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La Ve République finit dans la corruption financière !

Publié le 22 novembre 2010 par Lecriducontribuable
Claude Reichman

Les scandales se succèdent à un rythme de plus en plus rapide. L’affaire Bettencourt n’a pas quitté l’actualité qu’éclate celle de l’attentat de Karachi. La Ve République, comme tous les régimes fatigués, finit dans la corruption financière.

Car enfin le point commun de ces deux affaires est bien qu’elles mettent en lumière les rapports étroits entre le pouvoir et l’argent. « Nous tenons la place. Il faut y faire une immense fortune, une fortune immense. Il faut y faire une immense fortune, une fortune immense », se répétait Talleyrand à l’aube de son ascension. Ses lointains successeurs n’ont pas d’autre ambition, même si les circonstances les obligent à plus de modestie.

Il faut le dire et le répéter si l’on veut comprendre quelque chose à la « démocratie » telle qu’elle est pratiquée chez nous : en France la politique enrichit. Chacun peut en faire, près de chez soi, le constat. Dans son livre « Souvenirs à contre-courant »*, René de Laportalière, qui, à la tête de « Printemps 86 » tenta d’insuffler les idées libérales à la droite française, raconte comment, à l’occasion d’un voyage en province, il passa voir un ami député « dans le modeste appartement où il m’avait jadis reçu ». Il n’était pas là, mais sa femme l’accueillit avec beaucoup de gentillesse et à son départ lui glissa : « Au fait, René, j’ai oublié de vous le dire : la prochaine fois où vous passerez, ne venez plus ici. Nous serons installés dans le château de X. que nous venons d’acheter ! »

Tous les politiciens n’achètent pas de château, mais tous, sans exception, s’enrichissent. Il suffirait qu’on publie les déclarations de patrimoine que les élus nationaux doivent remplir dès qu’ils accèdent à leur fonction et l’état de leur patrimoine actuel pour en faire le constat. C’est une des premières mesures qu’un nouveau pouvoir devra prendre, non pour exciter le peuple mais pour dissuader les nouveaux élus de céder à leur tour à la tentation.

Et pendant ce temps, le pays ne cesse de s’appauvrir. Plus de sept millions de Français vivent dans la misère, et la plupart des autres, ceux du moins qui ne sont pas fonctionnaires, sont dans le besoin et craignent de devenir un jour SDF. La France est gouvernée par ses fonctionnaires et par une ploutocratie constituée de technocrates et d’élus, les premiers, bien enrichis eux-mêmes, laissant les seconds s’enrichir aussi pour s’assurer de leur collaboration empressée.

Les scandales politico-financiers ne sont que des bulles remontant de ces profondeurs empoisonnées et qui viennent crever à la surface de l’eau. Depuis « la nuit du Fouquet’s » et le séjour sur le yacht de Bolloré, le quinquennat de Sarkozy porte le signe indélébile du concubinage délétère qui s’est établi entre la représentation élective et l’argent, même si, personnellement, l’actuel président de la République ne s’est pas vraiment enrichi. Mais il a choisi d’arborer tous les stigmates de ce mariage contre nature dans l’esprit du peuple et il les porte, contre toute prudence et toute raison, avec une volupté que rien ne peut venir démentir, si ce n’est une citation latine ou un imparfait du subjonctif dans sa dernière intervention télévisée.

La politique ne doit pas enrichir. Mais ce ne sont pas des leçons de vertu qui rétabliront ce précepte élémentaire de toute démocratie. C’est l’Etat qu’il faut purger, car c’est de lui et en lui que se bâtissent les richesses illégitimes. Quand l’Etat ne prélèvera plus que l’argent strictement nécessaire, il n’y aura plus de fortune à faire à ses dépens.

C’est donc avec juste raison que Ronald Reagan, s’adressant aux hommes de l’Etat, leur lançait : « Descendez de mon dos, et enlevez votre main de ma poche ! » Il nous faut un Ronald Reagan français. Et il n’est même pas indispensable qu’il ait fait auparavant une carrière d’acteur de cinéma. C’est dire à quel point, vu l’état de nécessité où se trouve notre pays, nous sommes devenus accommodants !

Claude Reichman

* René de Laportalière, « Souvenirs à contre-courant » (Editions Atlantica, www.atlantica.fr ).

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