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Mediator 150 mg : combien de morts ?

Publié le 13 décembre 2010 par Melusine

Le 30 novembre 2009, l'Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé - AFSSAPS suspendait l'autorisation de mise sur le marché d'un antidiabétique, le Médiator, ainsi que de ses deux génériques (Benfluorex Mylan et Qualimed), en raison d'un risque avéré de maladies cardiaques graves et d'hypertension artérielle pulmonaire pouvant entraîner la mort. L'AFSSAPS évoque le chiffre de 500 décès... Produit par le laboratoire Servier depuis une trentaine d'années, le Mediator était soupçonné de toxicité dès les années 1990 et ce d'autant plus qu'il est de composition chimique apparentée à l'Isoméride, un coupe-faim des laboratoires Servier, interdit en 1997 pour les mêmes raisons. Le Mediator - détourné lui aussi en coupe-faim - était encore au palmarès des médicaments les plus vendus en France juste avant son retrait tardif (il rapportait 3,6 millions l'an). Que ne fait-on pour maigrir sans effort...

L'enquête qui a révélé la toxicité du produit est partie du Centre Hospitalier Universitaire de Brest. Le docteur Irène Frachon, qui y exerce en pneumologie, vient de faire paraître en juin 2010 un livre relatant l'affaire, Mediator 150 mg, sous-titré Combien de morts ? (Editions-Dialogues, 152 p., 15€90). Las, le livre a déplu au laboratoire qui a aussitôt porté plainte, et le juge des référés du Tribunal de Brest de lui donner raison en ordonnant la suppression du sous-titre au prétexte qu'un retour sur le marché était toujours possible et qu'en ce cas "le dénigrement provoqué par la mention litigieuse se révélerait grandement source de discrédit". Juridiquement, c'est un peu curieux de condamner sur la base d'un préjudice qui n'est pas encore constitué...

Fondé en 1948 par le médecin Jacques Servier, le laboratoire qu'il dirige toujours à plus de 88 ans est le second groupe pharmaceutique français avec un chiffre d'affaires de 3,4 milliards d'euros. Il a son siège à Neuilly-sur-Seine, d'où sans doute ses bonnes relations avec le président Sarközy, et est aussi lié à d'autres hommes politiques comme Philippe Douste-Blazy, ancien ministre de la Santé, ou Henri Nallet, ancien ministre socialiste de l’agriculture. Mais cela ne justifie pas l'entêtement du PDG à ne voir en l'affaire qu'une machination, pour "embêter le gouvernement" soupçonne-t-il. Un entêtement qui fait peu de cas des malades.

De quoi donner matière à réfléchir sur l'usage des médicaments et ses abus.

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