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Pourquoi y a-t-il du chômage ? (4)

Publié le 02 décembre 2010 par Copeau @Contrepoints

Pourquoi y a-t-il du chômage ? (1)
Pourquoi y a-t-il du chômage ? (2)
Pourquoi y a-t-il du chômage ? (3)

Est-ce que le développement technologique génère du chômage ?

Personne ne peut nier que l’apparition de diverses technologies a eu impact sur l’emploi de certains individus. Par exemple, l’automatisation de la chaîne de production d’une usine permet d’avoir besoin de moins d’employés. Il est indéniable que l’invention de la moissonneuse-batteuse a réduit le nombre de travailleurs requis à la récolte du grain. Doit-on donner des haches à nos bucherons plutôt que des scies mécaniques ou encore interdire les pelles mécaniques au profit des pelles manuelles, question de créer de l’emploi et réduire le chômage ? Évidemment que non ! Est-ce que le gouvernement doit subventionner ces industries pour qu’elles puissent conserver ces emplois maintenant devenus inutiles ? Non plus.

Il est vrai que ces développements technologiques occasionnent des pertes d’emplois ; c’est leur impact le plus visible. Cependant, ces technologies permettent de réduire les coûts de production et, par le fait même, les prix des biens et services que nous consommons. Par exemple, il y a quelques décennies, le prix d’une automobile équivalait à 5 fois le salaire moyen aux États-Unis. Grâce aux développements technologiques dans cette industrie, le prix moyen d’une automobile équivaut aujourd’hui à environ 75% du revenu moyen. [1] Il faut certes beaucoup moins de travailleurs que jadis pour produire une automobile, mais le prix est beaucoup plus abordable, ce qui permet aux acheteurs de véhicules d’économiser.

Les économies que nous réalisons en payant les biens et services que nous consommons moins cher grâce à l’innovation technologique ne restent pas enfouies sous un matelas. Elles sont réinjectées dans l’économie sous forme de consommation ou d’épargne. Par exemple, supposons qu’une nouvelle technologie robotique permette de couper les cheveux automatiquement pour une fraction du prix d’un coiffeur. Cette machine occasionnerait certainement beaucoup de pertes d’emplois chez les coiffeurs et coiffeuses. Cependant, le coût d’une coiffure par cette machine serait très inférieur au tarif d’un coiffeur, disons $10 de moins. Nous pourrions alors utiliser cette économie pour consommer autre chose, disons des repas au restaurant. Cette augmentation de la demande de restauration créerait des emplois dans ce domaine qui remplaceraient les emplois perdus dans la coiffure. Nous pourrions aussi utiliser cette économie pour épargner. Cet argent serait alors canalisé vers les marchés financiers, où il serait utilisé pour financer des investissements dans le capital productif d’une entreprise. Ces investissements permettraient aussi de créer des emplois. Ce qui est certain est que dans un cas comme dans l’autre, cette nouvelle technologie permettrait d’améliorer notre niveau de vie. Le développement technologique ne crée donc pas de chômage, il ne crée que des déplacements d’emplois d’une industrie vers une autre.

Ceci étant dit, il est fort possible que les coiffeurs qui perdraient leur emploi ne soient pas capables de travailler dans la restauration, n’ayant pas les compétences requises. Ils deviendraient alors des chômeurs techniques, une forme de chômage structurel. Il se pourrait aussi que les salaires offerts dans une autre industrie soient inférieurs à ceux qu’ils touchaient dans la coiffure. S’ils refusaient cette baisse de salaire, ils deviendraient alors des chômeurs structurels typiques. Cette situation serait bien malheureuse pour ces personnes en particulier, mais il y a plusieurs moyens par lesquels ces travailleurs pourraient améliorer leur sort. Ils pourraient suivre une formation ou retourner à l’école pour acquérir de nouvelles compétences plus en demande que celles d’un coiffeur et ainsi obtenir un emploi plus rémunérateur. Ils pourraient aussi temporairement accepter un emploi à plus faible rémunération, mais qui leur permettrait d’acquérir de l’expérience et des connaissances dans un nouveau domaine et qui les mènerait éventuellement à un emploi à la hauteur de leurs attentes.

Finalement, il ne faut pas oublier que le développement technologique contribue aussi à améliorer le niveau de vie des citoyens en permettant à certains travailleurs d’améliorer leur revenu. Par exemple, l’invention d’un nouveau logiciel de gestion de bases de données peut permettre à une entreprise de réduire son nombre d’employé. Cependant, les employés qui opèreront ce logiciel devront suivre une formation et acquérir de nouvelles compétences plus pointues en informatique. Cela ajoutera à leur productivité et à leur valeur sur le marché du travail et leur permettra d’obtenir un meilleur salaire. Le développement technologique contribue donc positivement au marché du travail.

En somme, il est vrai que le développement technologique peut parfois générer du chômage structurel temporaire découlant du manque de mobilité de la main d’oeuvre. Il ne faut cependant pas s’opposer à l’innovation pour autant, ni pelleter le problème en avant en tenant de maintenir sous le respirateur artificiel des emplois qui n’ont plus leur raison d’être.

Est-ce qu’acheter des biens produits locaux permet de réduire le chômage ?

Lorsqu’un bien produit localement est plus cher qu’un bien produit à l’étranger, est-il préférable d’acheter le bien local ou le bien étranger ? Il est vrai que la provenance d’un bien peut affecter la satisfaction que vous en retirez, par exemple s’il est produit dans votre région. Cependant, acheter local ne permet pas de réduire le chômage.

Si vous payez un bien produit localement plus cher, il est vrai que vous permettez au producteur de ces biens de maintenir des emplois. Cependant, pour payer ces biens plus chers, vous devez renoncer à la consommation d’autres biens ou moins épargner. Dans les deux cas, cela aura un impact négatif sur le chômage. Ceci étant dit, en achetant le bien moins cher produit à l’étranger, votre niveau de vie est supérieur puisque cela vous permet d’utiliser l’argent économisé pour augmenter votre consommation ou votre épargne. Il n’y a donc aucune raison économique de choisir les produits locaux.

En fait, on peut voir les importations comme une innovation technologique (voir section précédente). Lorsqu’une entreprise découvre qu’elle peut abaisser ses coûts de production en produisant dans un autre pays, c’est un peu comme si elle avait découvert une nouvelle technologie lui permettant d’améliorer sa productivité. Cette découverte lui permettra d’être plus compétitive et d’abaisser ses prix, au grand bénéfice des consommateurs.

Tout comme certaines innovations technologiques, cela occasionne souvent des déplacements de main d’oeuvre et parfois du chômage structurel. Il n’y a cependant aucune raison de s’opposer à ce phénomène.

Certains affirment qu’il est néfaste d’acheter à l’étranger puisque ces biens sont souvent produits dans des « sweatshops ». À cet égard, je vous invite à lire mon article complet sur la question des « sweatshops ».

Conclusion

En somme, le développement technologique et les délocalisations engendrent parfois du chômage structurel, alors que récessions occasionnent du chômage conjoncturel, qui peut souvent se transformer en chômage structurel par la suite. Le chômage structurel persiste malgré la présence d’offres d’emplois non-comblées parce que les chômeurs refusent d’accepter une baisse de revenu. Ce biais résulte probablement de presqu’un siècle d’inflation, durant lequel la hausse constante des prix a grugé le pouvoir d’achat des salaires. Théoriquement, le chômage structurel pourrait être complètement éradiqué car il y a un salaire auquel tout le monde peut se trouver un emploi. Ce salaire est celui qui permet d’équilibrer l’offre et la demande sur le marché du travail. Mais que peut-on faire pour minimiser le chômage ?

Nous avons vu que le manque de flexibilité du marché du travail a un effet à la hausse sur le chômage. La règlementation du gouvernement permet peut-être à certains travailleurs d’améliorer leur sort, mais cette amélioration se fait au détriment des autres travailleurs. Le syndicalisme peut aussi contribuer à cette coûteuse inflexibilité.

Plusieurs études démontrent que les indemnités d’assurance-chômage contribuent à prolonger la durée du chômage structurel. Par exemple, Bruce Meyer a démontré que plus les indemnités étaient élevées, moins la probabilité de sortir du chômage était élevée et que la probabilité de trouver un emploi augmentait curieusement juste avant l’expiration de l’assurance-chômage.[5] Pendant la durée de celle-ci, les chômeurs se permettent de lever le nez sur des opportunités d’emploi leur apparaissant moins intéressantes. Ces résultats démontrent que les chômeurs ne se résignent à accepter un emploi à rémunération inférieure qu’une fois leur assurance-chômage terminée. Cela expliquerait pourquoi les pays avec les plus généreux programmes d’assurance-chômage ont des taux de chômage constamment plus élevés que les autres pays.

Durant les récessions, les gouvernements mettent souvent en place des augmentations temporaires de l’assurance-chômage. Or, selon une autre étude, une augmentation d’une semaine de l’assurance-chômage augmente la durée moyenne du chômage de 0,2 semaine.[6] Ces mesures ne font donc que prolonger le chômage, et donc la récession.

L’avenue plus saine consiste à favoriser la mobilité de la main d’oeuvre. Le chômeur qui résiste à une baisse de son revenu peut suivre une formation ou retourner à l’école de façon à acquérir de nouvelles compétences plus en demande que celles requises dans son ancien emploi. Cela lui permettra d’accéder à un emploi qui comblera ses attentes.

D’une façon ou d’une autre, le chômage résulte d’un choix fait par le chômeur lui-même. En refusant une offre d’emploi et/ou en refusant de faire l’effort d’apprendre un nouveau métier, le chômeur choisit de rester dans sa fâcheuse situation. C’est à lui et à personne d’autre d’assumer les conséquences de ce choix.

Notes :

[1] « FTC Facts For Consumers : Buying a New Car », Federal Trade Commission, avril 2006. “Pocket World in Figures 2007”, The Economist Intelligence Unit, 2007.
[2] http://www.globalexchange.org/campaigns/sweatshops/sweatshopsfaq.html
[3] « In defense of sweatshops », Benjamin Powell, Library of Economics and Liberty,  http://www.econlib.org/library/Columns/y2008/Powellsweatshops.html
[4] « In praise of cheap labor », Paul Krugman, Slate Magazine, 21 mars 1997, http://www.slate.com/id/1918
[5] « Unemployment insurance and unemployment spells », Bruce Meyer, Econometnca, Vol. 58, No. 4, juillet 1990.
[6] « Unemployment insurance: strengthening the relationship between theory and policy”, Waler Nicholson & Karen Needels, Journal of Economic Perspective, Vol. 20, No. 3, 2006.


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