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Mon dernier repas sanglant dans un temple de la restauration rapide

Publié le 11 janvier 2011 par Desfraises

Mon dernier repas sanglant dans un temple de la restauration rapideJ'aurais préféré ce hamburger-ci. Photo : avlxyz sous licence Creative Commons, Flickr.com
Pas idiot au point de croire aux campagnes publicitaires des "restaurants rapides" qui vous feraient prendre des repas tristement adipeux pour une alimentation saine si vous preniez des vessies pour des lanternes, j’entre dans un de ces temples de la malbouffe afin d’apaiser une fringale post-apéritive. Les bières ça creuse son homme. Je choisis sandwich frites et mayonnaise industrielle. C’est la fête aux glucides et lipides. Qu’à cela ne tienne, j’entame le régime demain. Ou après-demain. Les employés se la jouent décontractés, comparent leurs tailles respectives, leurs vies sexuelles et sentimentales. Ils ont le droit de ne pas toujours avoir le petit doigt sur la couture du pantalon graisseux. L’équipier équipe, le vigile vigile mollement, il songe déjà à son doux chez-soi après une longue très longue journée à supporter ces porcs de clients qui ne respectent plus rien. Il n’y a qu’à voir les détritus jonchant le sol du premier étage pour s’en convaincre.
Muni de mon plateau de plastique rouge, j’opte pour le haut tabouret avec vue sur l’hôtel de ville qui n’en peut plus de crachoter ses illuminations de Noël. Onze jours ont passé depuis le jour de l’an. A l’étage du "restaurant rapide", les poubelles vomissent emballages et frites froides. Je dégaine mon appareil photo numérique pour immortaliser les souris qui viennent se piffrer. Pas assez discrètement car le client du fond de la salle s’avance vers moi.
- Qu’est-ce que tu prends en photo depuis tout à l’heure ?
Le « depuis tout à l’heure », un tic de langage que je ne relève pas. Je n’ai pris qu’un seul cliché. Trop flou. Je l’ai effacé.
- Je travaille dans la sécurité, je ne veux pas qu’on prenne de photo de moi, dit-il.
Comme s’il bossait aux RG. Je ne veux pas froisser inutilement l’autorité du gars qui rejoint sa belle en roulant des mécaniques.
Assez lambiné ! Je retourne à mon repas.
Quelle n’est pas ma stupeur quand je vois une charmante tache de sang sur le dessus de l’emballage cartonné, puis une deuxième tache de sang à l’intérieur. Et là, je revois cet employé qui, tout à l’heure, s’est empressé de regagner la salle du personnel, un sommaire pansement ornant son pouce droit.
Mon appétit déclare forfait à la vue de la troisième goutte de sang centrée sur le spongieux chapeau du hamburger toasté.
Et les souris rient sous cape de ma débandade, se réjouissant à l’avance d’un festin presque intact.

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A toutes fins utiles : l'adresse de mon dernier repas : Quick, 1 rue du Temple - 66 rue de Rivoli, Paris 4e - M° Hôtel de Ville, ligne 1
« C'est bon, vous êtes chez Quick ! » (slogan, 2000)

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