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Chapitre 3 : Mission rapatriement

Publié le 05 décembre 2010 par Mpbernet

DBuniformesPremier départ vers Strasbourg avec la 2°DB. Huit jours pendant lesquels nous partageons notre temps entre les bombardements et la visite des pâtisseries. Etant chef d’équipe, je suis propulsée vers Sarrebrück pour diriger un poste de secours installé dans une gare au Palatinat, dans le secteur de la 5° Armée américaine.

A Sarrebrück, je suis la seule femme. Avec les chasseurs qui attendent les « gars » de la Croix-Rouge pour les conduire en Allemagne. Je resterai, dans ce secteur allié, la seule femme alliée jusqu’à la fin de ma mission.

Adieu la pâtisserie Alsacienne. Le menu « chasseurs » se compose de maquereaux, vin blanc, corned beef. Le 1er mai, un faux bruit : « La guerre est finie ! ». Au risque de recevoir sur la tête une église bien ébranlée, mes militaires français font sonner les cloches à toute volée.

Je ne sais s’il y a alors cause à effet, mais je vois enfin arriver mon équipe : quinze secouristes parisiens bien sympathiques. Mais pour lesquels, à part deux ou trois, c’est le baptême du feu. Leur accompagnateur, pressé de rentrer à Paris, me remet les papiers. Je m’inquiète de savoir qui est le responsable des secouristes. Il me répond : un grand avec des lunettes. Je retrouve ma troupe : des quatre qui portent des lunettes, trois sont grands ! Présentation rapide car nous devons partir le lendemain matin dès cinq heures. Nous voici seize Français en secteur américain. A part moi, personne ne parle anglais, mais, consolation, deux parlent allemand et un le russe. On fera avec.

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Installation. Le responsable américain sur place, le Lieutenant Rainbow, est très gentil mais ne comprend que l’anglais du Texas et je me rends compte avec horreur que cela diffère de beaucoup de ce que je sais. Au bout de quelques jours, nous communiquons dans un sabir anglo-franco-allemand et parvenons à nous comprendre.

Le général commandant le secteur souhaite que je déjeune avec lui chaque jour, mais le travail rend cela impossible. J’en suis ravie, car la nourriture est infecte ; nous sommes en subsistance avec l’armée américaine en campagne. Nous recevons des vivres frais, toujours impeccables, tous les trois jours. Nous étions 16, nous aurions pu nourrir 25 personnes. Mes secouristes parisiens se remplument à vue d’œil.

Dès notre installation, notre travail commence et c’est le délire. D’abord, sept jours et six nuits sans s’arrêter, puis 24 heures de sommeil et on recommence pour 6 jours et 5 nuits. Après, le flot se calme un peu. C’est à la fois épuisant et formidable. Je travaille comme une folle, je ne pense à rien, je fais mon premier accouchement de ma vie sur le quai de la gare.

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J’ai vu des choses atroces, mais nous faisons un boulot extraordinaire et enthousiasmant. Les Américains prenaient, dans leur hôpital de campagne, les militaires, c'est-à-dire les prisonniers pour lesquels il n’y avait plus d’évacuations. Pour les autres : réfugiés, déportés, internés, j’avais le pouvoir de réquisition sur sept hôpitaux allemands des alentours. Chaque matin, je faisais ma tournée. J’ai beaucoup soigné avec des oranges et du lait condensé. Et cela réussissait. Les déportés, en particulier, avaient besoin de lait et de vitamines.

Par principe, j’avais décidé de ne pas parler allemand aux Allemands, sauf les jours de colère, et il y eut quelques scènes épiques dans les hôpitaux. En particulier avec la « sœur » Louise qui refusait de m’aider à accoucher une malheureuse petite Juive parce que c’était Dimanche ! Elle n’a pas cédé, je me suis débrouillée avec l’aide du chauffeur. Tout s’est bien passé et Raymonde, la jeune femme, a souhaité faire baptiser son fils avant de rentrer en France. Elle avait eu beaucoup trop de problèmes du fait de sa religion, disait-elle. Baptême très officiel, ce qui fait que je suis la marraine d’un petit Juif qui se prénomme Jacques, l’officiant étant allemand !

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Près de 30000 rapatriés sont ainsi passés entre mes mains. Nous nous trouvions à une journée de voyage de Paris. Mais, malgré les colis de vivres et les soins, certains n’ont pas eu la force de rentrer en France.

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Nous portions notre brassard d’urgence sur lequel figurait notre département d’origine. Le mien portait donc « Vendée » et lorsque dans un train un ou plusieurs vendéens se trouvaient, dans les minutes qui suivaient ils m’entouraient et c’est ainsi que j’ai su que certains étaient morts en route. Je notais leurs noms et leur commune d’origine et, sur le traditionnel paquet de Gauloises que nous donnions à profusion, j’inscrivais mon nom et l’adresse de la CRF de Vendée.

Cette mission, prévue pour six mois voire un an, fut achevée en trois mois, mais quel travail !

Début juillet 1945, Papa me demande de rentrer car Maman est très mal. J’obtiens huit jours de permission. Arrivant en garde de l’Est, je trouve « Bugatti », le chauffeur de mon cousin Petit qui me transporte à Montparnasse. En arrivant à La Roche, l’alerte est passée mais Maman est très changée. Je décide de passer par le Siège de la Croix-Rouge à Paris pour demander mon retour définitif.

Toujours dans la voiture de Georges, j’arrive rue François 1er où siège la Mission de Rapatriement. Je me trouve dans le bureau de Mademoiselle Rouvier, « grande patronne » des infirmières en mission et là, je reçois la plus belle avoinée de ma vie. Comment osais-je, en uniforme, déjeuner avec un officier et me faire transporter dans sa voiture ? Etc, etc…..

Je la laisse se calmer puis lui dis :

-Mademoiselle, le Colonel Petit est mon cousin-germain, fils de la sœur aînée de ma mère. Il est actuellement chef du bureau du Rapatriement à l’État-major…

Tête de Rouvier ! Cette demoiselle Rouvier entra dans les années 1960 chez les Bénédictines. Un beau jour à Abidjan, le Siège me téléphone de Paris et me demande d’accueillir à l’aéroport une infirmière CRF en transit vers Bouaké. J’accepte volontiers et, à la descente d’avion, je trouve ma « charmante » Rouvier qui ouvre de grands yeux :

-J’attendais une Madame Briot…

-Chère Mademoiselle, les femmes changent de nom en se mariant. Vous voyez que je suis toujours à la Croix-Rouge, mon cousin est toujours colonel, à la retraite toutefois, et je vous reçois avec plaisir….

J’obtiens de terminer ma mission à la fin du mois de juillet 1945. Par suite d’une rectification de secteur entre la France et les Etats-Unis, notre poste est passé sous l’administration de la 1ère DB. Mais l’armée De Lattre a un ravitaillement bien inférieur à celui des Américains.

Moins d’une semaine après ce changement, je suis convoquée par le général. Je ne sais comment ce diable d’homme a su qu’une vendéenne était dans son secteur. Je fus reçue avec des égards bien supérieurs à ceux de mon grade (j’avais comme grade d’assimilation celui de capitaine). C’est au cours d’une de ces visites chez de Lattre que je bavarde cinq minutes par hasard avec un caporal, très sympathique et plutôt beau garçon. J’oublie son nom sur le moment. Il devait me le donner dix ans plus tard : c’est Pierre Briot.

Au cours de cette mission, j’ai rencontré beaucoup de gens, et, chaque fois, je demandais des renseignements sur la bataille de Dunkerque. Je n’obtenais pas grand-chose. Sauf une fois, un espoir fou, par la Générale Valliès, Présidente de la Croix-Rouge canadienne. Elle m’apprend qu’un certain nombre de blessés de Dunkerque ont été transportés au Canada, en particulier ceux qui avaient besoin de soins très longs. Je lui demande si elle peut savoir quelque chose…elle me promet une réponse pour l’automne.

Je reçus une réponse négative, mais assortie d’une proposition très alléchante : celle de partir à la Croix-Rouge canadienne, y préparer le diplôme d’anesthésiste puis une carrière au Canada. Hélas, je ne peux répondre à cette offre : Maman va mourir le 6 octobre.

à suivre.....

N.B. :60 200 déportés des camps de la mort rapatriés vers la France
Les 226 conductrices ambulancières de la Croix-Rouge Française suivent les armées alliées dans la libération des camps : Auschwitz, Dachau, Buchenwald … Elles vont ainsi rapatrier en France 60.200 déportés des camps de la mort. Leur mission : prendre en charge les déportés les plus touchés, qui n’ont plus la force de se tenir debout, relier les camps et les points de ralliement sanitaires, assurer le transport des victimes vers les centres de soins et les sanatoriums via les gares où les trains SIPEG (trains d'assistance et de service international de protection contre les évènements de la guerre) attendent les blessés et les aéroports.(source : site de la CRF)


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