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Sommet et Opérations

Publié le 23 novembre 2010 par Egea

La déclaration finale du sommet se distingue du concept par son objet : alors que celui-ci a une portée décennale et porte sur les principes, celle-là est plus contingente et liée aux événements du moment. La question des opérations est donc logiquement la première qui doive y être analysée.

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Il va de soi que ces quelques lignes n'engagent que moi, sont critiquables et réfutables et n'ont pour ambition que de nourrir le débat. La position est exclusivement personnelle.

1/ La déclaration finale évoque en premier lieu l'Afghanistan : elle rappelle les précédents textes (vision stratégique de Bucarest-2008- renouvelée à Strasbourg -2009), évoque les partenaires (nos 21 partenaires au sein de la FIAS, les représentants de l'ONU, de l'Union européenne, de la Banque mondiale et du Japon) et surtout signale le changement de tonalité. Souvenez-vous : de 2007 à 2009, il n'était pas un commentateur qui ne soulignait, l'air entendu, que "l'alliance était en train de perdre". Les lecteurs de ce blog savent que cela fait au moins depuis le début de l'année que je relativise cette vision défaitiste. L'avez-vous remarqué? le panurgisme journalistique n'a pas eu lieu cette fois-ci, du moins sur l'Afghanistan qui "curieusement" n'a plus intéressé : le nouveau panurgisme était à l'antimissile, et les mêmes arguments s'entendaient à qui mieux mieux.

2/ Voici donc l'heure d'un certain optimisme (on n'ose dire soulagement). Il se voit dans les termes : " Nous entrons dans une nouvelle phase de notre mission". Immédiatement, on explique qu'il s'agit de la transition., ", qui verra les Afghans assumer la responsabilité totale de la sécurité et le plein leadership dans certaines provinces et certains districts, devrait commencer début 2011". Mais cela sera conditionné par le "respect de conditions, pas d’un calendrier". Cela "n’équivaudra pas à un retrait des troupes de la FIAS. À l’horizon fin 2014, les forces afghanes endosseront pleinement la responsabilité de la sécurité dans l’ensemble de l’Afghanistan". Ce qui ne signifie pas que ces étapes seront exactement respectées, ni même qu'il n'y aura plus de troupes après 2014, y compris pour des missions de combat.

3/ En effet, l'expérience des Balkans est là : alors qu'il n'y pas eu de combat pendant la SFOR ou la KFOR, l'Otan est restée sur place environ une dizaine d'années. Or, elle n'est réellement en Afghanistan que depuis 2006 (date de l'extension de sa responsabilité à l'ensemble du territoire, n'étant juridiquement présente que depuis 2003) : on oublie trop souvent que l'Otan ne mène des opérations guerrières que depuis cinq ans. C'est beaucoup, mais pas autant que ceux qui expliquent "qu'on est là-bas depuis dix ans".

4/ Cela signifie plusieurs choses : d'une part, le regain de l'opposition a eu lieu en 2006, sur l'exemple irakien, et avec des adaptations (loi stratégique du contournement) aux modes d'action alliés. En retour, il y a eu "contre-adaptation" : trop souvent, les commentateurs n'ont pas fait confiance en leurs propres troupes et leur capacité à s'adapter, à leur tour, aux contraintes de l'ennemi. Cette auto-défiance est un trait occidental. Remarquons également que la conjugaison de la COIN (ou plutôt de pratiques COIN, l'appareil théorique étant à valider après coup), et des qualités alliées (usage de la technologie en contre EEI, en drone, en acquisition et exploitation du renseignement d'origine technique ou humaine) constitue un "élément clef de succès". Et que la moyenne d'âge des chefs talibans est passée, si j'en crois un article paru dans le NYT, de 35 ans à 25 ans de moyenne. Avez-vous remarqué qu'on n'a pas entendu parler de l'offensive d'été, un classico pourtant de 2005 à 2009 ? Bref, l'initiative a changé de camp.

5/ Il y a donc des bons indices sur le plan militaire de cette guerre. Mais peut-on gagner une guerre irrégulière ? il y a tant d'autres facteurs (gouvernance, développement, antidrogue, Pakistan, ...) que la "victoire" n'est pas garantie. D'où la prudence de la déclaration....

6/ S'agissant du Kosovo, on remarquera que le texte mentionne la mission Eulex état de droit immédiatement après avoir évoqué la KFOR.... Qui l'eût cru il y a cinq ans, à l'heure de la relative commisération de l'Alliance envers la PESD. Quand on vous dit que quelque chose a changé, que les Américains eux-mêmes sont conscients de l'utilité de la PSDC (le concept mentionne le traité de Lisbonne), en voici une nouvelle preuve. La posture dissuasive est clairement mentionnée : "la KFOR évolue vers une présence dissuasive plus limitée et plus flexible. Nous comptons bien que ce processus de transition vers une posture dissuasive, qui implique de nouvelles réductions des effectifs". Autant dire que la mise en avant de l'UE suggère, en subliminal, un passage futur de la mission à l'UE, sur le modèle de ce qui a été fait en 2004 en Bosnie entre la SFOR et Althéa. Gageons qu'au prochain sommet, les alliés proposeront la même chose au Kosovo.

7/Enfin, la déclaration est très sobre au sujet des autres opérations, qu'il s'agisse de Active Endeavour (antiterrorisme en Méditerranée), d'Ocean Shield (au large de la corne de l'Afrique) du soutien à l'Afrique (Forces africaines en attente, Somalie) ou de la MOFI en Irak.

8/ Cette sobriété, cette modestie opérationnelle, pourrit-on même dire, tranchent par rapport à ce qu'on a pu lire dans des textes du passé. Un tel ton n'a qu'une ambition : justifier l'approche globale, coopérative, qui est alors évoquée.

Nous en reparlerons dans un prochain billet.

O. Kempf


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