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A propos de Karachi... et d'autres choses

Publié le 23 novembre 2010 par Hermas

Fort régulièrement, la vie de la République est émaillée de scandales divers, généralement graves, qui révèlent, comme sous un bref mais violent coup de lumière blanche, les réalités profondes et habituelles de son fonctionnement. Alors, elle apparaît sous un jour plus crû que celui des fanfares, des cérémonies publiques, des dorures des palais gouvernementaux, des discours lissés, consensuels et nuancés des politiciens et des médias : celui d’une République bananière comme une autre, où, au fond, il est toujours question de gros argent. Le citoyen n’y est d’ailleurs jamais très sûr que les dénonciateurs indignés d’un jour ne soient pas eux-mêmes de simples envieux de ceux qu’ils dénoncent. Envieux de leur chute, envieux de leurs pouvoirs, de leurs prébendes, de leurs privilèges, de leur place où ils pourraient à leur tour, enfin, faire fonctionner à leur profit et à celui de leur clan la Machine – désargentée pour les citoyens, mais toujours grasse et prospère pour ses mécaniciens.

L’affaire de Karachi vient, après mille autres, faire briller ces feux, dans une tradition très “gaullienne” de la vie politicienne, où les escarpins dorés de la gauche libérale et de la droite gauchisée ont su, depuis longtemps, suivre les empreintes profondes des “godillots” des premiers âges, avec cette âme commune qui se nourrit de servilité, d’avidité et d’amoralisme, dans une imperméabilité effrayante au sens de l’honneur, de la dignité et même du ridicule. La vie politicienne est ainsi une des rares catégories professionnelles où il soit permis de rebondir, en toute blancheur, en tous honneurs renouvelés, tête bien haute, après avoir pourtant été poursuivi par la justice et condamné. La notion de “repris de justice” n’y a pas cours. Il est vrai qu’il ne s’y rencontre jamais que des calomniés, proclamant toujours faire « confiance à la justice de leur pays », sans que l’on sache trop, à la longue, s’il s’agit d’une simple pantomime ou d’un appel du pied à quelques “frères” compréhensifs.

L’affaire, comme on dit, suit son cours. Deux choses y sont cependant frappantes, abstraction faite de son caractère judiciaire.

La première est l’angle sous lequel elle est présentée : la cessation du versement des commissions litigieuses aurait provoqué les attentats survenus quelques années plus tard, de sorte que l’Etat ou certains politiciens alors en charge seraient coupables d’avoir, par leur décision, mis en danger la vie d’autrui. Etrange raisonnement. La question n’est-elle pas, avant toute chose, de s’interroger sur la légalité des rétrocessions auxquelles ces paiements donnaient lieu ? Voici qu’un gang rackette un quartier. La police intervient, arrête ces pratiques. Le gang se venge, abat un notable. Dira-t-on que la police en est responsable ?

La seconde est la réaction de M. Sarkozy, qui a réagi brutalement aux questions de journalistes sur son éventuelle part dans les magouillages sous-jacents, en leur demandant ce qu’ils répliqueraient eux-mêmes si on les accusait de pédophilie. Que M. Sarkozy soit ou non impliqué, où est en cela la dignité de sa charge ? Jusqu’où n’est-elle pas elle-même descendue pour qu’un Président en exercice accepte d’être mis en cause, en discutaillant avec lui, par un tribunal de journalistes ? Il est en charge d'une fonction publique qui ne s'identifie pas à sa vie privée, ni même à ses ambitions, ses calculs ou ses erreurs personnelles. Qu’il ait à rendre compte devant la justice est une chose ; qu’il cherche à se justifier, de surcroît à ce niveau d'argument, avec un parterre de journalistes en est une autre. Imaginerait-on une seule seconde que de Gaulle, dont on a célébré à grands cris l’anniversaire, ait pu s’abaisser à cela ?

Mais il faut s’y faire. Européen où il ne l’était pas, atlantiste où il ne l’était pas, mondialiste où il ne l’était pas, affairiste où il ne l’était pas, fasciné par l’argent comme il ne l’était pas, ayant abandonné son sens de l’Etat, de la grandeur historique et des racines chrétiennes de ce pays, le gaullisme contemporain est un ectoplasme, celui d’un gaullisme sans de Gaulle, auquel les politiciens du jour, de tous bords, ne s’accrochent que pour se donner à eux-mêmes une apparence de crédibilité qui fuit de toutes parts.


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