Magazine

Le CRAN broie du noir

Publié le 02 décembre 2010 par Laurelen
Le CRAN broie du noir "Les cafres du Chaudron et du Port sont agressifs". C'est cette phrase lapidaire, perdue parmi des dizaines d'autres, au milieu des 150 pages d'une étude de l'Ile de la Réunion tourisme (IRT), réalisée auprès d'un panel de 16 000 touristes, qui a provoqué l'ire du Cran. A juste titre, si l'on considère le caractère pour le moins gros doigts de cette assertion façon café du commerce. La phrase est parue il y a quelques jours dans un article du Quotidien reprenant les grandes lignes de l'étude. Et elle a choqué. Tant par la stigmatisation des quartiers que par la mise en cause d'une partie de la population réunionnaise. D'où la réaction du Cran, qui est monté au créneau pour dénoncer cette "stigmatisation d'un groupe ethno culturel". Rien que de très normal dans cette réaction d'indignation mesurée. D'où vient notre malaise alors ? D'abord de l'identité même du Cran, qui s'est fait connaître en métropole par son activisme. Une association qui ne dénonce qu'un seul racisme, celui qui se fait au détriment des Noirs, c'est un peu gênant. Ca voudrait dire que chaque ethnie devrait avoir son assoc pour la défendre contre des actes de discriminations. Ca participe à la "communautarisation" de la France, qui s'importe de plus en plus à la Réunion, où on pensait que le métissage nous préservait du repli sur "sa" communauté.

Combien de Kafs chez les élus et les chefs d'entreprise ?

Ensuite parce que cette réaction, aussi justifiée soit-elle, participe de la "politiquementcorrectisation" de notre société. Une ligne, une citation, sur 150 pages de rapport, et l'IRT est soupçonnée de complicité de racisme... Enfin, parce que tant qu'on s'émeut de ce genre de connerie proféré par quelqu'un qui n'a sans doute jamais mis les pieds ni au Chaudron, ni au Port ("pas très touristiques, comme destinations", note au passage un journaliste qui a suivi l'histoire), on ne parle pas du vrai problème kaf à la Réunion. On n'en parle en fait jamais, c'est un tabou. Parce que ça casserait l'image idyllique de notre île métissée. Simplement, il suffit de regarder : combien de kafs parmi les parlementaires réunionnais ? Réponse : un sur huit, le député René-Paul Victoria. Combien de maires ? Trois sur 24 : Gilbert Annette, Jean-Yves Langenier, et Thierry Robert. A la tête des chambres consulaires ? zéro. Des organisations patronales ? Pas un. Des syndicats de salariés ? Des administrations ? Dans les pages des carnets de Farah ? A la tête d'une grande entreprise réunionnaise ? Parmi les profs de fac ? Le kaf à la Réunion est invisible. Enfin, dans les instances qui représentent la Réunion, parmi "l'élite". Lo Rwo Kak jouait du maloya. Mais il n'était pas roi en son royaume. Ca, c'est une vraie question. Sans doute un héritage de l'esclavage. A quelques jours du 20 décembre, c'est un sujet de rélexion pour le Cran, et pour tous ceux qui s'intéressent à la société réunionnaise. Après, la petite phrase d'un touriste beauf...

François GILLET

Retour à La Une de Logo Paperblog