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Chanson régionale - Le p'tit quinquin (Nord)

Publié le 27 novembre 2010 par Audreymathe62

Le p'tit quinquin : l'canchon dormoire

dentelliere-quinquin-statue-lille.jpg

Réplique de la statue d'Eugène Déplechin

représentant la dentelière

Square Foch - Lille

Photo issue du site : link

Origines et histoire de la chanson :

   Cette chanson est une berceuse ("l'canchon dormoire" = chanson pour dormir). L'auteur et compositeur est un Lillois, Alexandre Desrousseaux (1820-1892), qui fut inspiré par sa voisine, une dentelière qui chantait pour tenter d'endormir son enfant. La berceuse fut écrite directement en patois, le picard, pour les fêtes de Lille. Très rapidement, elle devint emblématique de la région Nord-Pas de Calais dont les habitants se retrouvaient dans cette pauvre femme chantonnant pour ses enfants.

   Au-delà de la forme choisie de la berceuse, cette chanson parle des gens de la région, de la misère et de la pauvreté des ouvriers de l'époque. Il semble même que les soldats nordistes partant en guerre contre la Prusse (1870) entonnaient la berceuse, signe de l'unité et de l'identité régionale.

   Aujourd'hui, quiconque va à Lille peut entendre le carillon du beffroi résonner ce thème devenu un symbole de la région Nord-Pas de Calais.

Ecoute de la chanson (version en ch'ti) :


Ecoute de la chanson (version française) :


Texte en dialecte picard (ch'ti) :

Dors, min p'tit quinquin
Min p'tit pouchin
Min gros rojin !
Te m'feras du chagrin
Si te n'dors point j'qu'à d'main.
Ainsi l'aut' jour eun' pauvr' dintellière
In amiclotant sin p'tit garchon
Qui, d'puis tros quarts d'heure, n'faijot que d' braire
Tâchot l'indormir par eun' canchon.
Ell' li dijot : "Min Narcisse
D'main t'aras du pain d'épice,
Du chuc à gogo
Si t'es sache et qu' te fais dodo.
Et si te m'laich' faire eun' bonn' semaine
J'irai dégager tin biau sarrau
Tin patalon d'drap, tin giliet d'laine,
Comme un p'tit milord, te s'ras faraud !
J' t'acat'rai, l'jour d'la ducasse
Un porichinell' cocasse
Un turlututu
Pour juer l'air du Capiau-pointu
Nous irons dins l'cour, Jeannette-à-Vaques,
Vir les marionnettes comme te riras
Quind t'intindras dire un doup' pou Jacques !
Par l'porichinelle qui parle magas
Te li mettras dins s'menotte,
Au lieu d'doupe un rond d'carrotte
Il t'dira merci
Pins' comme nous arons du plaisi !
Et si par hazard sin maîte eusfâche,
Chest alors Narciss' que nous rirons
Sans navoir invie, jprindrai mnair mache,
Jli dirai sin nom et ses surnoms
Jli dirai des fariboles,
I min répondra des drôles
Infin, unchacun
Verra deux spectac au lieu dun
Alors serr' tes yeux, dors min bonhomme,
J'vas dire eun'prière à p'tit Jésus,
Pou qui vienne ichi, pindint tin somme,
T'faire rêver qu'j'ai les mains plein's d'écus,
Pou qu'i t'apporte eune coquille,
Avec du chirop qui guille
Tout l'long dtin minton
Te pourlèqu'ras tros heur's du long
L'mos qui vient, d'Saint-Nicolas chest lfête,
Pour sûr au soir i viendra ttrouver
I t'fra un sermon et t'laichra mette,
In-dsous du ballot un grand painier
I l'rimplira si tes sach,
Dsait-quoi qui trindront bénache
Sans cha sin baudet
T'invoira un grand martinet
Ni les marionnettes, ni l'pain dépice,
Nont produit deffet ; mais l'martinet
A vite rappajé eul p'tit Narcisse,
Qui craignot dvir arriver lbaudet
Il a dit scanchon-dormoire,
S'mère l'a mis dins snochennoire
A r'pris sin coussin,
Et répété vingt fos crain

Texte en français :

Dors, mon petit quinquin (mot d'affection)
Mon petit poussin
Mon gros raisin
Tu me feras du chagrin
Si tu ne dors point jusqu'à demain"
Ainsi, l'autre jour une pauvre dentellière
En berçant son petit garçon
Qui, depuis trois quarts d'heure, ne faisait que braire
Tâchait de l'endormir par une chanson.
Elle lui disait : "Mon Narcisse
Demain, tu auras du pain d'épice
Du sucre à gogo
Si tu es sage et que tu fais dodo
Et si tu me laisses faire une bonne semaine
J'irai chercher ton beau sarrau
Ton pantalon de drap, ton gilet de laine
Comme un petit milord, tu seras faraud !
Je t'achèterai le jour de la ducasse (fête locale)
Un polichinelle cocasse
Un turlututu
Pour jouer l'air du chapeau-pointu
Nous irons dans la cour, Jeannette-aux-Vaches,
Voir les marionnettes comme tu riras
Quand tu entendras dire un sou pour Jacques,
Par le polichinelle qui parle mal
Tu lui mettras dans sa main,
Au lieu d'un sou un rond de carotte
Il te dira merci,
Pense comme nous aurons du plaisir !
Et si par hasard son maître se fâche,
Cest alors Narcisse que nous rirons
Sans navoir envie, je prendrai mon air méchant,
Je lui dirai son nom et ses surnoms
Je lui dirai des fariboles,
Il men répondra des drôles
Enfin, chacun
Verra deux spectacles au lieu dun
Alors serre tes yeux, dors mon bonhomme,
Je vais dire une prière au petit Jésus,
Pour quil vienne ici, pendant ton somme,
Te faire rêver que j'ai les mains pleines d'écus,
Pour qu'il t'apporte une brioche,
Avec du sirop qui coule
Tout le long de ton menton,
Tu te pourlécheras trois heures du long
Le mois qui vient, c'est la fête de St Nicolas,
C'est sûr au soir il viendra te trouver
Il te fera un sermon et te laissera mettre,
En dessous du ballot un grand panier
Il le remplira si tu es sage,
De choses qui te rendront heureux
Sinon son baudet
Tenverra un grand martinet
Ni les marionnettes, ni le pain dépice,
Nont produit deffet ; mais le martinet
A vite calmé le petit Narcisse,
Qui craignait de voir arriver le baudet
Il a dit sa berceuse,
Sa mère la mis dans son berceau
A repris son coussin,
Et répété vingt fois le refrain

Sources :

Textes de la chanson : link

Histoire :

- Wikipedia "P'tit Quinquin (chanson)" : link

- Association "Les Amis des Géants" : link

Audrey Mathé


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