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Niger : le prix d’un message

Publié le 11 janvier 2011 par Sylvainrakotoarison

Deux jeunes Français viennent de connaître un destin tragique à quelques jours d’un événement qui aurait dû être synonyme de joie et de bonheur.

 

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Antoine de Léocour et Vincent Delory étaient deux amis d’enfance. Ils avaient 25 ans et avaient partagé les mêmes classes de l’école maternelle au lycée. Ils habitaient à l’époque dans un petit quartier résidentiel de Linselles, près de Tourcoing.
Vincent était parti habiter à Toulouse pour son travail d’ingénieur en informatique dans un grand groupe de service.

Antoine, après des études d’histoire à Poitiers, avait fait un stage en 2009 au Niger pour une association humanitaire allemande. En juillet 2010, il devenait chef de projet à N’Délé en Centrafrique pour l’ONG Aide médicale internationale. Avec un peu de nostalgie, il voulait retourner vivre au Niger et s’y réinstalla la dernière semaine d’octobre 2010.

Antoine allait se marier à Niamey le samedi 15 janvier 2011. Sa fiancée Rakia est nigérienne. Il l’avait rencontrée lors de ses premiers pas dans l’humanitaire. Ses parents avaient prévu de le rejoindre le 13 janvier.

Vincent, lui, venait de le rejoindre vendredi. Il avait fait le voyage pour son ami. Il aurait été son témoin. Il était parti malgré la réticence de sa mère (« comme toutes les mères » a expliqué sa sœur).

Le vendredi 7 janvier dans la soirée, Antoine et Vincent prenaient tranquillement un apéritif au restaurant "Le Toulousain" dans un quartier très fréquenté des expatriés à Niamey. Ils attendaient un ami commun, Louis, qui allait arriver à l’aéroport.

Avant de pouvoir le rencontrer, Antoine et Vincent se sont fait enlever par plusieurs personnes armées vers vingt-trois heures quinze au bord d’un 4x4 immatriculé du Bénin.

Leur crime ? être français ?

Le samedi soir, c’était fini. Finie l’amitié. Fini le mariage. Finie la France. Fini le Niger.

Ils avaient été repérés pendant la nuit par les Forces nationales d’intervention et de sécurité nigériennes qui avaient cherché à s’interposer : les forces nigériennes « n’ont pas voulu ouvrir le feu sérieusement de crainte de blesser les otages et de mettre leur vie en danger, raison pour laquelle les ravisseurs ont pu passer à travers les mailles du filet » selon Laouli Dan Dah, le porte-parole du gouvernement nigérien.

L’interception aurait eu lieu vers trois heures du matin près de Tillabéri. Un officier nigérien y aurait été tué. Les terroristes réussirent à passer mais furent pris en observation par un avion de surveillance français.
Les forces spéciales françaises auraient ensuite pris le relais et fait un autre assaut (sur l’ordre direct de Nicolas Sarkozy) au moment où les ravisseurs franchissaient la frontière malienne, vers seize heures. Du côté des terroristes, « plusieurs [auraient] été neutralisés définitivement ».

C’est à ce moment-là qu’Antoine et Vincent auraient été retrouvés sans vie « lâchement assassinés par des barbares et des terroristes » selon Nicolas Sarkozy.

Le business des enlèvements est un marché de plus de cinquante millions d’euros. Ces commandos se moquent bien des prétextes politiques. Leur but, c’est de s’enrichir sur le dos de victimes innocentes.

Jean-Pierre Filiu, professeur à Sainces Po et expert du terrorisme, constate : « Il ne faut jamais oublier que l’objectif stratégique d’Al-Qaida est l’instauration d’un système totalitaire dans le monde musulman. En revanche, ses membres font preuve d’un grand opportunisme dans le choix tactique de leurs cibles et ont décidé qu’en ce qui concerne l’Afrique, la France était la cible la plus appropriée, car la plus exposée et la plus prestigieuse. À mon sens, c’est pour ces raisons d’opportunité, et non pas pour des raisons de politiques internationales, qu’ils visent la France. Ils nous frappent pas pour ce que nous faisons, mais pour ce que nous sommes. ».

Une source militaire française précise clairement qu’il s’agissait de donner un avertissement aux terroristes, mais un avertissement qui a coûté la vie à deux Français : « L’opération d’enlèvement des otages a échoué, et il faut le dire. Le risque de mort des otages a toujours été pris en compte. Mais le message qui a été envoyé aux ravisseurs était clair, fort, délibéré et voulu comme tel. ça suffit ! Nous disons aux ravisseurs : nous vous pourchasserons et nous vous détruirons, y compris si nos otages y perdent la vie. Je suis bien sûr navré pour ces morts de deux compatriotes. Mais je le dis : c’est une opération réussie. ».

La réussite ne peut se satisfaire de ces deux disparitions.

Antoine avait écrit il y a quelques mois : « Je vois d’ici l’inquiétude dans vos esprits mais rassurez-vous, tout est mis en œuvre pour travailler dans un climat serein et si la situation dégénère, nous prendrons nos clics et nos clacs. ».

Les corps d’Antoine et de Vincent vont être rapatriés en France et les familles seront reçues à l’Élysée ce mardi 11 janvier 2011 par Nicolas Sarkozy de retour des États-Unis.

Sincères condoléances à leur famille et à leurs amis.

Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (11 janvier 2011)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :

Jeune Afrique.
Le Point.

Métro.

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