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"La désinformation autour des guerres de Vendée et du génocide vendéen" de R. Secher

Publié le 05 janvier 2011 par Francisrichard

Le 25 septembre 1993, Alexandre Soljenitsyne prononçait un discours aux Lucs-sur-Boulogne, lors de l'inauguration du Mémorial de Vendée, aux environs duquel 564 villageois avaient été massacrés le 28 février 1794, page tragique, parmi une multitude d'autres, du véritable génocide perpétré, deux siècles plus tôt, contre la population vendéenne. 

J'ai cité un court extrait de ce discours dans mon article du Nouvel An de cette année ici. L'internaute peut le lire en version intégrale ici. Le grand écrivain russe y fait le parallèle saisissant entre la Révolution française et la Révolution russe et regrette qu'il n'y ait personne ce jour-là pour parler de la Chine, du Cambodge et du Vietnam... 

Cette lecture m'a conduit à lire enfin le livre dans lequel Reynald Secher raconte comment, pour avoir osé parler de "génocide vendéen", il a vu sa carrière universitaire brisée net. Il n'est pas bon de dire la vérité, même si elle rend libre. Il n'est pas bon de toucher à l'histoire officielle, car il y a toujours des historiens serviles, tenants du dogme, prêts à justifier l'injustifiable, ne serait-ce que pour défendre leurs propres intérêts.

Dans La désinformation autour des guerres de Vendée et du génocide vendéen, paru il y a un peu plus d'un an, Reynald Secher rappelle tout d'abord que le soulèvement de la Vendée avait pour objectif la défense des libertés individuelles, qui me sont chères, et notamment la liberté de croyance. 

Puis il rappelle que deux conceptions historiques se sont affrontées jusqu'il y a vingt-cinq ans. Apparemment antogonistes elles ne rendaient compte ni l'une ni l'autre du caractère réel et innovateur de la répression révolutionnaire.

L'histoire, dite conservatrice, avec Jacques Crétineau-Joly "sert avant tout à illustrer et consolider la vision sublimée qu'en ont les Vendéens martyrs". L'histoire, dite officielle, avec Jules Michelet réduit le soulèvement "à une simple guerre civile dont l'origine est à porter à la responsabilité exclusive des Vendéens, paysans arriérés et manipulés par leur clergé et leur noblesse".

En 1985, le 21 septembre, à l'Université de Paris IV-Sorbonne, Reynald Secher, dont le directeur de thèse est Jean Meyer, soutient une thèse de doctorat d'Etat intitulée Contribution à l'étude du génocide franco-français : la Vendée-Vengé, qui obtient la plus haute mention possible, c'est-à-dire "très honorable".  

A sujet exceptionnel, jury exceptionnel : il est composé de sept historiens parmi les plus éminents de l'époque, à savoir Jean Meyer, Pierre Chaunu, Jean Tulard, André Corvisier, Jean-Pierre Bardet, Louis-Bernard Mer et le recteur Yves Durand.

Alors que commençaient les préparatifs de la commémoration du bicentenaire de la Révolution française :

"Entre autres, ce travail démontrait, documents à l'appui, que la Vendée correspondait à un système proto-industriel légal d'anéantissement et d'extermination d'une partie du peuple de France non pas en raison de ce qu'elle faisait, mais de ce qu'elle était." 

Il n'en fallait pas davantage pour que l'auteur de cette thèse subisse un véritable lynchage médiatique dont la gauche a le secret pour assurer la défense des grands ancêtres. Pour son outrecuidance Reynald Secher sera présenté comme un antisémite, un extrémiste de droite, un négationniste...

Dans ces cas-là les droits de réponse et les articles favorables sont automatiquement refusés par les éditeurs... et l'on passe sous silence les éléments qui profitent à l'accusé, tels que, dans le cas de Secher, la publication en 1991 d'un livre intitulé Juifs et Vendéens, d'un génocide à l'autre, la manipulation de la mémoire

Parler de génocide vendéen était et est pourtant justifié. A l'impératif du conventionnel Bertrand Barrère qui demandait à la tribune, en avril 1793, d'exterminer les Vendéens, répondent trois lois votées à l'unanimité par la Convention, cette assemblée de furieux : 

- La loi du 1er août 1793 qui "conceptualise l'anéantissement matériel de la Vendée et la déportation des femmes, des enfants, des vieillards.

- La loi du 1er octobre 1793 qui a pour objectif de "régler définitivement la question vendéenne"

- La loi du 7 novembre 1793 qui débaptise la Vendée, laquelle devient le département Vengé

Le Tribunal international de Nuremberg, tout comme le code pénal français [article L121-1], énonce deux conditions pour qu'il y ait génocide :

- une volonté, manifestée par la conception, ou la réalisation ou la tentative d'extermination d'un groupe humain

- l'appartenance à ce groupe humain étant déterminée à partir d'un critère arbitraire [code pénal français] ou ce groupe humain étant de type ethnique, racial ou religieux [Tribunal international de Nuremberg].

Dans la grande presse, un grand journaliste prendra toutefois la défense de Reynald Secher. C'est Jean-François Revel, dans Le Point [n°728 du 18 août 1988], ce qui ne surprendra pas ceux qui sont épris de liberté :

"Il est très français que cette thèse d'Etat, coup de maître d'un historien de 30 ans, ait suscité, avant tout, une querelle de vocabulaire. Le premier mouvement a-t-il été pour soupeser l'intérêt d'archives mises au jour après deux siècles de cellier ? Mesurer l'ampleur des nouveaux renseignements fournis ? Evaluer le progrès accompli dans la compréhension des faits ? Que non ! Toutes affaires cessantes, les docteurs se sont empoignés sur la question de savoir si l'auteur était fondé à user dans son titre du terme de "génocide"."

Cette querelle de vocabulaire a coûté très cher personnellement à Reynald Secher, qui a dû renoncer à une carrière universitaire prometteuse et se faire éditeur ici pour que ses propres livres paraissent.

Plus grave, selon lui, est le dommage, difficile à mesurer, causé à la vérité, mais aussi à la prise de conscience et à son "rôle dans la mémoire des peuples pour faire en sorte, autant que possible, que ce genre de crime d'Etat ne se reproduise pas".

Pour ne pas avoir à juger un système et à définir des responsabilités, la technique consiste à ne livrer que quelques noms emblématiques en pâture, qui sont des boucs émissaires bien opportuns...

Francis Richard 


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