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Cobra à la mode française et à la mode belge

Publié le 14 décembre 2010 par Les Lettres Françaises

Cobra à la mode française et à la mode belge

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Le groupe Cobra, créé après la dernière guerre mondiale, comme son nom l’indique (ce sont les initiales de Copenhague, Bruxelles et Amsterdam), a eu son antenne française. C’est ce que nous fait découvrir l’exposition sur Jacques Doucet, au Laac, musée qui est souvent un lieu de découverte précieux. Résistant, il aborde en révolté le monde issu de la Libération. Il fait la rencontre de Corneille à Budapest, avec qui il se lie d’amitié. En 1947, il adhère au groupe surréaliste révolutionnaire et fait partie de l’Europa Iskola, à l’origine un cénacle de peintres hongrois. En 1948, il fait partie du groupe Cobra, tout comme d’ailleurs Atlan. Paris a donc été un pôle de ce petit noyau de créateurs qui voulaient retrouver l’esprit des arts ancestraux et une liberté d’expression absolue. Doucet participe à leurs grandes expositions, de celle sur l’art expérimental, au Stedelijk Museum d’Amsterdam en 1949, à celle de Liège, en 1951. Pendant cette période fébrile, Doucet se révèle d’une inventivité débridée, associant le monde fondateur de l’enfance à une conception de l’espace pictural par collages et parfois pastiches. Il n’est alors ni abstrait ni figuratif et reste à l’écart de l’école de Paris, triomphante. Même si les présupposés formels sont assez différents, il existe une familiarité entre ce que faisait Doucet et ce qu’accomplissait Alechinsky au début des années 1950. Ce dernier n’a pas trahi les principes de Cobra, mais il les a rendus esthétisants et acceptables (ce que jamais n’a fait Asger Jorn). L’exposition du musée Granet à Aix-en-Provence, dont le livre est la mémoire, montre cette évolution d’un univers vraiment en rupture de ban et un univers plus personnel, mais moins menaçant dans sa construction et ses couleurs. Alechinsky est devenu un Cobra assagi, non dépourvu de talent, certes, mais se servant de la structure des retables avec leurs prédelles pour mettre en ordre une peinture encore sauvage dans ses manifestations. Mais ce que l’on découvre ici d’inattendu, ce sont les nombreux livres que l’artiste a réalisés et qui sont de petites merveilles !

Justine Lacoste

« Jacques Doucet », Laac de Dunkerque,
jusqu’au 5 mars 2011. Catalogue : Achibooks/Sautereau Éditeurs,
192 pages, 27 euros.
Alechinsky, les ateliers du Midi,
par Hélène Cixous, Daniel Abadie, Pierre Alechinsky. Éditions
Gallimard, 220 pages, 29 euros.

Décembre 2010 – N°77



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