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Fritz Haber, 3ème tome

Publié le 07 décembre 2010 par Scienceblog

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arfois, on a envie de crier au monde dans quelle poubelle de recyclage on va jeter un torchon infâme (déchets dangereux pour « Home » par exemple …). Parfois, on a envie de hurler l’adminration qu’on porte pour un artiste. Mes frères, parlons de Fritz Haber écrit, dessiné, raconté par David Vandermeulen !!!

Alors, voilà : Fritz Haber, c’est un salaud ! Un pur de dur ! Il a inventé l’arme chimique, pensez-donc. Le Zyclon B. Un peu comme un Nobel bis, mais qui n’aurait pas battu sa coulpe. Et puis, ce n’est pas tout, si je vous racontais tout .. Non, vraiment, c’est une ordure. Pour s’en convaincre, lisez-moi cet article édifiant de Wikipedia. Le pire, c’est que c’est un bon chimiste ! Il a découvert la synthèse à grande échelle de l’ammoniac, et a même obtenu le prix Nobel en 1918 pour ses travaux. A l’heure où la science était une valeur positive, c’était un grand parmi les grands !! Un bienfaiteur de l’humanité. Et c’est là que ça se corse

C’est vrai quoi, un scientifique, s’il est gentil il est gentil (genre Axel Kahn et n’importe lequel expert du GIEC), et s’il est méchant, eh bien … c’est pas beau. Docteur Mengele il est méchant. Louis Pasteur, il est gentil. Benveniste et sa mémoire de l’eau … méchant. Luc Montagnier et sa découverte du HIV, gentil, même s’il a refilé ses antioxydants à base de papaye fermentée ensuite. Einstein, gentil : d’ailleurs la preuve, il tirait la langue. Bref, dans la vie, il y a deux sortes de scientifiques, les gentils, qui obéissent aux standards éthiques en vigueur, et puis les méchants qui eux, non. Ils se sont trompés : méchants ! Ils ont sauvés le monde ? Gentils. Là où ça se corse, c’est quand on regarde un peu les détails.

Par exemple, prenez Louis Pasteur. Il est GENTIL !! Vaccination, fermentation, asepsie, : un sauveur de l’humanité. Bon, faut pas trop regarder les angles morts de sa vie, … Bruno Latour a consacré trois livres sur le sujet ; illustrés, voire même superbes, un texte de haute tenue. Vraiment. Si on parle d’un méchant, on va faire pareil. Et on retrouvera les zones d’ombre qui le rendent pas si méchant que ça. On peut aussi emprunter la voix de la fiction, celle qui permet peut être de prendre des libertés avec l’Histoire, mais qui permet d’incarner les personnages dans une réalité historique. Là, nul texte de haute tenue, nulle explication raisonnée du bonhomme, nulle interprétation distanciée. Juste une histoire.

C’est la voix qu’a tracé David Vandermeulen pour raconter l’histoire d’un scientifique « méchant », Fritz Haber. Le graphisme en sépia, et les techniques variées de dessin renvoient directemement à cette période trouble, située pour le troisième tome vers 1915, lorsque Fritz Haber découvre l’utilisation du chlore en tant qu’arme, et l’utilise sur le front ouest, à Ypres. D’autres scientifiques allemands participeront à l’effort national pour gagner la guerre. David Vandermeulen situe bien cette époque allemande assez récente, qui rêve de se construire une identité et une existence propre, à l’égal de ses voisins, la France et l’Angleterre. La glorieuse Allemagne, celle qui voit le jour, contient les germes du national socialisme qui conduira à la venue de Hitler et de la seconde guerre mondiale.

Encore une fois, et comme dans les précédents épisodes, le travail de Haber est compris dans la société de l’époque, une société allemande résolument antisémite dans laquelle Fritz Haber ne cherche finalement qu’une chose : devenir allemand. Son obstination n’y change pourtant rien, le capitaine Haber reste, aux yeux de son état-major, nul autre qu’un youtre comme un autre.

En opposition, Albert Enstein, également incarné dans ces albums, possède beaucoup plus de distance face aux évènements en cours. Résolument antimilitariste et internationnaliste, Einstein ne se réfère ni au sionisme, ni au nationalisme allemand. Et dans cette opposition, on sent que le méchant de l’époque, ce n’était pas ce bon Fritz …

Est-il bon, est-il méchant, ce Fritz Haber qui rêvait de devenir allemand ? n’était-il pas simplement naïf, de croire que la force de la science pouvait résoudre tous ses problèmes. La fin de cet épisode (sa femme se suicide face aux atrocités que commet son mari) ne lui ouvrira pas les yeux …

A noter, un blog qui parle de l’aventure Fritz Haber :  http://fritz-haber.over-blog.com/, ainsi qu’un site animé par david Vandermeulen sur le site des éditions Delcourt, qui publient ses ouvrages : http://www.editions-delcourt.fr/fritzhaber. Découvrez ces ouvrages, formidables, tant dans le fond que dans la forme, qui méritent bien plus que de simples prix de bd historique !!


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