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Si j’étais Martine Aubry …

Publié le 10 février 2011 par Variae

Aussi artificiel et instrumentalisé qu’il soit, le nouveau rendez-vous désormais annuel entre Nicolas Sarkozy et « les Français », sous la forme d’un échange télévisé avec des panélistes triés sur le volet, constitue un moment important de la vie médiatique et politique – cela d’autant plus que l’élection présidentielle approche et que les tensions sont vives entre l’actuelle majorité et le pays. La question du traitement de l’événement, et des réactions à y apporter, est donc posée pour l’opposition.

Si j’étais Martine Aubry …

Le « minimum syndical » consiste à apporter le démenti le plus rapidement possible, et idéalement en temps réel, à l’opération de communication que constitue d’abord l’émission (il suffit de jeter un œil à la composition du panel retenu). La gauche et notamment le PS prennent en charge cette opération de désintox/riposte, de façon participative cette année avec une veille citoyenne. C’est utile et nécessaire. En même temps, la valeur ajoutée de cette veille, prise isolément, est relativement faible : le travail d’analyse et de contre-offensive à la propagande umpiste est déjà largement pris en charge par la « gauchosphère » (et en particulier par des blogs-ressources tels que Sarkofrance, Slovar ou Intox2007). A la rigueur, il serait aussi efficace de réfléchir à un partage des tâches et à une co-animation avec ces blogueurs, s’ils le souhaitaient. Par ailleurs, les interventions faites dans le cadre de cet exercice – absolument nécessaire encore une fois – ont tendance à se perdre dans le bruit médiatique considérable que génère pareil événement, entre réactions politiques, commentaires journalistiques et échanges bouillonnants sur Internet et les réseaux sociaux. Enfin, pendant que se déroule ce petit jeu parole du Président vs. réactions et critiques de l’opposition, l’initiative reste à l’avantage du premier, qui peut faire passer des idées et propositions, tandis que la gauche gaspille en lui répondant du temps qui serait utile pour communiquer sur ses propres positions. Même le fait d’obtenir des passages au JT de 20H00 les jours suivants ne change pas radicalement cette donne, puisque l’on demandera encore, à ceux qui en bénéficient, de se positionner par rapport à ce qu’aura dit l’Elysée.

Il y aurait en revanche une opération intéressante à mener, pour répondre coup pour coup à l’intervention présidentielle tout en profitant de la focalisation de l’opinion et des médias sur cette dernière : organiser dans la foulée, assez rapidement, une contre-émission sur le même modèle autour d’un leader de l’opposition. Pour que cela ait un sens et apparaisse comme le pendant naturel du show sarkozien, le bon « client » pour une telle émission ne peut être qu’un candidat désigné à la présidentielle, ou un dirigeant de parti. Dans le contexte actuel, je pense à Martine Aubry, en tant que dirigeante de la principale force d’opposition – mais à défaut, un(e) candidat(e) aux primaires pourrait sans doute aussi s’en charger. Les socialistes se plaignent souvent du fait que l’on ne reprend pas leurs idées, pourtant nombreuses depuis les conventions thématiques de 2010 ; ce serait le moment ou jamais de prouver le contraire, en débattant avec un panel de Français, sélectionnés sur Internet, et en démontrant en quoi les lignes déjà définies du futur programme du PS pourraient répondre à leurs attentes et à leurs préoccupations. On pourrait rendre l’exercice plus piquant encore en intégrant dans le panel en question des « survivants » de la première émission de Sarkozy, il y a un an.

Inutile de quémander le soutien d’une chaîne de télévision : une émission enregistrée Rue de Solférino, diffusée en streaming et ensuite disponible par tranches au téléchargement, sur Internet, serait déjà suffisante. Elle permettrait de faire connaître de façon vivante, et en situation, les propositions socialistes (qui a l’envie, ou le temps, de lire de longs documents en ligne ?). Elle installerait déjà le duel à venir avec Nicolas Sarkozy, dont un des derniers atouts reste la division de ses adversaires (quand lui domine seul son camp). Elle parasiterait surtout la publicité faite à l’émission présidentielle en constituant un événement dans l’événement : les médias, dans leur reprise, pourraient titrer sur le choc frontal entre allocution présidentielle et allocution à venir, en réponse, de l’opposition. Ce qui serait infiniment plus intéressant et audible que des communiqués ou déclarations de porte-parole, compilées de façon confuse, dans les journaux, avec celles des autres responsables politiques et syndicaux.

Si j’étais Martine Aubry, je crois que je n’hésiterais pas une seconde.

Romain Pigenel


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