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Publié le 20 janvier 2011 par Toreador

L'Echiquier du Mal

C'est une commande de l'Hérétique (qu'il brûle en Enfer), lui-même taraudé par deux blogueurs de Gauche que sont Yann Savidan et Stéphane. Le point de départ est un extrait du "Président des riches", un ouvrage écrit par Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, sociologues et anciens directeurs de recherche au CNRS:

"La puissance du pouvoir oligarchique actuel dépasse la seule personne de Nicolas Sarkozy. [...] Il n'est somme toute qu'un acteur apprécié et utile au poste stratégique qu'il occupe. Si cela tourne mal, s'il n'est pas réélu en 2012, les réseaux du pouvoir pourront toujours lui trouver un remplaçant, dans son camp ou dans une autre; C'est l'un des pires dangers d'une situation qui a dégagé à droite mais aussi à gauche, des personnalités susceptibles d'accéder aux plus hautes responsabilités. [...] Nicolas Sarkozy peut-être remplacé, y compris par un(e) leader socialiste, en préservant les intérêts essentiels de l'oligarchie".

La question est : Et si Nicolas Sarkozy n'était que le pion interchangeable de la superstructure oligarchique ?

C'est drôle : il y a 3 ans, on se triturait les méninges pour expliquer la monarchie absolue de Sarkozy.

Yann n'hésite pas et met en image un pion… 

Raoul Girardet es-tu parmi-nous ? "Ils" nous maîtrisent… "Ils ont le Talent. Ils ont la capacité de pénétrer dans notre esprit pour nous transformer en marionnettes au service de leurs perversions et de leur appétit de pouvoir. Ils tirent les ficelles de l'Histoire. (…) Ce sont des vampires psychiques" (Quatrième de couverture, l'Echiquier du mal, Dan Simmons, Folio SF). 

Extension du domaine de la lutte

Plutôt que de répondre bille en tête, je vais d'abord dépiauter la banane qu'on m'offre si généreusement à l'observation. La première étape est de savoir qui fait le diagnostic. D'après Wikipédia, le couple Pinçon a toujours travaillé le filon de la sociologie bourgeoise (c'est d'un gai), ce qui tendrait à me laisser penser qu'ils sont sympathisants communistes, l'approche Bourdieusienne se combinant ici avec l'analyse de la bourgeoisie comme classe sociale avec ses privilèges, ses intérêts, et ses espaces. J'ai fait une petite recherche sur google en tapant Pinçon + communiste et suis tombé sur ça. Bingo. Attention, je ne dis pas qu'ils sont communistes, attention ! On peut fréquenter la fête de l'Huma sans en être… de la même manière que ce n'est pas parce que Sarkozy part sur le yacht de Bolloré qu'il aime les riches, n'est-il pas ?

Il faut donc lire avec attention l'extrait proposé, en se remémorant que ses auteurs ne font que réutiliser – sciemment ou inconsciemment – les thèses de Karl Marx, en les actualisant avec le dîner au Fouquet's. On peut ainsi rapprocher la thèse présentée ci-dessus de la vulgate marxiste : "'appuyant sur l'analyse matérialiste-dialectique de la société capitaliste et des modes de production antérieurs (sociétés primitive, esclavagiste et féodale), Karl Marx a démontré que dans toute société comportant des classes sociales aux intérêts antagonistes, l'État se constitue comme une arme de répression aux mains des classes possédantes."

La thèse de la coalition des "riches" a ensuite connu un certain succès d'estime dans les années 20 avec E. Herriot alors qu'il était chef du gouvernement du Cartel des gauches (ne pas confondre avec Oligarchie) en 1924, et son expression sur le "mur d'argent" qui traduisait l'opposition des milieux bancaires et financiers à toute réforme économique et sociale en France. Elle fut pour la première fois employée afin d'expliciter l'hostilité des milieux bancaires et financiers dont la méfiance aggravait les difficultés financières que connurent son gouvernement (fuite des capitaux, dévaluation du franc, trésorerie publique quasi-nulle, etc).

La pipeau-sérisation de la politique

Ce premier exposé terminé, il faut ensuite analyser la thèse. "L'oligarchie financière" choisit elle vraiment le Président de la République ? J'en doute.

Si elle avait eu le choix, sans doute aurait-elle préféré en 2007 un DSK à une Ségolène Royal ; en 2002 elle serait parvenue à empêcher Jean-Marie Le Pen d'atteindre le second tour ; en 1995 elle aurait eu Balladur plutôt que Chirac, et en 1981 plutôt Gicard que Mitterrand.

En revanche, via le financement des partis politiques, il est vrai qu'elle peut avoir un certain impact, pour ne pas dire un impact certain. Heureusement, les scandales des années 80 ont considérablement assaini la situation, affaire Woerth mise de coté. C'est pour cette raison que je ne suis pas un grand fan de l'élimination de la caste des fonctionnaires de la vie politique. Les Fabius et Juppé ont laissé la place à des avocats, très liés aux intérêts du privé. Lagarde, Sarkozy, Borloo, Copé : ils ont tous en point commun ceci et reconstituent la IIIème République. J'ajoute que les fameuses "primaires" pré-présidentielles, outre le fait qu'elles parasitent 6 mois de fin de quinquennat, ont la détestable conséquence de rendre plus perméable les candidats aux sollicitations des sponsors. Regardez l'exemple américain*…

L'autre risque qui m'apparaît assez clairement est celui de l'apparition de "députés-lobbyistes", c'est à dire d'hommes politiques dont la carrière est sponsorisée par telle ou telle entreprise, qui lui paye sa campagne, et le réintègre en cas de défaite.  La constitution d'une classe politique passe résolument selon moi par la hausse très substantielle des rémunérations du personnel qui s'y dédie, et à mon sens la création d'un statut d'emploi. Nous voulons des maires dans nos villes et villages ? Rémunérons 2 500 euros mensuels un maire de village et 10 000 € un maire de grande ville. Nous voulons des députés imperméables aux lobbys ? Rémunérons-les 20 000 €/mois. Nous voulons des super-ministres ? Rémunérons-les 1 million d'euro/an. Nous aurons les meilleurs, et ils pourront braver le regard de ces grands banquiers et avocats qui gagnent le centuple. 

Allez je refile le bébé : H16 , en tant que consul général de la Sainte oligarchie libérale auprès de la blogosphère, et Laurent Pinsolle, en tant que grand pourfendeur du Sarkozysme. 

Mais nous savons tous que c'est Laurence Parisot qui écrit sous deux pseudonymes différents (rire caverneux).

* Obama est cependant une exception réconfortante puisqu'il a levé des sommes importantes non pas auprès du big business mais de "la base"

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