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La fin du Comptoir de Chandernagor

Publié le 21 décembre 2010 par Olivia1972

La photo que vous voyez montre Georges Tailleur, dernier gouverneur de Chandernagor, signer la rétrocession de ce comptoir à l'Union Indienne en mai 1950.

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Pour information, Georges Tailleur a écrit un livre (que nous n'avons pas lu) qui s'intitule "Chandernagor ou le lit de Dupleix".

Nous reproduisons néanmoins le compte-rendu que Jean Bertrand en faisait.

  

1949 ! L’Inde, après son accession à l’indépendance, connaît une crise nationaliste passionnée. La poussée est irrésistible.

Chandernagor, capitale déchue, étouffée par Calcutta, jalousée d’abord puis négligée par Pondichéry, n’est plus qu’un radeau à la dérive. Pas de projets, pas d’ouverture sur l’avenir ; rien n’est venu redresser le prestige français très entamé par la défaite de 1940. Il n’y a même plus de présence française réelle : en dehors de l’administrateur et du commissaire de police commandant le corps des cipayes, un seul ressortissant français rejeton d’une vieille famille de l’Inde française occupant un emploi obscur dans une usine de jute, anglaise... quelques sœurs à l’orphelinat ; de citoyenneté française également, deux fonctionnaires pondichériens, l’un président du tribunal, l’autre préposé au Trésor ; pas d’Européens en dehors du prêtre belge, de quelques sœurs irlandaises et de quelques Anglaises mariées à des Chandernagoriens. Comment les Bengalis de Chandernagor, oubliés et abandonnés, n’ambitionneraient-ils pas de rejoindre leurs frères de l’Union indienne en pleine euphorie d’indépendance ?...

On aura recours à un référendum pour fixer le sort de ces populations indiennes. Certes la Constitution l’exigeait, mais l’opportunité d’une telle consultation apparaît aujourd’hui bien contestable, sachant que deux ans plus tard la France allait abandonner les quatre autres comptoirs sans même prévoir l’esquisse d’une opération similaire ; il est vrai que, dans le contexte local de l’époque, elle avait toutes les chances d’y réunir une majorité favorable...

A Chandernagor, aucun facteur positif ne jouait en sa faveur et tout scrutin populaire ne pouvait aboutir qu’à des résultats négatifs.

C’est à Georges Tailleur, jeune administrateur de la France d’Outre-Mer, que reviendra la périlleuse tâche de diriger les opérations du référendum et le triste honneur d’amener les couleurs. Dernier de la longue liste des gouverneurs et des administrateurs qui présidèrent aux destinées de Chandernagor, il avait le droit et il s’est fait un devoir de relater les événements qui ont conduit au “merging”... To merge : se perdre, se fondre ; c’était bien le cas pour cette modeste mais orgueilleuse cité, autrefois capitale de Dupleix et destinée à être engloutie dans l’immense conurbation de sa rivale de toujours, Calcutta.

Réaction au climat d’incompréhension et parfois d’hostilité dans lequel gît la mémoire de l’aventure coloniale, le livre de George Tailleur n’en donne pas moins un récit objectif des événements, un portrait des protagonistes souvent plein d’humour et nous montre comment, infime partie d’un empire moribond, Chandernagor sera le premier maillon d’une chaîne que personne, à Paris, ne voulait prendre la responsabilité de briser.


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