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Blake et Mortimer : La malédiction des trente deniers

Publié le 19 janvier 2011 par Sammy Fisher Jr
J'aime bien Blake et Mortimer. Leurs aventures presque pas croyables, mêlant action, fantastique, scientisme à la Jules Verne et mystères souterrains ; les costumes en tweed, les nœuds papillons, les uniformes ; le charme désuet d'une série qui nous transporte dans des années 50 qui n'en finissent jamais ; leur flegmatique habitude de ne pas mourir. A tel enseigne qu'ils ont même réussi à survivre à la disparition de leur créateur en 1987.
Blake et Mortimer, c'est une Angleterre fantasmée, issue des amours de Kipling et de Chapeau melon et bottes de cuir, née dans l'imagination d'un belge. Série culte, elle est devenue ce que Tintin aurait pu être sans le carcan judiciaire qui l'entoure. Et nous avons tous retenu quelque chose de Blake et Mortimer : "Par Horus demeure !", l'espadon, la marque jaune, Nasir, le colonel Olrik...
Blake et Mortimer : La malédiction des trente deniers
Ce nouvel épisode, où les héros vont devoir se confronter au mystère entourant les trente deniers reçus par Judas comme prix de sa trahison du Christ, reprend tous les éléments que le lecteur est en droit d'attendre  : une énigme, un super-méchant mégalo, Olrik en ennemi récurrent, des accidents de voitures, quelques naufrages, des explosions, et un soupçon de surnaturel.
L'idée de départ ? L'apôtre renégat Judas a raté son suicide (encore un coup de Dieu, toujours à se mêler de tout) et est enterré, bien des années plus tard, par une communauté chrétienne réfugiée sur une petite île grecque. Avec seulement 29 de ses deniers. Et les deniers, ce n'est pas la peine qu'il y en ait beaucoup pour qu'il y ait des problèmes. Le denier perdu est donc le point de départ  d'une foultitude d'aventures, à cause de la malédiction divine qui tombe sur la tronche de tous ceux qui tentent de s'en emparer, bien sûr.
Pour ma part, je préfère la vision de Judas imaginée par Borges dans la nouvelle "Trois versions de Judas", où il émet l'hypothèse que Dieu s'est fait homme jusqu'à l'infamie, et que le Christ n'est pas Jésus mais Judas... Mais revenons à nos deniers. Traité en film d'aventure, le sujet aurait pu donner un Indiana Jones 4 mieux inspiré, un peu dans le style "Les aventuriers du denier perdu", ou un OSS 117 de plus avec les nazis dans le rôle du méchant, comme d'habitude. De toute façon, pour Jacobs, de manière plus ou moins allusive, c'étaient toujours les nazis les méchants - jusqu'à Olrik, inspiré par le facho anglais Oswald Mosley. Mais même sans la photographie qui le prouve, la référence à la Seconde Guerre Mondiale dans le Secret de l'espadon est assez évidente.
C'est pour cela que je suis un peu gêné par l'entêtement montré par les auteurs des albums post-Jacobs à rattacher B&M à des références historiques (Sptounik dans La machination Voronov, improbable accord entre Hitler et l'empereur Basam-Damdu ici) : on gagne en ancrage dans la réalité ce qu'on perd en charme et en allusion, c'est dommage.
Blake et Mortimer : La malédiction des trente deniers
Quitte à faire des références, je préfère les discrets clins d'œil à Tintin du premier tome, que j'aurais aimé retrouver dans le deuxième, qui m'a un peu déçu. Jusqu'à la fin un peu trop grand guignol, où Dieu va encore intervenir, décidément c'est une habitude chez lui. N'est pas Spielberg qui veut et, à une fin à la Indiana Jones, j'eusse apprécié une conclusion à la Ric Hochet, avec explication rationnelle du mystère, démontage de la manipulation, et tea time après avoir bâillonné la Castafiore, mais je crois que je me mélange un peu les pinceaux dans le franco-belge.
Je pense que les auteurs ont voulu nous refaire une fin à la façon du Mystère de la Grande Pyramide, mais il manque le petit quelque chose qui fait qu'on accroche complètement. Il faut faire attention avec les recettes qui paraissent éprouvées : elles ne sont pas toujours à appliquer à la lettre. Mais ne me faites pas écrire ce que je n'ai pas dit, j'ai quand même passé un bon moment en lisant cet album, qui, bien que n'étant pas le meilleur de la série, a su trouver quelques astuces pour imposer sa marque, comme les petits signes montrant le vieillissement des héros, qui leurs donnent un côté plus humain :
Une constatation s'impose old chap : nous ne rajeunissons pas.
C'est peut-être un mystère mais c'est ainsi, les héros vieillissent tout en restant jeunes, et continuent à nous faire rêver tels les quatre mousquetaires dans Vingt ans après. Seule la mort pourra les arrêter. Mais ces deux là paraissent bien décidés à continuer à ne pas disparaître. Peut-être Dieu s'en est-il encore mêlé. On ne va pas s'en plaindre.
***
A la fin de ma lecture comme de cette chronique, bien des questions restent encore sans réponse, et je les soumets à votre sagacité, sages lecteurs : 
  • à quel moment Mortimer peut-il bien se raser la moustache à la page 20 du tome 2 ?
  • pourquoi les pipes que les personnages arborent tout le temps ne font-elles pas de fumée ?
  • pourquoi Olrik est-il aussi méchant qu'un Orangina rouge ?

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