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Assises du Journalisme: L’AFP en chantier

Publié le 16 novembre 2010 par Mentre

Emmanuel Hoog et Philippe Massonnet, respectivement PDG et directeur de l’information de l’AFP, ont planché deux heures ce mardi 16 novembre 2010 aux Assises du Journalisme de Strasbourg pour dessiner ce que pourrait être le futur de l’agence, dans un subtil équilibre entre tradition et modernité.

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Ah! Le charme de la langue moderne. A l’AFP dans un an et demi, « nous serons capable de donner en push et pull un package d’infos en texte, photo, infographie, vidéo », dixit Philippe Massonnet, le directeur de l’information de l’agence, Ce changement de langage est-il signe d’une nouvelle approche de l’information ? Peut-être, mais dans le même temps, le même Philippe Massonnet s’empresse d’ajouter que cette vision multimédia de l’offre de l’AFP ne signifie pas pour autant la disparition du fil classique, c’est-à-dire de la bonne vieille dépêche.

Visiblement l’AFP oscille entre le maintien d’une forme de tradition tout en cherchant à rénover son modèle et à s’ouvrir de nouveaux marchés.

Tradition, lorsque Emmanuel Hoog raconte l’épisode au cours duquel le journaliste de l’AFP en poste à Singapour a attendu une heure avant d’envoyer une dépêche à propos de l’atterrissage en urgence de l’A 380 de Quantas, « alors qu’Associated Press et Reuters avaient toutes deux déjà annoncé le crash de l’avion avec plusieurs morts. La pression sur lui [ce journaliste] était énorme. » La dépêche de l’AFP dira que l’avion s’était posé avec un problème à deux moteurs.

Une anecdote, mais visiblement importante à ses yeux, car révélatrice du fait que l’AFP tient un cap ancien, qui lui permet de se distinguer de la production courante.  Pour lui, la qualité pour une agence comme l’AFP se mesure sur la longue durée [ 50 ans] et sur l’ensemble [sur le volume] de la production.

Tradition aussi dans le fait de vouloir « accompagner nos clients historiques [comprendre les journaux français]« , même si ceux-ci représentent aujourd’hui moins de dix pour cent du chiffre d’affaires de l’agence.

Tradition enfin, dans l’affirmation que « ce qui fait la force de l’agence, c’est le fait que sur un fil [d'agence], à un endroit donné, vous recevez toute l’information du monde ».

Le changement de statut est inéluctable

Tradition encore pour les journalistes eux-mêmes qui ne devraient pas se transformer en journalistes multitâches. C’est donc le refus du journalisme shiva. L’AFP, exploique Philippe Massonnet, refuse de s’engager dans ce modèle et de prendre ainsi  » le risque d’une perte de qualité ». Seule innovation, la création d’un nouveau poste, celui de « coordinateur des réseaux sociaux ».

Mais au-delà de cette petite musique, c’est bien un profonde rénovation dont il a été question, et en premier lieu sur la question du statut.

Emmanuel Hoog est sur cette question d’une prudence de chat. « Je ne suis ni député ni sénateur et changer le statut de l’agence implique une intervention du législateur », pose-t-il en préambule. Mais à l’évidence, il souhaite  un changement de statut rapide, lorsqu’il souligne que:

  • « l’agence à un dispostif de gouvernance faible », une structure qui, à l’inverse de ce qu’il a connu précédemment à l’INA, permet difficilement d’inscrire son action dans la durée,
  • le fait que le Conseil d’Administration soit majoritairement composé de ses clients constitue  une source permanente de conflits d’intérêts et que cela empêche de construire une stratégie d’entreprise. En effet, les « clients demandent le meilleur service le moins cher possible », ce qui peut être antinomique avec les intérêts bien compris de l’agence.
  • les autorités européennes risquent de regarder avec attention le problème des subventions d’Etat. « Le problème se poserait différement si nous n’étions présent que sur le marché français, mais nous sommes sur l’ensemble des marchés européens et mondiaux ». Dit autrement, ces subventions risquent de poser un problème de distorsion de concurrence dont pourrait s’emparer les concurrents de l’agence.

La rénovation de l’agence ne se limite pas à ce seul problème de gouvernance, mais aussi à l’émergence de nouveaux concurrents, comme l’agence chinoise Xinhua qui, en Afrique, offre des fils français « pas chers », comme le précise Philippe Massonnet.

Face à cela, l’AFP s’intéresse à des marchés émergents, comme le Brésil où l’Inde, où elle propose de nouveaux produits. Déjà « première agence pour le cricket », elle va proposer « une application pour téléphone mobile sur le cricket en Inde ».

… tout comme est inéluctable la création d’une offre grand public

Dans le monde arabe, l’AFP est déjà en bonne position, car 55% des journaux sont abonnés au fil AFP en langue arabe. L’idée serait de transformer ce fil, qui représente en volume environ 300 dépêches par jour  » [3.500/jour en français] et qui est actuellement constitué de dépêches traduites du français et de l’anglais. Il s’agirait de faire en sorte que le contenu soit produit directement dans les pays de la zone elle-même, Irak, Egypte, etc.

Dernière évolution probable, celle de la création d’une offre grand public. Emmanuel Hoog l’estime inéluctable, observant ce que font ses concurrents qui sont présents avec des sites publics d’informationdans leur propre langue et qui en même temps peuvent travailler sous leur propre marque avec leurs clients. » Pour lui, l’ouverture d’un site grand public n’est donc qu’une « question de temps, mais on ne peut pas dire ‘l’AFP sur Internet, jamais‘. »


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