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Charles-Louis Philippe : Bubu de Montparnasse

Publié le 16 décembre 2010 par Corboland78

101216 Bubu 3.jpgCharles-Louis Philippe, né à Cérilly (Allier) le 4 août 1874 et mort à Paris le 21 décembre 1909, est un poète et romancier français. Après son baccalauréat, Charles-Louis Philippe prépare sans succès les concours d'entrée à l'École Polytechnique et à l'École Centrale, puis monte à Paris et entre dans l’administration. Désormais à l'abri du besoin il mène une vie modeste dans son petit appartement de l'île Saint-Louis. Il publiera à compte d’auteur Quatre histoires de pauvre amour (1897), puis La Bonne Madeleine et La Pauvre Marie (1898) et La Mère et l’enfant (1900). Une aventure avec une jeune prostituée lui donne l’idée de ce roman, Bubu de Montparnasse (1901), qui est très bien reçu par la critique. Avec Marie Donadieu en 1904 et Croquignole en 1906 il manque de peu le Goncourt et c’est de cette époque que date le début de la querelle autour des prix littéraires, à propos de l’influence des maisons d’édition dans les jurys.

Berthe, apprentie fleuriste va au bal avec ses sœurs. Elle y rencontre Maurice, ébéniste, qui se montre le plus galant des cavaliers et de rendez-vous en rendez-vous, devient son amant, puis son « homme », car Maurice dit « Bubu de Montparnasse » est un marlou qui va faire travailler sa femme pour lui. « Il avait compris que les travailleurs qui peinent et qui souffrent sont des dupes ». Bubu et ses amis passent leurs soirées avec des filles publiques, un univers nouveau et joyeux semble-t-il que Berthe adopte et pour lequel elle accepte presque naturellement, par amour pour Bubu de devenir tapin.

Le boulevard Sébastopol est son territoire, elle l'arpente pour gagner l'argent du ménage, payer la chambre d'hôtel et les loisirs de Bubu. Elle rentre rapporter ses sous, se coucher près de son homme, et, comme celui-ci sait qu'il faut tenir sa femme, qu'il faut l'éduquer par l'autorité et la force, il la corrige pour son bien, « Elle sentit ce que contient l’expression « mon homme ». Un gouvernement qui nous bat pour nous montrer qu’il est le maître, mais qui saurait nous défendre au moment du danger ».

Un soir elle rencontre un client, Pierre, un jeune employé qui bûche encore ses diplômes et qui, trop timide et provincial, erre sur les boulevards à regarder les autres. « Qu’importe ! Disait la foule. Tu es seul et tu t’ennuies. Nous avons des femmes et nous rions. » Comme il est faible, il tombe amoureux de Berthe, devient un client régulier, un ami, presque un amant quand elle tente un moment de sortir du caniveau alors que Bubu est en prison.

Quand Berthe est déclarée syphilitique, tout bascule. Elle est à l'hôpital et Bubu n'a plus de ressources, alors il se lance dans un cambriolage qui le conduit en prison. La vérole réorganise la vie du boulevard, les uns et les autres réfléchissent et prennent leurs distances. Bubu s'en sortira parce qu'il a l'habitude de la rue et la science du mal, il viendra reprendre sa Berthe chez Pierre, une scène mémorable où Bubu et son ami Jules, en grands seigneurs maniant politesse et savoir vivre, embarquent la femme au saut du lit au nez et à la barbe de Pierre qui ne trouve aucun mot ou force pour s’opposer. Pierre se rend alors compte alors que ce monde n’est pas le sien, qu’il est lâche et pas assez fort pour conserver et sauver Berthe. Le livre s’achève sur ce constat amer d’impuissance.

L’auteur se défend d’avoir écrit un roman autobiographique, néanmoins il l’a élaboré à partir d’un fait réel, sa rencontre avec Maria, une jeune prostituée qui chopera la syphilis. A cet aspect personnel, Philippe ajoutera une enquête poussée sur les milieux de la prostitution à laquelle il mariera une approche sociale et une dimension psychologique. On peut faire valoir qu’en ce début de XX siècle, la tentative de rachat de la petite putain tombée dans le caniveau est un sujet littéraire souvent abordé ou du moins est-ce un milieu que d’autres aussi ont décrit (Francis Carco), néanmoins ce Bubu de Montparnasse est un roman court mais puissant, inoubliable.

« Louis Buisson habitait au cinquième étage, quai du Louvre, une petite chambre carrée. On y voyait un lit de fer avec quatre boules de cuivre, une bibliothèque en bois léger, une commode- toilette, une table recouverte d’un tapis rouge, une chaise et deux « fauteuils arméniens » qui avaient coûté douze francs au bazar de l’Hôtel de Ville. Un tapis de linoléum recouvrait le plancher, deux affiches et quelques gravures ornaient les murs. C’était la vie bien rangée d’un garçon qui fait sa chambre lui-même et la revêt simplement, à l’image de son esprit. La fenêtre ouvrait sur un grand bras de fleuve, à côté du Pont-Neuf et de son petit square où l’air, la lumière et l’eau formaient un spectacle mobile et rafraîchissant. Sommes-nous à Paris ? Nous sommes en haut des airs, dans un pays d’eau, mais dont l’air gronde comme des voitures qui roulent. »

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Charles-Louis Philippe  Bubu de Montparnasse  Garnier Flammarion   


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