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Krach boursier et krach dans les sciences physiques

Publié le 16 novembre 2010 par Jeanjacques

Les sciences naturelles ont disposé très tôt, avec la théorie de l’évolution, d’un principe général de compréhension de la diversité des faits, d’une théorie du Tout, simplement contestée sur ses marges. Il n’en va pas de même quant aux sciences historiques et encore moins dans les sciences physiques. Avec l’abandon du modèle hégélien et de son avatar marxiste, nous ne disposons plus d’une conscience déterministe permettant de saisir la logique de ce mouvement progressif d’une humanité cherchant à se réaliser dans le devenir de son histoire. Cet éclatement et dispersion manifeste du sens de l’histoire a précédé celui en cours dans les sciences physiques où l’on assiste à une contestation qui s’amplifie des modèles standards censés proposer une unification sous la forme d’une théorie du Tout.

Cette théorie du Tout devrait nous dévoiler les secrets ultimes du fonctionnement et devenir de la matérialité, nous faire accéder à la compréhension des modalités de genèse de la matière, de celles de l’univers, et représenter le triomphe de la rationalité sur les forces obscurantistes, la puissance décisive de la science comme mode d’accès à la vérité reléguant le doute et le scepticisme. Or, sur le lieu même d’élaboration de la vérité vraie voici que s’installent la critique, la remise en cause de l’institution scientifique et que le doute gagne en profondeur et en extension quant à la justesse des théories académiques que viennent contester une prolifération de théories alternatives émanant des professionnels eux-mêmes mais également d’une flopée d’amateurs éclairés. Un certain scepticisme semble s’étendre quant à la possibilité d’atteindre ce but ultime qui paraît s’éloigner à mesure que se multiplient les tentatives pour l’atteindre.

Il apparaît cependant évident et acquit que la physique du XXeme siècle s’achève et que les grandes théories, notamment la relativité, doivent être tenues pour responsables de l’impasse actuel comme d’une certaine façon d’appréhender la physique, sans que l’on parvienne ou désire, parce qu’elles furent efficaces et prolifiques, à en repérer les manques.

Cette physique du siècle précédent fut une magnifique et héroïque aventure qui a accompagné et propulsé la grande expansion économique. Il est alors étrange et tentant de constater qu’un même paradigme historique paraît relier des domaines apparemment éloignés tels que la philosophie de l’histoire et celle des sciences avec le même scepticisme et sentiment de l’impasse, d’une absence de sursaut et d’achèvement d’une période, de clôture de l’avenir et saturation des possibles, d’une limitation de l’expansion économique et d’une cadastration aussi bien des savoirs que des espaces physiques et économiques. Les politiques d’austérité et les tentatives de relance témoignent de cet état d’achèvement d’une grande période et font craindre la Grande Crise. On peut se demander si le grand krach prévisible en physique précédera ou accompagnera le grand krach boursier. La question n’est donc plus de savoir s’il se produira mais quand, où et par qui. A cette éventualité il faut nous préparer.

Mais avec l’achèvement de la mondialisation, à cette unification historique de l’humanité devra sans aucun doute correspondre un jour la grande théorie du Tout confortant la science comme discours de vérité sur la totalité matérielle et ouvrant larges les avenues d’un savoir tout autre. Un monde nouveau est ainsi en gestation dans les douleurs de l’enfantement où la science aura pleinement sa part. Faut-il déplorer la perte de l’ancien ou se réjouir de la passionnante aventure qui se présente à nous ?


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