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La Banque en Chine (1ère partie) : un secteur difficile d’accès

Publié le 11 janvier 2011 par Sia Conseil

La Banque en Chine (1ère partie) : un secteur difficile d’accès Les levées de capitaux records, conduites par les banques chinoises ces dernières années, les ont placées à plusieurs reprises sur le devant de la scène médiatique. Ces opérations, conduites avec succès, sont par ailleurs venues très largement bouleverser les ranking mondiaux.

Les établissements occidentaux regardent donc aujourd’hui avec beaucoup d’intérêt le marché bancaire chinois. Si ce dernier est en fort développement, les conditions pour y accéder sont néanmoins très contraignantes. Il leur faut donc adopter une stratégie et un positionnement particuliers.

Retour sur des augmentations de capital records

Industrial and Commerical Bank of China avait ouvert le bal en Octobre 2006 en levant 21,9 milliards de dollars. Plus modestement, la China Construction Bank avait ensuite levé de son côté 7,7 milliards de dollars en septembre l’année suivante, le cours de l’action progressant de 33% dès sont premier jour de cotation. En juillet 2010, c’était au tour de l’Agricultural Bank of China de procéder à une introduction record sur les bourses de Shanghai et Hong Kong, levant ainsi plus de 22 milliards de dollars en exerçant totalement son option de sur-allocation (option accordée à la banque introductrice d’acheter une quantité de titres supérieure à ce qui était prévu initialement, afin de réguler le cours de bourse). L’année 2010 aura du reste vu les augmentations de capital se multiplier dans le secteur bancaire chinois comme en témoigne le graphique suivant :

La Banque en Chine (1ère partie) : un secteur difficile d’accès
Source : Reuters

Ces démarches s’expliquent par un durcissement des exigences de la part des autorités bancaires chinoises qui souhaitent empêcher toute augmentation des créances douteuses. Elles resserrent donc aujourd’hui la politique monétaire, obligeant les établissements à disposer de plus de fonds propres pour pouvoir prêter.

Ceci à conduit à un important bouleversement des rankings. Aujourd’hui, parmi les 10 premières capitalisations boursières mondiales, 4 sont chinoises :

La Banque en Chine (1ère partie) : un secteur difficile d’accès
Source : Bloomberg

Un secteur encore à la botte de l’Etat

La présence de l’Etat chinois dans le capital des quatre premières banques du pays est encore prépondérante, comme le montre le tableau ci-dessous :

La Banque en Chine (1ère partie) : un secteur difficile d’accès
Source : Compagnies

Le fait est que l’Etat chinois a toujours entretenu des relations étroites avec ses banques. A l’heure actuelle, 70% des crédits bancaires environ seraient accordés aux entreprises d’Etat, pourtant déjà massivement endettées. Cette situation particulière tient à la manière dont le système bancaire chinois s’est construit. Comprendre les enjeux auxquels il est confronté aujourd’hui nécessite de revenir brièvement sur sa genèse.

Avant la libéralisation de 1978, le système bancaire chinois était entièrement dévolu au financement des projets des autorités via la People’s Bank of China. Par la suite quatre banques sous tutelle de l’Etat ont vu le jour. Chacune était chargée de financer un domaine particulier, et bénéficiait d’un monopole sur son périmètre d’exercice. Bank of China était ainsi chargée d’assurer le financement du commerce extérieur. Agricultural Bank of China avait pour mission de financer les projets agricoles. China Construction Bank devait quant à elle financer le développement des projets d’infrastructure du service public, tandis qu’enfin, Industrial and Commercial Bank devait soutenir le développement des secteurs industriel et commercial publics.

C’est en 1995 que la Commercial Bank Law met fin à ces monopoles. Ces banques se trouvent alors dans l’obligation de se développer sur d’autres segments de marché, bien qu’elles conservent un avantage compétitif sur leur périmètre d’origine. Par la suite, trois banques spécialisées seront néanmoins créées à nouveau afin de financer les missions de services publiques délaissées par les « BIG 4 » du fait de leur collaboration croissante avec des clients plus rentables. Des banques commerciales et des banques à capitaux mixtes verront également le jour dans la foulée, mais dans lesquelles les collectivités locales ont pris là encore d’importantes participations.

Une implantation encore limitée mais croissante pour les banques étrangères

Les banques étrangères se sont installées dès 1978 en Chine, mais ce n’est qu’avec l’autorisation d’effectuer des opérations en yuan, consécutive à l’adhésion de la Chine à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 2001, que leur implantation a pu s’affirmer. Les banques françaises y sont aujourd’hui bien présentes. BNP Paribas y compte 150 employés, le Crédit Agricole 120 et la Société Générale 110 environ. Néanmoins il est important de noter que toutes les banques étrangères réunies ne parviennent à décrocher que 2% à 3% des parts de marché en Chine.

En effet, l’Autorité de régulation chinoise, la China Bank Regulatory Commission encadre très strictement le déploiement des banques étrangères sur son territoire. Ainsi, chaque activité doit par exemple être portée par une filiale propre et toute ouverture d’agence est soumise à autorisation. Le rachat d’une banque chinoise via des prises de participation est également très réglementé, puisque la législation du pays limite encore à 20% la prise de participation d’un investisseur étranger dans une banque nationale – et à 25% celle d’un groupe d’investisseurs étrangers – ce qui restreint toute prise de contrôle. En ce qui concerne la possible mise en place de joint-ventures avec les banques chinoises là encore la démarche reste très encadrée, puisqu’elle n’est autorisée que pour des domaines spécifiques tels la gestion d’actifs ou la banque privée.

Malgré tout HSBC a pris dès 2004 des participations à hauteur de près de 20% dans le capital de la Bank of Communications, cinquième banque commerciale chinoise. En 2006, Citigroup a quant à elle racheté la Guandong Development Bank, suite à une compétition féroce avec la Société Générale. Crédit Agricole est quant à lui entré en négociation avec CITIC dans le but de mettre en commun leurs activités de courtage et de devenir un des leaders du secteur.

Un positionnement particulier

Outre les barrières législatives, les banques étrangères pâtissent de leur quasi anonymat dans ce très vaste pays et ne comptent aucune agence. A défaut de disposer de leviers d’expansion capitalistiques pour développer une banque de réseau, elles ont pu capitaliser sur l’étendue de leur offre de produits financiers, bien plus large que celle de leurs concurrentes chinoises. C’est donc notamment vers les clients haut de gamme que les banques étrangères se sont tournées. Ce segment, constitué des ménages détenant plus d’un million de dollars, compte déjà 250 000 personnes, et progresse de 15% chaque année. De quoi aiguiser les appétits.

Côté Banque de Financement et d’Investissement (BFI), l’accès au marché semble moins difficile. Les grandes banques étrangères en Chine ont généralement commencé par accompagner leurs entreprises dans leur implantation sur le territoire chinois. Elles ont donc dans un premier temps mis en place des activités de financement export et de financement de projet. Cette expertise leur a ensuite permis de prendre part au financement de grands projets nationaux. Ainsi BNP Paribas a récemment joué un rôle important dans le financement des infrastructures du métro de Shanghai.

Tout ceci nous laisse penser que les établissements français resteront attentifs dans les prochaines années aux opportunités d’implantation sur ce marché, qui par sa taille constitue un relais de croissance particulièrement intéressant.

Sia Conseil


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