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Brice Hortefeux, ministre calamiteux

Publié le 12 décembre 2010 par Hmoreigne

 Les intempéries ne réussissent pas à Brice Hortefeux qui a réussi l’exploit de déraper sévèrement par deux fois en moins de trois jours. Au-delà du déni caricatural de réalité qui a entouré l’épisode neigeux, le ministre s’est surtout illustré par son commentaire sur la condamnation de sept policiers par le tribunal de Bobigny. Sans trop de surprise, son appréciation sur le fonctionnement de la justice est conforme à celui porté par Marine Le Pen.

La culture du chiffre au détriment du respect du droit et de l’éthique, l’incitation à multiplier les gardes à vue abusives et dégradantes, les sorties humoristiques douteuses du ministre sur le Auvergnats, les appels du pied répétés du chef de l’État à l’égard de l’extrême droite ; tout concourt aujourd’hui pour pourrir la relation entre les citoyens et leur police.

Le commentaire de café du commerce lâché vendredi par le ministre de l’intérieur sur le jugement prononcé par le tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis) s’inscrit dans cette filiation. En l’espèce, les juges ont condamné sept policiers à des peines de prison ferme pour avoir menti et accusé un tort un homme lors d’une course poursuite en septembre dernier.

A l’issue de l’annonce de la peine, dans une manifestation spontanée 200 policiers environ ont manifesté leur mécontentement. Loin de s’émouvoir que des fonctionnaires de police expriment ouvertement des critiques sévères à l’égard de magistrats, leur ministre a attisé les tensions en déclarant que ce jugement peut “apparaître légitimement disproportionné” aux forces de sécurité avant d’ajouter pour être bien compris que “Notre société ne doit pas se tromper de cible : ce sont les délinquants et les criminels qu’il faut mettre hors d’état de nuire“.

Le commentaire rejoint l’analyse de Marine Le Pen pour qui, “La justice sape le travail des policiers avec l’accord des politiques“, “Il y en a assez que les policiers soient systématiquement accusés dès qu’il y a le moindre incident“.

Le ministre de l’intérieur donne surtout ouvertement raison aux éléments policiers les plus radicaux. Les déclarations du syndicat Synergie-Officiers témoignent de l’ambiance entre policiers et magistrats : “Ce tribunal (Bobigny) est connu pour receler les pires idéologues de la culture de l’excuse quand il s’agit de remettre dehors à tour de bras les trafiquants de stupéfiants, braqueurs, auteurs de tentatives d’homicide, etc… “. Le tribunal de Bobigny, l’un des plus difficiles de France pour ses conditions de travail, est depuis le passage de Nicolas Sarkozy place Beauvau dans le collimateur du ministère de l’Intérieur.

Les faits reprochés aux sept policiers sont pourtant d’une particulière gravité. Ils se sont déroulés le 9 septembre à Aulnay-sous-Bois. Un policier avait été blessé, percuté par une voiture après une course-poursuite. Lui et ses collègues avaient décidés de mentir et accusé sur procès-verbal le conducteur de la voiture qu’ils poursuivaient. Ce dernier avait été placé en garde à vue pour tentative d’homicide sur fonctionnaire de police. Au fil des heures, les témoignages des policiers devaient s’effondrer: c’étaient des collègues d’une deuxième voiture qui étaient à l’origine de l’accident. Si le mensonge n’avait pas été dévoilé, l’automobiliste encourait la perpétuité.

Très réactive, le fait est assez rare pour être souligné, Martine Aubry a tapé du poing sur la table en déclarant qu’il n’était pas possible d’”accepter que Brice Hortefeux, une fois de plus, attaque les magistrats sur une décision qu’ils ont prise vis-à-vis des policiers”. “La République, c’est l’impartialité de l’Etat. “Laissez les magistrats faire leur travail !” a demandé la patronne des socialistes.

De son côté, la députée et ex-garde des Sceaux Marylise Lebranchu a condamné “avec fermeté” la manifestation de policiers en uniforme devant le tribunal de Bobigny et estimé que, “Si on en arrive là, c’est qu’on sent bien qu’il y a une critique permanente de la justice de la part des autorités. On ne doit pas laisser s’installer une ambiance où toute décision de justice est remise en question“.

Une indignation partagée dans les colonnes du Nouvel Observateur par Matthieu Bonduelle, secrétaire général du Syndicat de la magistrature, qui estime que les déclarations de Brice Hortefeux qui “bafoue le principe de la division des pouvoirs“. Le magistrat rappelle notamment que l’indépendance de la justice repose sur la séparation des pouvoirs judiciaires et exécutifs et que, si le ministre de l’intérieur peut soutenir les policiers dans des moments difficiles, il ne peut pas se permettre ce genre de jugement.

L’affaire a pris une tournure politique puisque les cinq parlementaires de la majorité de Seine-Saint-Denis ont exprimé leur solidarité aux sept policiers condamnés, au préfet Lambert, ainsi qu’au ministre de l’Intérieur prenant ainsi le risque de jouer l’embrasement des quartiers pour des raisons purement électoralistes.

Rachida Dati qui a quelques comptes à régler avec Brice Hortefeux, déclarait perfidement dans la presse que les résultats du gouvernement en matière de sécurité n’étaient pas au rendez-vous. Plutôt que de remettre ses méthodes en cause, le ministre préfère rejeter la faute sur les juges qu’il accuse en général d’être laxistes sauf à l’égard des forces de police.

Dans un entretien accordé ce dimanche au quotidien Le Parisien, le centriste Michel Mercier, nouveau garde des Sceaux depuis le dernier remaniement, prend la défense des magistrats et rappelle à Bric hortefeux, qu’il n’est pas ministre de la justice.

La restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire impose pourtant non le recours à des cow-boys retords mais, à des fonctionnaires de police d’autant plus respectueux du droit et des procédures que leurs conditions de travail sont difficiles. Affirmer que la loi est la même pour tous est une condition indispensable pour tenter de renouer avec une population qui se sent à juste titre abandonnée, marginalisée, prise en otage par des délinquants qui jouent sur le sentiment d’appartenance à une classe de citoyens de seconde zone.

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