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Frédéric Dabi : « Marine Le Pen n’est pas une bulle médiatique »

Publié le 19 février 2011 par Delits

Les intentions de vote que vient de publier vendredi 18 février l’institut IFOP pour France Soir a de quoi inquiéter les états-majors de campagne. Créditée de 19 % et 20 %, selon les hypothèses, Marine Le Pen talonne les candidats UMP et PS. Le spectre d’un 21 avril est statistiquement possible. Frédéric Dabi, directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise de l’IFOP, revient pour Délits d’Opinion sur les principaux enseignements de cette enquête fortement commentée.

Délits d’Opinion : Le sondage que vous publiez aujourd’hui a beaucoup fait réagir dans les médias. DSK est-il encore le grand favori ?

Frédéric Dabi : D’abord, cette intention de vote confirme que Dominique Strauss-Kahn dispose, pour le moment, de très solides atouts. Le Président du FMI arrive devant le candidat Sarkozy – 26% contre 22% – alors que Martine Aubry, testée elle aussi, arrive derrière Sarkozy – 23% contre 22%-.

Encore une fois, il faut rappeler que ce sondage n’est en rien prédictif. Mais en l’état, et dans l’hypothèse d’une candidature Strauss-Kahn, le Président sortant arriverait en seconde place au premier tour, une situation inédite dans la Vème République. C’est toute la stratégie de Nicolas Sarkozy, c’est-à-dire un gros premier tour susceptible créer une dynamique, qui est mise à mal.

Délits d’Opinion : Pourtant, on constate dans d’autres études un effritement de la popularité de Dominique Strauss Kahn.

Frédéric Dabi : On a parlé à un moment de sondages contradictoires entre les baromètres IPSOS (-7 points) et l’IFOP (+ 3 points). Mais on compare deux choses différentes. Le sondage Ipsos est centré sur l’action des personnalités. Or, l’action du Président du FMI est mal connue de la majorité de nos compatriotes, et donc le jugement plus fluctuant. L’IFOP teste une popularité générale, qui est plus déconnectée des actes concrets.

Notre intention de vote rendue publique aujourd’hui, confirme par ailleurs de nombreux points positifs pour le Président du FMI qui jouit notamment de bons scores chez les personnes âgées, traditionnellement plutôt à droite; Dominique Strauss-Kahn réalise 34 %. Dans un contexte de crise de la représentation qui fait craindre un fort taux d’abstention pour la prochaine élection présidentielle, le soutien des seniors, qui votent davantage que la moyenne, est crucial.

Délits d’Opinion : Apprécié par une partie du centre, Dominique Strauss-Kahn est-il pour autant soutenu par la gauche ?

Frédéric Dabi : Dominique Strauss Kahn rassemble dans son camp, objectif prioritaire du premier tour. Ainsi, lorsque l’on regarde le score de DSK auprès des sympathisants PS, il fait aussi bien que Martine Aubry, qui a pourtant une image plus à gauche. Sur 100 électeurs se déclarant proches du Parti Socialiste Martine Aubry récolte 72% des suffrages, tandis que Dominique Strauss Kahn réalise 73%.

Et, s’il rassemble à gauche, c’est aussi, parce que du point de vue du peuple de gauche, il y a un désir ardent d’alternance. Or, dans cette perspective, Dominique Strauss-Kahn apparait aujourd’hui l’assurance tous risques, celui qui est le plus à même de garantir la victoire.

Délits d’Opinion : DSK est d’autant plus au centre du jeu que derrière, Marine le Pen continue sa percée, et parait en mesure de rééditer un second 21 avril.

Frédéric Dabi : C’est en effet le second grand enseignement de ce sondage. Marine le Pen atteint 20% contre 23% pour Sarkozy et 22% pour Martine Aubry. Nous sommes donc dans une incertitude statistique quant à l’ordre d’arrivée des candidats. C’est un seuil qui est franchi. Jamais pour une intention de vote nationale, nous n’avions vu un candidat du FN atteindre les 20%. Ce chiffre constitue un palier psychologique fort : à 20% on peut se qualifier au second tour.

Délits d’Opinion : Marine Le Pen a été très visible ces derniers temps. Ne bénéfice-t-elle pas d’une bulle médiatique ?

Frédéric Dabi : La structure de son électorat semble bien ancrée : elle grignote dans les catégories populaires, chez les employés et les ouvriers. Or, le soutien de ces catégories fut notamment le l’un des ferments de la victoire Sarkozienne de 2007. Pas seulement sur les questions de sécurité, mais aussi sur la valeur travail. Aujourd’hui, Marine Le Pen draine clairement une part des électeurs de Sarkozy (18%). On constate un phénomène de 2007 à l’envers, une sorte de retour à l’envoyeur. Cette porosité est confirmée par d’autres études : sur la question de l’islam, de la laïcité, de l’insécurité, il y a une adhésion très forte de l’électorat de droite traditionnelle à la parole frontiste.

Ce n’est donc pas une bulle médiatique. Pour autant, ces chiffres ne sont qu’une photographie. La campagne n’a pas officiellement commencé, n’est pas au cœur des préoccupations des français, et va encore connaitre de nombreux rebondissements.

Propos recueillis par Matthieu Chaigne


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