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Singe

Publié le 12 janvier 2011 par Jlhuss

singe-homme.1294744512.jpg« Mammifère primate caractérisé par une face nue, un cerveau développé, des membres préhensibles à cinq doigts. »
Qu’avons-nous de beaucoup plus  ? La parole ? Quand on voit ce qu’on en fait souvent ! La crainte de Dieu ? C’est mal parti pour elle. L’érotomanie ? Le bonobo ne s’y défend pas mal. On voit en revanche ce que nous avons de moins : le contentement, qui maintient le singe heureux dans ses arbres, et les « membres préhensibles » inférieurs, qui chez nous s’y prennent comme des pieds.

On nous assure aujourd’hui que nous ne descendons pas du singe. Je m’en persuade pour ce qui me concerne, mais je reste dubitatif quand je regarde le voisin d’en face.

Noé n’aimait guère ses deux spécimens. Le soupçon que l’homme pût venir de là, que Yahvé eût menti, que la Genèse fût du pipeau, le plongeait dans une mélancolie tenace. Il évitait les deux bêtes, ou passait vite, sans les regarder, inquiet qu’il leur prît soudain fantaisie de faire le singe à ses dépens.

Pour un homme sensible, le regard d’un chimpanzé dans sa cage est troublant. Un peu comme le regard d’un gueux de l’Ancien régime voyant dans l’église s’avancer Monsieur le Comte à son retour de Versailles. « Pourquoi, songe le gueux, est-il tout, moi rien ? » « Que s’est-il passé, songe le comte, dans les siècles des siècles, pour qu’il soit laid, moi beau ? ignare, moi savant ? pauvre au point de manger ses puces, moi si riche ? » Comte ou singe, il vaut mieux faire bonne figure, sourire que battre, maintenir que lâcher. Alors le comte fait le comte : il glisse un louis puis va s’agenouiller à l’écart dans sa chapelle ; et  le singe fait le singe : il se gratte la tête, grimace une espèce de sourire, montre les dents de la malchance, fait mine d’aimer les cacahuètes et  tourne son cul.

Es-tu, lecteur, de ceux que divertit au cirque le spectacle d’un singe savant ? Ris-tu franchement à le regarder faire ses pitreries pour une cacahuète, porter culotte et chapeau, sillonner la piste à bicyclette en fumant le cigare ? Espérons le public un peu gêné  :  c’est un miroir qu’on lui tend. Et quand s’en retournent en coulisse, main dans la main, le singe et son dresseur, le primate et l’homo sapiens, si tu ne sens pas une bouffée de larmes monter à tes yeux, mon ami, c’est qu’un peu de doute manque dans ton éducation.

Où commence l’homme ? où finit la bête ? Où commence la joie ? où finit l’ennui ? Où commence la faute ? où finit l’innocence ? Où commence l’intelligence ? où finit l’instinct ? Où commence la vie ? où finit la mort ?

*

Proverbe du jour :  En tout homme danse le singe quand le  cochon sommeille.


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