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Dieu, une invention ?

Publié le 06 décembre 2010 par Sébastien Michel
De René Girard, André Gounelle et Alain Houziaux
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Trois philosophes pour trois conceptions de Dieu qui s’adressent aux croyants comme à l’athée. René Girard, André Gounelle et Alain Houziaux tentent, chacun à sa manière, de répondre à la question « Dieu, une invention ? »
Dieu, une invention ?
Le premier à prendre la parole est le pasteur, docteur en théologie et en philosophie, Alain Houziaux. Se situant dans l’idéel, il pose la question : « …comment et pourquoi les religions archaïques en sont-elles venues à “inventer” l’idée de Dieu ? » La réponse, il la donne suivant « … un ordre chronologique : le Dieu de l’animisme, celui de la théologie de saint Thomas d’Aquin et celui des croyances chrétiennes d’aujourd’hui. » Alain Houziaux soulève une nouvelle fois la question de la « cause première » de la création et de cette énergie qui, en se dégradant, produit l’évolution, avant de remarquer l’existence de trois figures de Dieu : « … le Dieu cosmique, “grand horloger”, le Dieu “recours suprême” et le Dieu “conscience morale”. » Si, comme l’indique Claude Geffré cité par Houziaux, la « grande découverte de l’homme de la modernité, c’est la non-nécessité de Dieu », confesser Dieu est pourtant un acte de volonté et de résistance au mal et à l’injustice. « C’est vrai, tout est nuit, et c’est une raison de plus pour prêcher la lumière », conclut André Houziaux.
« Lynchage unanime ». Membre de l’Académie Française et professeur émérite de l’université de Stanford, André Girard intitule sa contribution : « Le bouc émissaire et Dieu ». Après sa réponse directe à la question « Dieu, une invention ? », il revient sur son célèbre ouvrage La Violence et le sacré. « Dieu, c’est d’abord la personnalisation de ce qu’on appelle le sacré, écrit-il, et le sacré est une expérience de la violence tellement soudaine, redoutable et contraignante à l’intérieur des communautés, que les hommes croient y reconnaître une puissance qui les dépasse, une puissance littéralement transcendante dont ils ont trop peur pour lui désobéir, a fortiori pour nier son existence. » Les dieux archaïques sont une « interprétation inexacte » des violences sociales qui tendent à dépasser « la rivalité mimétique » et le désir de vengeance. Les premières sociétés ont institué le sacrifice pour « transférer » vers le bouc émissaire la violence du monde et ainsi susciter l’entente qui a maintenu l’humanité dans l’existence. « D’une certaine façon, cette entente est ce qu’on appelle la politique ! C’est aussi ce que j’appelle le mécanisme de la victime unique, le mécanisme du bouc émissaire. » Disons la figure de l’immigré dans les débats électoraux français pendant lesquels « … la société tout entière tue cet individu. Ce phénomène existe et porte un nom, c’est le lynchage unanime. » Le vrai Dieu est, d’après Girard, chrétien et, pour intervenir pour le monde, s’est incarné dans la figure humaine du Christ. Celui-ci a bouleversé la conception du bouc émissaire. Le Christ a tiré le sacrifice du domaine du non-savoir vers le savoir, de la victime coupable vers la victime innocente pour que les hommes se considèrent dans leur violence productrice de victimes. C’est parce qu’il a refusé les lois archaïques du sacrifice que Jésus Christ s’est sacrifié.
« Il vient ». André Gounelle présente un « Dieu inventeur inventé ». Pour démontrer que « Dieu a besoin des hommes pour être Dieu ; il n’est pas Dieu sans l’homme, de même qu’on n’est pas époux ou épouse sans conjoint, de même qu’on n’est pas parent sans enfants… », le théologien protestant et docteur de l’université de Lausanne porte son intérêt sur « l’être » de Dieu. Partant d’une étude étymologique sur le terme latin « invenere » (inventer) et se fondant sur les discours des religions, Gounelle estime que Dieu est agi et agissant dans sa rencontre avec les hommes qui trouvent en Lui « du nouveau et de l’inconnu. » Plus loin que cela, il apparaît que Dieu « s’invente continuellement » : « Il n’est pas “parfait”, au sens d’achevé, d’accompli, mais il se caractérise par un mouvement incessant qui fait de lui toujours à nouveau ce qu’il est. […] on ne dit pas “il sera”, ce qui orienterait vers une permanence sans changement passé, présent et futur étant identiques ; on dit “il vient”, ce qui indique que l’“à-venir” qui est le temps de l’invention, est une partie constitutive de son être ou de son existence. »
À l’heure où de soi-disant philosophes caressent le bon sens, en célébrant l’athéisme ou en défendant de manière maladroite les religions dans le seul objectif de vendre plus, où l’école républicaine s’idéologise, parfois sous couvert de la liberté d’exercer son culte, les éditions de l’Atelier et les éditions Ouvrières soumettent à notre lecture un ouvrage riche et fertile. Sans a priori et écrit dans l’humilité qui caractérise ses auteurs, « Dieu, une invention ? » n’apporte pas une réponse à notre questionnement mais des réponses. Et comme pour montrer que nul ne détient la Vérité, l’ouvrage est enrichi de débats entre les trois philosophes discutant leurs propres pensées. Dieu ne peut qu’y être.
Article original écrit et publié par Ali CHIBANI

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