Magazine Humeur

Autopsie du suicide... Si juger c'est comprendre, comprendre n'est pas juger...

Publié le 04 décembre 2010 par Ericbloggeurcitoyen

Une amie très chère a récemment tenté de se supprimer... Pour l'heure, elle se repose, tente de se reconstruire. Je les assure, elle et à sa famille, de mon soutien inconditionnel. Je n'en dirais pas plus.

Si ce n'est que tous ces morts "Au nom du travail" ne se comptent plus. En leur hommage, à leurs familles, leurs proches, à celles et ceux qui les pleurent...  cette Autopsie du suicide.

Je tenais ce texte sous mon coude spirituel depuis un moment déjà... L'instant est propice.

Je ne vais pas dans cette note faire un procès "perso" pour en dénoncer un autre. Juste dire  l'absurdité telle qu'elle m'apparait dans la façon dont la société appréhende cette question... Je dénonce tous ces procès "faciles" pour fait de lâcheté et de désertion, fait à celles et ceux qui choisissent cette autre voie. Absurde encore cette certitude qui ne rassure que celles et ceux convaincues qu'une telle décision  peut-être prise par libre choix,  la tête libre et les idées claires. Procès d'autant plus injustes que nous sommes toutes et tous parfaitement ignorant-e-s en la matière et plus hypocrites encore considérant le peu de connaissances acquises en opposition à tout ce que nous ignorons encore. Dans ce domaine comme dans tous les autres.

"E.T".," Trois-pommes" et "Kiri" ont eux aussi fait le "grand saut". De mes trois amis, Kiri seul s'en est sorti. Et encore, peut-on seulement dire ce que signifie "s'en sortir" quand "la solution finale" s'impose à l'individu comme "la seule solution". Peut-on estimer s'en être sorti quand on finit par considérer que l'élimination de sa propre personne constitue la seule issue possible, quand on considère que sa propre personne physique finit lentement par devenir un "autre individu" rendu seul responsable de la perte de tout repère, de l'accumulation de tant de détresse... Pas simple de répondre à "ça"!

Kiri, un solide gaillard de 1,84m, 88 kgs de muscles, qui depuis a repris son boulot de chauffeur routier... Me reviennent à la mémoire certains de ses propos quand il me disait se sentir "comme en sursis", une autre fois "avoir transgressé un interdit grave", ou encore "vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête"...

Pour celles et ceux qui en sont convaincu-e-s: il n'y a aucune logique dans le suicide, en doutions-nous. Ni avant, ni pendant... quant à après...

Autopsie du suicide...

Notre mode d'organisation sociale tourne autour du travail. Tout est question d'économie et seulement. Lui sont soumis tous les autres aspects de nos vies... Physiques et psychiques.

En l'état actuel des choses, si les progrès de la médecine savent expliquer les fonctionnements "mécaniques" du cerveau humain, ce qui fait son essence reste encore parfaitement inconnu. Je  prends un raccourci délibéré sur toutes les questions liées à l'âme et aux pratiques religieuses - dont je fais peu de cas à titre perso et qui n'ont que peu d'importance avec le billet présent.

Ce qui me déboussole grandement c'est qu'un domaine où il est question d'essence de l'individu et de construction psychique soit soumise au concept de travail. Pire encore, confié à une matière scientifique – en l'occurrence la psychiatrie, laquelle matière pour si peu qu'on en sache dans un domaine qui concentre plus d'inconnues que n'importe quelle autre matière scientifique, repose sur ce qu'il y a lieu de considérer comme une escroquerie pour le moins.

Or donc, j'appelle en renfort l'excellent ouvrage – un peu cher pour grand nombre de bourses, je le déplore mais oh combien "nourrissant": Le crépuscule d'une idole de Michel Onfray. J'en fais une courte promotion dans la mesure où je soupçonnais depuis bien longtemps mais sans pouvoir les situer clairement, toutes les aberrations qui posent comme vérité fondamentale, la nécessité d'organiser nos sociétés sur la seule base de la production économique.

Laquelle production économique a délibérément détourné une science entière – la psychiatrie selon Freud – pour en faire un ciment, ou plutôt un béton armé lors d'un certain Congrès mondial de la psychiatrie en 1935.

Je me fais un court instant l'avocat du diable Onfray qui a essuyé tous les tirs de barrage des psychiatres mondiaux quand il a dénoncé la supercherie freudienne. Je n'ai pas lu les œuvres complètes du plus célèbre"malade" du monde, mais je me targue d'avoir dans ma modeste bibliothèque de grands penseurs tel W. Reich, A. Alland, Nietzsche, Kant, Montesquieu, la Grande Simone de Beauvoir – et la liste est longue, autant d'illustres qui chacun-e à leur façon appréhende ces questions existentielles par la voie philosophique... Et c'est là que le bât blaisse quand 25 siècles de savoir philosophique sont jetés à la corbeille au profit d'une pseudo vérité scientifique vielle de moins d'un siècle. Soit.

Grâce et depuis Freud, nous sommes toutes et tous "malades". Malades "potentiels"quand nous travaillons, plus malades encore quand nous ne travaillons pas, rendus addictifs.Grâce à Freud, à sa descendance scientifique et au présent mode d'accession à la propriété, j'ai nommé la psychiatrie: " Arbeit macht frei!". Et j'ajouterai "... und Freude." Pour les non allémaniques "Freude" veut dire "joie". Les adorateurs du mode subliminal apprécieront l'ironie entre le patronyme "Freud" et "Freude": joie. Mais je m'égare...

Or donc, dans nos bonnes sociétés prétendument modernes, je ne violerai aucun grand secret en proclamant haut et fort que le taf est le dernier endroit au monde où on se marre... Il n'y a ni Freude (joie), ni Freiheit (liberté). Et dans la mesure où nos vies intimes sont entièrement conditionnées par nos vies professionnelles – avec les dégâts qu'on connait... Comblez le vide de cette dernière phrase vous-même, aux deux sens du terme, propre et figuré.

Avant Freud, travailler apparaissait comme une nécessité sans que la relation entre le concept "travail" et les dispositions naturelles inhérentes à l'humain ait jamais été clairement démontrée. Depuis, grâce au recours de la matière scientifique et son obligation  probante, la nécessité de travailler n'a toujours rien de" naturel", mais au moins a-t-on appris que la psychiatrie et la médication s'avèrent d'excellents outils d'aliénation mentale... Scientifiquement prouvés!

Ainsi, Freud et la science psychiatrique si tous deux ne font pas clairement la preuve qu'il y a corrélation entre les "besoins naturels" de la vie et le concept "travail",  ne font hélas pas plus la preuve du contraire. Il convient donc à la science de créer urgemment une nouvelle économie en même temps qu'un nouvel outil aliénant: l'industrie pharmaceutique.

Dès lors, l'on est "malade" non pas à cause du travail, mais l'on doit "se soigner par devoir" eu égard   au travail. L'on a donc le devoir "culturel" de modifier sa structure chimique interne – et pire encore, d'aller soi-même au devant de la psychiatrie en ayant recours à l'industrie médicamenteuse sitôt que des effets nuisibles à la productivité s'en font ressentir...Vicieux à souhait... Non?

Objectivement, les candidats au suicide sont des rebelles qui cherchent à se dérober au système... La morale l'interdit. La religion -  l'autre invention humaine aux dimensions sociétales, le réprouve et c'est son rôle, condamne le récalcitrant aux feux de l'enfer et à la damnation éternelle...

Science et théologie se font une guerre "froide" depuis les tous débuts de l'histoire de l'humanité.Je n'ai ni la science d'un théologien, ni la foi d'un scientifique dans sa matière (j'espère que tout le monde aura noté les superbes effets oxymoriques de cette construction grammaticale???) mais je note à quel point ces deux modes d'appréhensions culturelles de la vie humaine sont plus souvent complémentaires que contradictoires. Ce simple constat veut rendre évident le fait que les deux mamelles culturelles, science et religion, ensemble comme séparément –  sont tout autant dissuasives de toute découverte permettant l'évasion, chacune dans leur domaine spécifique. La science légale règlementant la vie au "civil", la religion réprimant le "moral"...

Onjectivement, qu'y a-t-il de plus amoral, de plus hypocrite que d'interdire à un individu le droit de s'ôter la  vie sachant que ni science ni religion ne sont en mesure de répondre à aucune des questions liées à existentialisme, encore moins de les satisfaire, alors que - paradoxe et contradiction font que science et religion, ensemble ou séparément, sont souvent destructeurs, toujours réducteurs, en tout cas éminemment constitutifs de la réduction de la condition humaine ?

Ainsi la société politisée disposerait du droit de faire travailler jusqu'à la mort? Et d'un autre, similaire, de faire mourir dans une guerre..? Mais interdirait d'attenter à sa propre vie??? Au nom d'une raison ignorée de tous mais dont la seule certitude résiduelle consiste à ne surtout jamais enrayer la machinerie productiviste? ... Et comble de l'horreur, autorise l'exploitation du "mal être" pour enrichir davantage la machine???

Mais le plus choquant à mon sens n'est pas encore là... Le pire est atteint quand à la place de la matière philosophique elle-même, à la place de l'accès à cette matière, à la place de la recherche philosophique lui sont imposées de vraies tromperies intellectuelles. Telles l'économie et la psychiatrie.

Qu'on ne se méprenne pas sur la portée de mes propos. Je ne fais à aucun moment l'apologie du suicide. Si je dénonce l'incarcération de la condition humaine dans les limites outrageantes du "travail", la résolution de la problématique existentielle ne saurait pour autant résider dans un quelconque processus de destruction de la vie. Si dès lors mourir "POUR" le travail ou "A CAUSE" du travail est condamnable et s'il faut dès lors faire un seul procès, faisons celui du travail et de ses suppôts et non pas celui de celles et ceux qui meurent d'avoir chercher en vain ce qui est sciemment rendu inaccessible. Il y a là selon moi, "crime contre l'humanité".

Tout comme on a appris depuis Copernic, le concept de géocentrisme et que la terre n'est pas le milieu du monde, on apprendra un jour que le "suicide" est une "forme différente de lucidité" échappant à notre connaissance pour l'instant...

... En attendant que soit donnée sa place à la seule matière qui vaille –  "la philo", la seule dont on est sûr que si elle ne répond pas aux questions, c'est parce qu'on lui interdit tout simplement de les poser...


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