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193ème semaine de Sarkofrance : le candidat Sarkozy rate son entrée en 2011

Publié le 15 janvier 2011 par Juan
193ème semaine de Sarkofrance : le candidat Sarkozy rate son entrée en 2011Toute la semaine, le candidat Sarkozy a enfilé des perles, les siennes, celle d'un candidat qui aimerait que les Français voient leur pays comme lui, qu'ils oublient ses échecs et promesses non tenues, et acceptent son nouveau rôle, une vraie composition, celui d'un monarque enfin protecteur. De retour des Antilles, après un passage inutile à Washington, il a continué sa tournée des voeux. Aux parlementaires UMP (mercredi), aux forces économiques (jeudi), puis au Conseil économique et social (vendredi), il a répété les mêmes termes sur le même ton, affiché la même satisfaction avec la même mise en scène. Avec la Tunisie en proie à de violentes émeutes depuis décembre, Sarkozy a surtout gâché une belle occasion de redorer son blason. Et l'affaire des otages au Niger complété le sinistre tableau.
Le monologue des voeux du candidat
Pour être réélu, il faut être protecteur. Adieu les clivages d'hier et l'agitation médiatique ! Le Monarque joue son nouveau rôle de composition avec application. Il parle toujours calmement, respecte scrupuleusement son texte, contrôle les digressions qui le feraient déraper, ménage ses auditoires à coups de compliments sur le travail accompli l'an dernier. A écouter le candidat Sarkozy, l'année 2010 fut un exercice formidable de travail collectif et de collaboration pacifique.
Aux parlementaires, pour l'essentiel de l'UMP, il s'est félicité d'avoir tenu ses promesses (sic !) et de ces 63 lois adoptées l'an passé, dont une poignée à peine sont mises en application. Il a loué la durée des débats et l'absence de recours à l'article 49-3 de la Constitution : quel effort, quand on dispose d'une majorité des deux tiers à l'Assemblée ! Deux tiers des lois, surtout les plus engageantes comme la réforme des retraites, ont été votées « en urgence », réduisant à quelques dizaines d'heures le temps de l'examen parlementaire. Devant les députés et sénateurs, il s'est félicité de la réforme des retraites, répétant son habituel mensonge sur une réforme qui prétendument règle définitivement la question du financement. Lui qui a laissé Eric Woerth puis François Fillon monté au front et s'est caché de l'opinion pour toutes les grandes annonces parle désormais de courage. 
Le candidat Sarkozy s'est aussi excusé des 6 mois de travail législatif intense mais « utile » qu'il leur demande pour cette fin de législature. Les prochaines lois sont connues : justice, fiscalité, et dépendance. Le lendemain, il avait laissé quelques ténors de l'UMP dont Jean-François Copé, se rendre aux voeux du syndicat policier Alliance, un signe de plus qu'il compte user de la sécurité comme thème de campagne. Aux parlementaires, il a promis l'introduction des jurés populaires dans les juridictions correctionnelles. On aurait aimé qu'il réfléchisse plutôt à une vraie réforme de la justice, comme son budget ou le renforcement de l'indépendance des instructions. Mêmes les procureurs ont demandé leur autonomie, mais ce n'est pas un sujet qu'affectionne le candidat. Sarkozy a rappelé aussi sa réforme fiscale. Il n'a pas livré de détails. Tout juste a-t-il mentionné le modèle allemand. Outre-Rhin, on rigole de plus en plus avec ces comparaisons. N'attendez pas non plus une remise à plat de la fiscalité des revenus. Sarkozy cherche simplement à effacer le bouclier fiscal, futur poison électoral.
Devant un parterre d'ouvriers castés chez Airbus à Blagnac, le candidat Sarkozy a ressorti quelques vieilles formules sur le travail de sa campagne de 2007. Il faut travailler plus et travailler «mieux ». Là aussi, il était tout miel, conciliant, compassé. Il désapprouva les 35 heures non pas par idéologie mais parce qu'aucun autre pays concurrent n'en avait fait le choix. Le candidat fait fi de la réduction séculaire du temps de travail, du chômage de masse, de la concurrence sociale par le bas. Au Conseil économique et social le lendemain, le candidat en rajoute sur la compétitivité. Le Sarkozy 2012 est devenu un promoteur de la mondialisation. Il teste ses formules de campagne pour 2012. Mais son suppositoire électoral reste encore trop gros et indigeste. Les sondages sont mauvais et l'actualité des Français est ailleurs.
Gestion irresponsable de l'économie
En France, ce pays dont le candidat Sarkozy s'occupe donc si peu, les nouvelles ne sont pas fameuses. En d'autres temps, Nicolas Sarkozy les aurait commenté. Ces temps sont révolus. L'échec cinglant de la polémique sécuritaire de l'été dernier, une affaire pourtant concoctée en hauts lieux dans le bureau de Claude Guéant, a calmé les ardeurs clivantes du candidat Sarkozy. Il parle travail, courage, responsabilité et compétitivité. Même sur ces sujets, il est pris en défaut.
Ainsi, le bilan économique de la France en 2010, qui se dessine à fur et à mesure des publications statistiques ou gouvernementales, se confirme comme peu glorieux: le déficit budgétaire de la France s'est établi à 148,8 milliards d'euros l'an passé. François Baroin est satisfait qu'il soit inférieur d'un milliard aux prévisions du printemps. Il faut quand même rappeler qu'il a dérapé d'une trentaine de milliards par rapport au budget voté il y a un an (117 milliards de déficit voté pour 2010), et qu'il a été lourdement creusé par des dépenses conjoncturelles, pour plus de 40 milliards d'euros (plan de relance, grand emprunt)... Qui parlait de responsabilité ? Si Sarkozy était PDG, il aurait été viré sur le champ pour de tels dérapages incontrôlés. On comprend mieux l'urgence à réformer les retraites pour calmer temporairement les agences de notation...
Malgré l'énormité de ces dépenses, la croissance fait grise mine. Certes, la France est sortie de la récession, comme tous les pays du monde. Mais le schéma tant craint d'une croissance molle adossée à un chômage de masse se confirme. En décembre, la ministre de l'économie faisait la gourmande en promettant un « gros » 1,6%. Finalement, on en restera à 1,5% de croissance du PIB, quand nos voisins allemands caracolent avec 3,6%. Le nombre de sans-emplois reste préoccupant, en hausse et dans toutes les catégories (jeunes, sénior, longue durée). Le 24 janvier débutera la négociation entre partenaires sociaux sur les conditions d'indemnisation des chômeurs. Moins de la moitié des demandeurs inscrits à Pôle emploi bénéficient d'une indemnisation. Du côté de la fonction publique, le gouvernement fait semblant de découvrir les 870 000 agents précaires. Depuis 2007, les administrations publiques en ont embauché 100 000 de plus, alors que le gouvernement Sarkozy se pavanait d'avoir réduit, d'ici l'an prochain, de 100.000 postes le nombre de fonctionnaires !
L'inflation, l'an dernier, a repris. Réévaluée à 1,7%, elle provient d'une progression inquiétante du coût des énergies et des matières premières. Les ménages les plus modestes seront les premiers touchés. D'autant plus que le gouvernement a décidé de limiter au strict minimum la progression des minima sociaux et du SMIC.
Gestion catastrophique des conflits d'intérêt
En France, les affaires polluent toujours l'agenda du Président des Riches.
Mercredi, Xavier Bertrand était pris en flagrant délit d'incompétence. Deux de ses collaborateurs, quand il était ministre de la Santé en 2006, étaient rémunérés pour des travaux par les laboratoires Servier. Et il ne le savait pas. Plus de 4 ans plus tard, le Mediator fait scandale, près de 120 malades se sont portés partie civile. L'actuel ministre du travail a reçu son tant attendu rapport de l'Igas, ce samedi 15 janvier. Depuis le début de l'affaire, il s'abrite derrière pour éviter d'aborder l'épineuse question de la porosité des autorités sanitaires et du monde médical privé. Le 6 janvier dernier, il peinait à cacher sa stupéfaction quand Jacques Servier, ancien client de l'avocat Nicolas Sarkozy et décoré en juillet 2009 de la légion d'honneur par ce dernier, n'avait attribué que « 3 morts, pas plus » à son médicament. Il a aussi promis une indemnisation rapide et complète des malades du Mediator. Sa secrétaire d'Etat à la Santé, Nora Berra, ancienne salarié de laboratoires pharmaceutiques jusqu'en 2009, se terre.
Le prédécesseur de Bertrand au ministère du Travail Eric Woerth n'en a pas fini non plus avec ses affaires de conflits d'intérêt. Jeudi 13 janvier, la Cour de Justice de la République a ordonné une enquête pour prise illégale d'intérêt à son encontre dans l'affaire de la vente de l'hippodrome de Compiègne. L'ancien trésorier de l'UMP a été complètement lâché par son ancien mentor.
Et sur l'affaire Karachi, la justice vient d'accepter le constitution de plainte de l'association Anticor. 
Gestion diplomatique ratée
A l'étranger, l'agenda n'est pas celui auquel le candidat Sarkozy avait rêvé. Et les conflits d'intérêts sont tout aussi manifestes. Si prompt à dénoncer la répression anti-démocratique en Iran, Sarkozy s'est tenu coi depuis la mi-décembre devant les massacres en Tunisie. Les émeutes de la faim ont pris de l'ampleur, et la contestation se propage grâce à Internet. Mardi à l'Assemblée, Michèle Alliot-Marie a proposé l'aide de la police française pour « régler les situations sécuritaires » (sic !). Deux jours et une dizaine de morts plus tard, François Fillon a enfin dénoncé « l'usage disproportionné de la violence ».  Jeudi 13 janvier, acculé, le président Ben Ali a accepté de faire cesser les tirs à balle réelle contre la rue. On croit rêver. Près de 70 personnes ont été tuées en 5 semaines de contestation. Vendredi, il décrétait l'état d'urgence et limogeait son gouvernement pour décider, quelques heures plus tard, de fuir le pays et se réfugier en Arabie Saoudite. On se souvient de la visite de Sarkozy en Tunisie, en avril 2008 quand il se félicitait des progrès démocratiques et déclarait que « tout n'est pas parfait en Tunisie mais en France non plus
Au final, Nicolas Sarkozy a gâché une occasion historique de redorer son blason. Il a préféré soutenir Ben Ali jusqu'à la dernière minute. S'il s'était davantage ému de la violence d'Etat à l'oeuvre en Tunisie, il aurait pu capitaliser sur le départ de l'autocrate. C'est trop tard. Il a tout raté. Les conflits d'intérêts le font toujours déraper. Vendredi, le communiqué officiel était prudent : la France n'a fait que prendre « acte de la transition constitutionnelle », précisant qu'elle souhaitait « l'apaisement et la fin des violences. Seul le dialogue peut apporter une solution démocratique et durable à la crise actuelle. » Barack Obama fut plus précis, en demandant des élections libres. Plus tard dans la soirée de vendredi, après une réunion d'urgence avec François Fillon, signe de l'inquiétude française, Sarkozy fit savoir qu'il refusait d'accueillir l'autocrate déchu.
Sur la Côte d'Ivoire, changement de registre. La Sarkofrance défend la ... démocratie. L'indignation hors normes de Nicolas Sarkozy est toujours à géométrie variable. Mercredi, Laurent Gbagbo, le président sortant, réclamait le respect des institutions. Alassane Ouattara, le président élu et reconnu, l'accuse d'embaucher des mercenaires. Dans la rue, on commence à se tuer. En France, on dit que c'est à l'ONU d'intervenir.
Il y a 9 jours, l'enlèvement de deux jeunes Français au Niger, dans un restaurant à Niamey, avait choqué. Dès le lendemain, on apprenait leur mort, suite à une intervention des forces spéciales françaises. Rapidement, on nous expliqua que Sarkozy avait donné l'ordre de poursuivre les ravisseurs au Mali voisin pour éviter de perdre les otages dans un Sahel mal contrôlé. Il fallait défendre l'image d'un président courageux qui a pris ses responsabilités. On nous assura aussi que les deux Français avaient été exécutés froidement par ces « barbares » terroristes. Puis, l'argumentaire officiel évolua : il s'agissait de riposter contre les ravisseurs et qu'aucune négociation n'était possible. Jeudi, Sarkozy l'a rappelé. Cet évènement dramatique pose deux questions : d'abord, le changement de stratégie, à un moment pré-électoral très opportun. Jusqu'à lors, la Sarkofrance négociait (ou tentait de négocier) en coulisses avec les preneurs d'otages d'Aqmi. Ensuite, les conditions de l'intervention française sont encore peu claires. Aqmi accuse la France d'être responsable de la mort des deux Français. Emanant d'une organisation terroriste, l'argument ne vaut pas tripette. Mais les constatations sur le terrain, puis l'autopsie de deux corps, ont jeté le trouble. Les otages ont-ils été sacrifiés ? Ou est-ce une bavure ?
Ami sarkozyste, où es-tu ?


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