Magazine Humeur

Vivre ou survivre en coopérative d’habitation

Publié le 13 décembre 2010 par Raymondviger

Habitation et logements abordables

Vivre en coop

Logements moins chers, droit de regard sur les améliorations locatives et esprit  communautaire. La vie en coopérative: situation idéale?

Ève Lemay   Dossier Communautaire, Coopérative

cooperative-d-habitation-coop-cooperants-loyers-modiques La recherche de l’appartement parfait peut devenir un véritable cauchemar. Ainsi, plusieurs désirent vivre en coopérative d’habitation qui offre des logements propres, très abordables et un style de vie basé sur l’entraide et la mixité. Au Québec, 50 000 personnes vivent en coopérative. On compte 1200 habitations de ce type dont plus de la moitié sur l’île de Montréal.

Une coopérative d’habitation est une petite entreprise. Les membres sont locataires mais aussi propriétaires. Le paiement du loyer sert à payer l’hypothèque de l’immeuble. Le concept est semblable à celui des caisses populaires. À leur arrivée, les membres doivent acheter une part sociale, dont le montant varie selon la grandeur de leur futur logement. C’est aussi une organisation démocratique et tous les membres sont appelés à participer activement aux décisions.

Un conseil d’administration est formé. Différents comités sont mis sur pied afin que chacun s’investisse en fonction de ses intérêts et de ses compétences. Le comité des relations extérieures s’occupe, entre autres, de recruter des membres prêts à s’impliquer. Le comité d’entretien veille à contacter des entrepreneurs pour les rénovations.

coop-d-habitation-cooperative-cooperants-loyer-modique La base d’une coopérative d’habitation demeure l’assemblée générale. Tous les membres se réunissent au moins une fois par année. Pour chaque décision, tous ont droit de vote. Selon la loi, seul le conseil d’administration a les pouvoirs pour gérer les affaires de la coopérative.

Pour Julie Grammond, qui a habité en coopérative de 2007 à 2010, l’avantage majeur était l’esprit de communauté et la possibilité de connaître ses voisins. «Si j’avais besoin de lait et que le dépanneur était fermé je n’étais aucunement gênée d’aller voir mes voisins pour qu’ils puissent me dépanner, relate-t-elle. En tant que campagnarde, j’étais très heureuse de trouver une communauté dans mon immeuble. Tous les membres se retrouvaient souvent dans la cour arrière pour discuter et nous faisions souvent des barbecues», ajoute-elle.

Pour Micheline Migneault, qui a habité une coopérative de six logements à Sherbrooke entre 2004 et 2006, l’avantage majeur était le prix des logements. La possibilité d’un certain contrôle sur l’entretien de l’immeuble et le droit de regard sur les améliorations locatives l’avaient aussi séduite. Même chose pour André Pruneau, qui a habité en coop de 2006 à 2010, très heureux de trouver un appartement abordable.

Malgré tout, la réalité moins reluisante rattrape souvent la vision idyllique que les occupants ont des coopératives. Déresponsabilisation et conflits de personnalités s’invitent souvent dans ces communautés.

Inconvénients de la coopérative d’habitation

Did Belizaire qui habite une coopérative depuis 7 ans, considère qu’elles ne font que donner l’illusion qu’il y règne une atmosphère de partage et d’entraide. «Je l’ai surtout remarqué lorsqu’il y a eu le tremblement de terre en Haïti. Je suis Haïtien d’origine et personne n’est venu me demander si ma famille allait bien», témoigne-t-il, déçu.

Pour André Pruneau, c’est le manque d’implication des membres qui l’a le plus déçu. «Ce sont toujours les mêmes personnes qui font tout, déplore-t-il. Certains avaient de petites réparations mineures à effectuer dans leur logement et même s’ils étaient parfaitement capables de les faire eux-mêmes, ils faisaient toujours appel au comité d’entretien», ajoute André.

Micheline Migneault a aussi été marquée par cette déresponsabilisation. «Les gens promettaient mer et monde en entrevue et une fois rentrés dans la coopérative, beaucoup réussissaient à se défiler de leurs obligations», se souvient-elle. Elle cite l’exemple d’une locataire qui affirmait que son statut de mère monoparentale l’empêchait de s’impliquer, n’était-ce qu’une heure par mois pour l’entretien des corridors et autres espaces communs.

Julie se souvient amèrement que sa coopérative, qui était divisée en cinq immeubles, ne partageait pas également les dépenses. «Les escaliers extérieurs de mon immeuble étaient vraiment dangereux et rien n’était fait, contrairement aux autres blocs qui eux, avaient souvent droit à beaucoup plus de budget.»

Secrétaire de direction à la Fédération des coopératives d’habitation intermunicipale du Montréal métropolitain (FECHIMM), Isabelle Lalouette avoue que la majorité des plaintes reçues concernent des problèmes de voisinage et des conflits de personnalités. «C’est plutôt surprenant étant donné que, souvent, le but recherché en venant vivre en coopérative est de trouver une ambiance chaleureuse et un esprit communautaire», observe-t-elle.

Pour vivre en coopérative

Malgré les inconvénients que comportent les coopératives d’habitations, Did Bélizaire assure que ce type de logement est parfait pour des familles, si on considère les bas prix des logements. Il ajoute que l’esprit de convivialité doit être créé par les membres afin d’en faire un milieu de vie agréable.

«Vivre en coopérative exige de la souplesse, de la tolérance et un sens du devoir», concède Micheline. Elle suggère qu’un membre doit idéalement être capable de faire passer les intérêts du groupe et de la coopérative avant les siens.

«Il doit y avoir des coopératives fonctionnelles quelque part, mais moi je ne conseille pas ce type d’habitation», conclut Julie.

Décider de vivre en coopérative c’est accepter de mettre l’épaule à la roue, dans l’espoir d’obtenir de meilleures conditions de vie.

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