se profile aux Etats-Unis à moyen-terme mettra de nouveau les BFI indépendantes en position de force vis-à-vis des investisseurs. En effet, il est très probable que ces derniers revoient à la hausse leurs exigences de rentabilité et se tournent de nouveau vers ces établissements, dont la nature garantit la plupart du temps des résultats supérieurs à ceux des banques commerciales voire des groupes universels, lorsque la conjoncture est favorable bien évidemment.

Dès lors, la disparition totale du modèle de banque de financement et d’investissement indépendante aux Etats-Unis n’est pas à l’ordre du jour à court-terme, en dépit des impacts négatifs de la crise financière que nous venons de traverser. Toutefois, si le peu d’établissements encore concerné par ce modèle ne parvient pas à se recentrer rapidement sur les activités les plus lucratives tout en réduisant leur profil de risque, alors ils seront de nouveau exposés à des cessions d’actifs voire à leur absorption par des groupes bancaires universels. Cela marquerait, cette fois-ci, la fin des grands spécialistes de la banque d’investissement aux Etats-Unis…

Sia Conseil




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