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Une vision plus sobre de la révolution égyptienne

Publié le 15 février 2011 par Jcharmelot

Dans une chronique sur la révolution en Egypte, le Financial Times, sous la plume d’un de ses éditorialistes, Gideon Rachman, pose un regard réaliste sur la révolte du Caire. « Un peu de prudence en ce qui concerne la +Révolution de Facebook+ est nécessaire », écrit le commentateur. Cet appel à plus de sobriété intervient alors que les analystes occidentaux se sont enthousiasmés pour ce qui est présentée comme une mobilisation quasi-spontanée de jeunes égyptiens assoiffés de démocratie à travers les réseaux sociaux et les modes de communication de l’ère digitale. Pour autant, dans un pays de plus de 80 millions d’habitants, avec plus de 40 pc de la population vivant dans une terrible pauvreté et totalement illétrés, l’impact de la technologie doit être relativisé. Rachman explique que le soulèvement égyptien a été rendu possible, non seulement par internet, mais également pas des dynamiques traditionnelles qui ont dans l’histoire joué un rôle essentiel dans l’éviction de dictateurs. L’engagement des militaires dans le processus de transmission du pouvoir, le poids d’une opposition réprimée mais qui a développé des modes de survie qui la rendent incontournable, ou encore les influences de pays étrangers qui cherchent à défendre leurs intérêts. Une enquête du New York Times explique comment dès 2005, des organisations égyptiennes –comme Kefaya– ont tenté de canaliser les frustrations des intellectuels et de la bourgeoisie libérale face à un pouvoir replié sur ses prérogatives et ses privilèges. Par la suite, avec l’aide notamment des Etats-Unis, d’autres dynamiques en faveur de la démocratisation du pays se sont organisées: l’Académie égyptienne pour la Démocratie, l’Académie du changement, les Jeunesses des Frères Musulmans. Ces mouvements se sont coordonnés, ont appris les techniques de mobilisation et de lutte non-violente, en prenant notamment exemple sur le groupes pro-démocratie serbe Otpor, qui avait aidé à l’éviction de Slobodan Milosevic. Finalement ce travail de préparation a débouché sur l’appel à la manifestation du 25 janvier, journée traditionnellement marquée par la commémoration de la rébellion de la police égyptienne contre la présence britannique dans les années 40. Le reste fut ensuite un mélange de gestion intelligente de la mobilisation, de mise en oeuvre d’une stratégie de non violence face à la répression policière, de pressions américaines sur Moubarak, et d’implication croissante des Frères Musulmans. Aujourd’hui, une junte militaire gouverne l’Egypte et a promis de tenir des élections. De quand –et comment– sera réalisée cette promesse dépend le jugement qui sera finalement porté sur le soulèvement de la Place de la Liberté.


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