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Financer la dépendance ou sabrer la Sécu ?

Publié le 17 janvier 2011 par Pscauxcailly

Après la maladie, l’accident du travail, la vieillesse et la famille, la Sécurité sociale couvrira-t-elle bientôt un « cinquième risque » - la dépendance ? Nicolas Sarkozy a évoqué son projet dans ces termes. Mais de confidences en petites phrases, c’est un tout autre dessein qui se révèle : non pas une extension de la sécu mais une amputation de celle-ci.

Si le gouvernement préparait vraiment la naissance d’un cinquième risque dépendance, il commencerait par rassurer les Français sur son coût. Ce ne serait pas difficile.

Voici quelques chiffres à grands traits pour fixer les idées. Aujourd’hui, la dépendance coûte environ 30 milliards d’euros par an, dont 10 milliards sont financés par les particuliers et 20 milliards par la puissance publique (1). Ces sommes couvrent les besoins de quelque 2,4 millions de personnes âgées incapables de se suffire à elles-mêmes.

En 2025, selon les projections du Conseil d’analyse stratégique reprises dans le rapport Gisserot (2), la dépendance frapperait environ 3 millions de français. Leur part du financement pourrait âtre stabilisé à son niveau actuel, soit 10 milliards d’euros 2010, si la part du financement public passait d’un point à un point et demi de PIB, c’est-à-dire de 20 à 30 milliards d’euros d’aujourd’hui.

Il s’agit donc de trouver 10 milliards d’euros d’ici à 2015, soit un surcoût un peu moins qu’un point de CSG. En quinze ans, cela représenterait une hausse annuelle du taux de la CSG de 0,06 point. On peut retourner la question dans tous les sens, le problème posé est d’une ampleur dérisoire. Tellement dérisoire qu’on devrait d’ailleurs saisir cette occasion pour alléger encore le reste à payer des familles.

Mais au lieu de ce propos rassurant, on évoque chaque jour « un coût de 30 milliards », comme si les deux tiers n’étaient pas déjà financés. On parle d’un « casse-tête » à propos d’une arithmétique élémentaire. Un économiste, Jean-Hervé Lorenzi, qui surfait ce soir là sur cette vague de la peur, évoqua même sur France 3 un « surcoût de trois points de PIB » - 60 milliards au lieu de 10, bigre.

Ces propos alarmistes ravissent les banquiers et les assureurs privés, qui sentent venir l’aubaine. L’inquiétude que l’on a fait naître à propos des retraites a poussé nombre de Français dans leurs bras : à eux les fonds de pension, le risque avec. Et voici maintenant la grande peur de la dépendance, propice aux rentes viagères si la Sécu se dérobe. Ils sont prêts. Comme ils étaient prêts à proposer des assurances complémentaires santé, pour palier les déremboursement de l’assurance maladie.

Tout cela forme un ensemble où tout devient possible. Ecoutons le Premier ministre. C’était le 24 novembre. Le débat sur la dépendance, disait-il, « sera élargi à toute la protection sociale », afin de « fixer la part des régimes obligatoires et complémentaires et diversifier les modes de financement ».

L’idée d’une assurance dépendance privée devenant obligatoire fait son chemin. C’est tellement moderne.

______________________________  (1) Assurance maladie (12 milliards), départements (5 milliards), Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (3 milliards).(2) Hélène Gisserot, procureur général honoraire près la Cour des comptes : « Perspectives financières de la dépendance des personnes âgées à l’horizon 2020 », la Documentation française.

 

 

 

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