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suivi des dossiers

Publié le 15 décembre 2010 par Yann Frat / Un Infirmier Dans La Ville

Céline nous avait parlé (en lien avec les problèmes des iades) des délires en cours dans la formation des profs.

Elle est revenue avec ces témoiganges... édifiants... Alors je vous les publie et je vous laisse vous faire une idée...


Témoignages diffusés par le Réseau Histoire de l'université Paris Ouest Nanterre : reseauhistoire@hotmail.com

Bonsoir,

Une ancienne étudiante, actuellement stagiaire à l'IUFM, me renvoie ce compte rendu, édifiant, d'une journée de formation organisée par le rectorat de Bordeaux vendredi dernier, pour laquelle des représentants de l'armée sont venus prêter main-forte aux opérations pédagogiques… 

L'épisode a donné lieu à des protestations des stagiaires auprès du SNES: je vous fais suivre les témoignages, ainsi que la lettre adressée par le SNES au recteur de l'Académie de Bordeaux.

L'étudiante, qui fait part de son épuisement, ajoute dans son mail : "A la mi-octobre, il y avait déjà officieusement (au minimum) 70 démissions et 3 tentatives de suicide (selon les formateurs de l'iufm qui se sont empressés de nous dire qu'au niveau national ce n'était pas beaucoup...)." 

Subject: TR: [SNES Louis de Foix] Témoignages de stagiaires

Bonjour,

Vous n'ignorez pas la situation actuelle des stagiaires, avec un emploi du temps de 15h, et le vendredi libéré pour suivre des formations. Ces collègues n'ont certes pas de temps à perdre et ont "le nez dans le guidon" pour survivre à cette année à plein temps. Ils ont eu une journée de formation vendredi dernier et je vous laisse lire 2 témoignages. C'est du délire :

Premier témoignage 

Je vous adresse le présent courrier pour vous faire part du contenu discutable et du traitement intolérable qui a été réservé aux professeurs stagiaires hier, vendredi 03/12/10, au lycée Gustave Eiffel, à Bordeaux. Non contentes de nous avoir fait passer le matinée à écouter le détail des missions du recteur et du fonctionnement du système éducatif français, les autorités compétentes ont décidé de consacrer l'après midi au thème de l'enseignement de défense et à la présentation des différents types de coopération possibles entre l'armée et l'éducation nationale. Je ne doute pas que ce soit là un programme d'information adapté aux néo fonctionnaires que nous sommes. En revanche, je doute fortement de la pertinence de nous faire assister à cette journée alors même qu'aucun d'entre nous n'a commencé sa formation disciplinaire ce qui, de l'avis de tous, est une urgence bien réelle. D'autre part, j'ai été profondément choqué par le choix des thèmes abordés et encore plus par le choix de certaines images. On peut, en effet, se questionner quant à l'intérêt d'une propagande de l'insécurité sur fond de Twin Towers en flammes ! Aussi, il serait surement préférable, au moment où l'on tente de convaincre les jeunes professeurs qu'il ne faut pas hésiter à orienter leurs élèves vers l'armée, de ne pas leur montrer une image d'un jeune tenant un fusil d'assaut en joue, lors de sa JAPD. Dans un autre registre, je tiens également à vous faire part de la façon dont on nous a traités. Je n'excuse pas le retard de certains de mes camarades, mais ce n'est pas une raison pour se laisser aller à des règlements de compte au micro, en questionnant notre "posture professionnelle", notre respect de la déontologie ou bien encore en affirmant la supériorité du corps militaire face aux réflexions stériles menées par des intellectuels en salle des profs ! Il me semble que la tournure exacte était "Les discussions entre militaires ça n'a rien à voir avec les discussions entre intellectuels qu'on entend en salle des profs. [...] Nous il nous faut des décisions rapides car ça débouche sur de l'action."Face à l'inutilité relative du contenu et l'hostilité palpable qui nous a été témoignée, nombre d'entre nous n'avons pas assisté à l'intégralité de la présentation l'après-midi. Nos collègues des Landes ont, eux aussi, témoigné leur mécontentement envers le choix thématique de la formation en quittant massivement les lieux. Il faut rappeler que nous ne sommes pas une bande d'élèves dissipés (comme nos intervenants de Bordeaux l'ont cru), mais bien des professeurs et que si nous en arrivons à ce genre d'attitude il doit bien y avoir des raisons. Le temps de la remise en question est peut-être venu !

Je ne serai certainement pas le seul à vous écrire à ce sujet et j'espère que vous ferez part de notre message à qui de droit. Je vous prie également de bien vouloir respecter l'anonymat de mes propos.

Un stagiaire en colère.

Deuxième témoignage 

Cher collègue,

Je me permets de vous envoyer ce mail car je voudrais témoigner directement de ce que

vivent les professeurs stagiaires lors de leurs formations organisées par le corps d’inspection.
Lors de la réunion de « formation » du vendredi 3 décembre, qui s’est tenue au lycée Gustave Eiffel à Bordeaux, les professeurs stagiaires ont été conviés à suivre un cours magistral de 9h30 à 12h30. Les interventions successives n’ont répondu en rien à nos demandes les plus pressantes et à nos inquiétudes. La première traitait de l’organisation interne d’un rectorat, avec toutes ses strates de responsabilités, la seconde expliquait avec un tableau obsolète comment les IPR décident d’une note pédagogique lors de leurs visites etc… A la fin de la troisième intervention détaillant les droits et devoirs du fonctionnaire, un responsable des ressources humaines nous a rappelé que nous « devions » 35 heures par semaine à l’Etat et que nous n’étions pas une profession libérale et que nous dépendions d’une hiérarchie structurée. Inutile de vous préciser que beaucoup d’entre nous ont très mal apprécié ce « petit rappel » qui, en plus de résulter d’un postulat douteux, prouve encore une fois (et c’est peut être le plus grave) que les autorités sont bien loin de la réalité de ce que vivent les professeurs stagiaires !
D’ailleurs à la fin de l’intervention, un collègue a posé la question suivante : «  tout ce que vous nous dites est certes intéressant et je suis d’accord qu’en tant que fonctionnaire, nous nous devons de connaître le fonctionnement de notre institution mais qu’en est-il de notre droit à la formation disciplinaire ? Nous n’avons encore eu à ce jour aucune formation ! » A cette invective fortement applaudie par tous, une inspectrice a pris la parole et a répondu : « Il faut savoir qu’il est du devoir de tout enseignant de s’autoformer et les tuteurs sont aussi là pour vous aider  ».
Pour la matinée de ce vendredi 3 décembre je regrette tout simplement que le contenu de la formation soit non pertinent par rapport à nos nombreuses attentes.
Ce problème de formation des profs stagiaires est un problème maintenant connu et je n’aurais pas pris la peine de vous écrire pour quelque chose que vous connaissez déjà. En fait, je voudrais surtout vous rendre compte de ce qui s’est passé l’après midi de cette « formation ».

A notre grande surprise, à 14h, lorsque la réunion a repris, nous avons vu se succéder à la tribune deux militaires, un major et un colonel (si je me souviens bien) accompagné d’un IPR d’histoire géographie et d’un professeur agrégé d’histoire, commandant de réserve.
Les thèmes abordés ont été alors plus exotiques les uns que les autres, « l’enseignement de la défense », «  la défense aujourd’hui : nouvelles menaces, nouvelles configurations, les enjeux », « un exemple de partenariat Défense/lycée », « le recensement et la JAPD » etc.

Tous ces thèmes ont été servis avec une sauce idéologique particulièrement intéressante : « Grâce à dieu, grâce à dieu, grâce à dieu nous connaissons la paix en Europe depuis plus de 60 ans ». «  La paix a été préservée grâce à la bombe nucléaire » etc… Nous avons aussi été incités à orienter nos élèves en difficulté vers des carrières militaires !! Tout ça avec en arrière plan des images de jeunes militaires avec des armes à la main en exercice de tirs etc…

Nous avons été plusieurs à nous demander si ce n’était pas une mauvaise blague avec une caméra cachée.

Evidemment beaucoup de nos collègues furieux que l’on se moque de leurs préoccupations quotidiennes (apprendre à construire des séquences de cours ou évaluer les élèves par exemple) ont déjà commencé à quitter massivement les lieux…l’IPR, irrité, alors lâche quelques remarques injurieuses allant jusqu’à remettre en doute notre posture professionnelle. Peut être aurait-il dû se féliciter d’avoir devant lui des enseignants avec un esprit critique !

La fin de la séance a été épique, l’IPR nous a interpelés en nous interpellant : « Bon… nous sommes en retard mais … A qui la faute ? » … Il a ensuite apostrophé une professeur stagiaire qui était en train de se diriger vers la sortie et lui a dit « Mademoiselle, vous n’avez pas le droit de quitter la salle, vous êtes payée pour suivre ces formations »… A la professeur stagiaire de lui rétorquer courageusement «  j’ai un train à prendre, il est 16h 31 et je ne suis payée que jusqu’à 16h30 ».

Face à l’hostilité généralisée et réciproque, beaucoup ont quitté la salle. Le commandant de réserve, visiblement en colère se  permet une comparaison hasardeuse : «En salle des profs, on entend des conversations d’intellectuels qui ne servent à rien alors que nous dans l’armée on est dans l’action pour la nation » et enfin, un autre gradé de l’armée prend la suite en affirmant de manière décomplexée qu’il n’y a pas de déontologie dans l’éducation nationale !

Pour conclure, nous nous sommes tous sentis insultés tant par le choix des thèmes abordés qui témoignent d’une ignorance totale de nos problèmes quotidiens que par des propos inacceptables à notre égard et sur l’ensemble de la profession que, quelque part nous représentions ce jour là.


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LES COMMENTAIRES (1)

Par Christine FALLER
posté le 12 janvier à 23:57
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Bonjour, Je souhaite réagir à vos articles qui me semblent malheureusement justifiés si la description du déroulé de la formation qui en est faite, est exacte. Je prépare une thèse de doctorat sur l'enseignement de défense et de sécurité globales en France et suis moi-même impliquée dans la formation continue et initiale des enseignants sur cette thématique. J'enseigne également dans un collège du RAR à La Seyne/Mer et j'ai opté pour une approche globale de la défense depuis 2005. La définition de cette approche est simple, il s'agit d'un programme complet de citoyenneté où l'on aborde la défense culturelle et celle des valeurs républicaines, la défense du territoire et des populations, la défense économique et la sécurité environnementale. Autre point important, cet enseignement est mis au service de l'acquisition du socle commun de connaissances et de compétences et se déroule dans le cadre des programmes scolaires en interdisciplinarité. Ce n'est qu'à cette condition que la défense et la sécurité ont leur place dans nos enseignements et ça marche avec les élèves. Cela fonctionne également avec les enseignants puisque la fréquentation de nos formations est plus que correcte et qu'il n'y a pas de levée de bouclier de la part des professeurs stagiaires nouvelle version (j'en ai vu environ 70 à ce jour, PLC et PE, il me reste encore 4 autres groupes à voir d'ici mai 2011) Dans mes interventions, je prends le soin d'expliquer la pertinence de la formation, je présente ensuite le concept de défense et de sécurité globales et ensuite je montre comment on peut faire travailler les élèves à partir de ces problématiques tout en répondant aux impératifs des programmes de nombreuses disciplines et tout en validant des compétences du socle. Voir les dispositifs de classes de défense globale dans mon collège. Je bénéficie de partenariats très constructifs avec la Défense Nationale et les militaires qui m'accompagnent sont généralement très respectueux de l'auditoire. Il s'agit en l’occurrence de conservateurs de musées de la défense mais également des marins qui témoignent de leurs missions de sauvegarde maritime. Mais comme la défense n'est pas réductive à sa dimension militaire, j'expose également d'autres partenariats (par exemple avec l'O.N.F., les associations d'Anciens Combattants ou encore les pompiers...) Dans le cas de Bordeaux, c'est une promotion entière de professeurs qui risque d'être réfractaire à ce type d'enseignement pour le reste de leur carrière. Dommage !

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