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La dédiabolisation glamour #2

Publié le 14 décembre 2010 par Vogelsong @Vogelsong

“En tout cas, je n’entends rien de raciste dans ses propos.” E. Levy (Causeur)

“Faire passer pour diabolique, présenter sous un jour défavorable”, alors que “diabolique” renvoie à la ruse et la méchanceté selon Le Petit Robert. Parce que l’issue électorale du Front National passerait par une dédiabolisation. Ce qui, au sens littéral veut au moins que l’on présente le parti Le Peniste sous un jour plus favorable, voire mieux, en faire une entité politique tout à fait banale. Finalement, la question consiste à savoir si, diabolisation il y a. En l’occurrence est-ce que s’indigner du ratissage électoral par la xénophobie relève d’une dépeinte défavorable de la réalité ? Chacun y trouvera sa réponse. D’autre part est-ce que les références programmatiques plus ou moins appuyées à un régime crypto fasciste relève aussi d’une insinuation attentatoire ? Là encore, les démocrates y trouveront leurs propres réponses. Enfin et surtout, si l’expression Le Peniste s’apparente à un désir normal du citoyen démocratique, la finalité naturelle est l’accession au pouvoir. L’étape ultime de la « diabolisation » du soi-disant diabolisé, la pratique de gouvernement. Les progressistes sont-ils prêts à tenter l’expérience ? Là aussi chacun a son intime conviction.

La dédiabolisation glamour #2Sur le racisme antiblanc, le journalisme de marché trouve vite ses limites, incapable de piocher dans les moindres rudiments sociologiques. M. Le Pen peut s’effarer des musulmans qui “prient dans la rue” (énoncé comme une attaque contre la France), “des rappeurs qui insultent la France”, “des zones de non-droits”, y entendre des zones de non blancs (et là aussi comprendre “étrangers”). Plus étrangère que les “étrangers”, la notion de dominants/dominés semble étrangère aux champions médiatiques. Tous les racismes sont condamnables, mais les discriminations structurelles d’une société sur les minorités ne sont pas du même ordre que les éruptions sporadiques dites “anti-françaises”. Et dont on peut aussi se demander si elles ne sont pas une réaction défensive à une mise au ban. En d’autres termes la force d’impact du racisme sur le dominant par un dominé n’a pas la même force que sur le dominé déjà stigmatisé (doublement) par le dominant. C’est oublier ainsi que toute une société conspire dans le sens d’une discrimination à l’emploi, au salaire, au logement, à la représentation médiatique, à la représentation électorale… Enfin que l’insulte d’un “reubeu” de banlieue envers un “céfran” n’a pas la même puissance destructrice qu’un système social générant massivement de l’exclusion.

Un journaliste un peu consciencieux aurait aussi pu dégainer l’étude universitaire parue dans la presse qui met l’accent sur le solde financier positif de l’immigration en France. “Une bonne affaire” de 12,4 milliards d’euros entre ce qu’“ils” coûtent et ce qu’“ils” rapportent. Une argumentation qui ramène au “tout marché”, “tout négociable”. Une sorte de balance des paiements aux relents ethniques. Finalement il s’agit d’une position aussi ignoble que les emportements sur les allocations familiales, les aides sociales données aux parasites. Un raisonnement comptable qui détermine l’acception des Hommes au regard de leur solde positif ou négatif sur les finances de l’État. Finalement, ce n’est pas ce que cherchent non plus les Le Peniste. Pour une grande partie, il s’agit d’un rejet rationnel de l’autre. Un changement conscient de paysage ethnique. Quand M. Le Pen prétend ne pas “être contre les étrangers”, c’est une œillade médiatique comprise par tous. Un double sens à usage général. Et aucune démonstration ne peut en venir à bout. En ce sens, la dédiabolisation est aussi (et surtout) un piège. La xénophobie n’est pas une subversion glamour. Aussi bien que les arguments financiers qui ramènent les hommes au rang de choses n’aident pas à comprendre l’autre et ne renseignent pas sur les “pourquoi”.

Le FN se satisfait pleinement du système, pas tout à fait une démocratie mais qui pratique (pour l’instant) la liberté d’expression. Pas vraiment une démocratie car elle peut porter dans les élections des formations pouvant l’annihiler. Fort de la liberté d’expression, le FN jette sur la place publique ses thèmes favoris. Dans un sidérant renversement des rôles, les progressistes sont maintenant sur la défensive, dans une autocensure de leurs affirmations pour une société vivable. Ils vont jusqu’à se mettre à la place d’électeurs xénophobes en se demandant ce qui les exciterait, “ne pas faire le lit du FN”, “ça va faire progresser les extrêmes”. Tout pour leur plaire afin qu’ils fassent l’honneur de ne pas voter ignoble. Dans le carrousel sans fin, on fini par utiliser les mêmes mots pour définir des choses différentes. Laïcité à toutes les sauces, communautarisme, différence, termes jetés à l’encan et vidés de leur sens pour servir le dieu scrutin. L’ombre du frontiste plane, il faut lui faire plaisir pour qu’il renonce. Une soumission sans issue. Une inversion “démocratique” qui pousse droit vers l’abîme. Car aujourd’hui qui se soucie de ce que pensent les progressistes ?

Vogelsong – 12 décembre 2010 – Paris

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