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On remanie pour un retour à la case départ

Publié le 15 novembre 2010 par Arnaud Lehmann

Nous y voici. Le mélodrame s’est achevé et le gouvernement est remanié. Un nouveau Premier Ministre vient de prendre ses fonctions, enfin, il paraît. C’est une véritable révolution, un tour à 360° pour remplacer un Fillon par un… Fillon. J’ai du mal à m’imaginer la scène de la passation de pouvoir entre l’ancien et le nouvel hôte de Matignon.
Exit Jean-Louis BORLOO pour qui la rue de Varenne n'aura été qu'un rêve fugace. Mais on ne peut le dédouaner d'une certaine responsabilité dans ce dénouement. Il n'a pas su inverser la vapeur quand les choses se sont gâtées pour lui. L’ancien ministre de l’écologie retrouve désormais sa liberté de parole et va s'impliquer dans la recomposition d'un centre fort semble-t-il. Je lui souhaite bien du courage. Entre un BAYROU qui veut rassembler derrière lui, mais sans les autres, un MORIN qui veut réunir derrière lui, mais également sans les autres et lui-même qui pourrait se voir intéresser à faire un tour de piste en 2012, un seul élément de convergence : «  tous rassemblés derrière moi pour incarner le centre, mais sans les autres... »  Et voici que Jean-Marie BOCKEL toque à la porte, souhaitant réaliser une confédération des centres avec BORLOO… Bref, en admettant que l'un des champions du centre pluriel soit capable de fédérer un temps, il ne devrait tarder à se retrouver à subir une version moderne du supplice de Sisyphe.

Voici le grand retour d’Alain JUPPE sur la scène nationale. Il faut dire qu’il y a quelques temps qu’il était sorti du bois et cherchait à attirer l’attention en hauts lieux. Une chance pour lui, le château a entendu ses suppliques et y a répondu. Le dernier coup, ses électeurs ont fait comprendre au fondateur de l’UMP que sa place était à Bordeaux, il s’était donc engagé à s’en contenter pour retrouver sa mairie. Depuis, il a changé d'avis…Au fond, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. J’ai un certain respect pour le personnage, mais là quand même… se rendre à Canossa pour finir ministre de Nicolas SARKOZY… On aurait pu attendre davantage du « meilleur d’entre nous ». Si encore il était en mesure d’infléchir dans le bon sens la politique du gouvernement, mais non, encerclé comme il l’est, il ne sera rien de plus qu’un figurant. Il ne mangera peut-être plus de cerises en hiver, mais il risque fort d’avaler quelques couleuvres et peu importe la saison. Mais c’est son choix, il assumera sans doute du moment qu’il reste droit dans ses bottes.
N'oublions pas le clou du spectacle ! L’ineffable Frédéric LEFEVBRE et son comparse Thierry MARIANI font leurs entrées sur les planches. Difficile de trouver une meilleure équipe de sarkozyste de choc. Mais il est vrai que le grand manitou cède l'UMP à quelqu'un de totalement fiable pour le pouvoir en place... Un resserrement autour d'une base de fidèles était nécessaire pour contenter une base électorale déstabilisée. On est loin du temps où Patrick DEVEDJAN souhaitait l’ouverture «  et même jusqu’aux sarkozystes ». Au fait, on nous explique que l’ouverture c’est fini, hum, Eric BESSON, il vient d’où ? Mais depuis il est devenu membre des instances du parti de la majorité présidentielle, le péché originel en est donc sans doute absout pour le chef de l’Etat qui ne le considère plus comme un ministre d’ouverture. Je ne suis pas certain que tout les UMP apprécient…
On nous dira que ce gouvernement comporte des centristes. Soit, Michel MERCIER et Philippe RICHERT sont des personnages de qualité dont la rigueur ne saurait qu'être un atout pour la conduite des affaires. Ils n'ont cependant pas un rayonnement national leur permettant de peser dans les inévitables choix politiciens à venir.
On me fera remarquer que Marie Anne MONTCHAMPS, de République Solidaire a également décroché un maroquin de Secrétaire d’Etat. C’est une bonne chose, car en vérité cela démontre que les villepinistes ne sont pas dans un antisarkozysme primaire et que le sens de l'Etat prime sur l'engagement partisan. Bon, une bonne part d’ambition entre dans l’équation mais autant voir le verre à moitié plein. Et s’il n’y avait qu’un calcul dans un engagement aux côtés de DDV, on s’en remettra. De plus, si des députés villepinistes sont ministrables, c'est qu'ils ne sont pas forcément infréquentables et fous (dixit qui ? Je ne vise personne…) . Si les membres de République Solidaire et Dominique DE VILLEPIN étaient bons à enfermer et à jeter la clé, pourquoi perdre son temps à tenter de séduire certains de ses représentants ?
Évidement, ce débauchage n'intervient pas au bon moment dans la constitution du mouvement villepiniste. D'autres ont été approchés mais n'ont pas cédé aux sirènes ministérielles. Je ne citerais que l'exemple de François GOULARD. Avec le temps, on fini par s'habituer aux déceptions en politique. Les gens vont et viennent, il faut s'y faire. Je ne me joindrais pas aux détracteurs de l’ancienne députée du Val De Marne qui souhaitent son exclusion, mais il est évident par contre qu’elle ne peut plus exercer de fonctions dans les instances de République Solidaire. Un ministre n’a pas à exercer de responsabilités au sein d’un parti politique.  Le reste la regarde, à elle de faire ses choix. La nouvelle Secrétaire d’Etat à la Solidarité pense peut-être qu’il est possible de changer les choses de l’intérieur, je ne le crois pas. Nombreux à République Solidaire ne voient en ce nouveau gouvernement que poudre aux yeux.
Au final, nous ne sommes plus dans une séquence gouvernementale, non, la campagne présidentielle de 2012 s'ouvre. Le Fillon nouveau revêt davantage le costume d’un directeur de campagne que celui de Premier Ministre. Il aurait pris de la bouteille aux dires de quelques commentateurs, et surtout, il sortirait renforcé en tant qu’occupant de Matignon. Pourquoi pas. Mais cela me fait un peu penser au « j’ai changé » que l’on entendit naguère. On connaît le résultat.
Mais nos concitoyens ont l'habitude maintenant, ils peuvent bien encore attendre une année ou deux pour que l'on essaye de répondre concrètement à leurs préoccupations. Autant commencer par se faire réélire, voilà qui est le véritable sens de l'engagement politique, non?

Les agitations des uns et des autres pour conserver ou décrocher un portefeuille nous ont montrés quel est leur sens de l’intérêt général. Alors une équipe de campagne en lieu et place d’un gouvernement, quelle importance ?

Voltaire traduit bien la chose en d’autres temps : << Il est très vrai que, pour faire un puissant ministre, il ne faut qu’un esprit médiocre, du bon sens et de la fortune ; mais, pour être un bon ministre, il faut avoir pour passion dominante l’amour du bien public. Le grand homme d’État est celui dont il reste de grands mouvements utiles à la patrie. >>. On est bien loin de la dernière partie.

Plus je regarde le paysage politique de ces derniers temps, plus je me dis qu’il est un personnage qui nagerait comme un poisson dans l’eau à l’heure actuelle, un certain Charles-Maurice de TALLEYRAND-PERIGORD,… C’est tout dire.

Bien les hommes et les femmes (pour certains) ont été changés, mais au fait,  quelle politique nous propose-t-on ? Ah oui, Fillon veut s’inscrire dans la continuité, donc rien de neuf sous le soleil et là aussi on réalise un tour à 360° pour revenir à la case départ.


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