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Printemps oublié de la seconde guerre

Publié le 22 février 2011 par Sébastien Michel
Un Jour en mars de Peder Hove
Gaïa Editions
A partir de 18,05 € sur Amazon.fr

Peut-on encore écrire sur le seconde guerre mondiale? Cette question, c'est Peder Hove qui se la pose. Il répond par la positive et le prouve. Un Jour en mars est un roman audacieux et angoissant. L'auteur s'inspire d'un fait réel. Pendant la seconde guerre mondiale, le 21 mars 1945, la coalition attaque le quartier général de la Gestapo à Copenhague. La capitale danoise est le théâtre d'un bombardement aérien minutieusement préparé et qui ne dure que 4 minutes. C'est ce laps de temps, à priori très court, que le romancier va étirer à l'infini, du moins jusqu'à devenir un roman.
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Vole. Au fil du roman, le narrateur prévient : "Dedans, derrière l'esthétique architecturale de la façade, des hommes frappent, battent, rossent d'autres hommes." La frontière entre la réalité et la fiction est devient très mince car le plaisir de la lecture ne doit pas nous faire oublier l'horreur de l'Histoire qui se rencontre et se noue avec l'histoire jusqu'à ne plus faire qu'une. Et pour cause, le roman est truffé de détails chronologiques, de descriptions minutieuses et surtout il n'existe pas de personnage central. Un Jour en mars est construit par des hommes, des femmes et des enfants qui sont pris dans le tourbillon de l'Histoire longtemps après avoir été présentés. Ainsi, les classes narratives que Roland Barthes nomme "catalyses" ce transforment en "noyaux". En effet, le narrateur omniscient survole, grâce aux métaphores filées de l'avion en mission et de l'hélice, l'Histoire (axe de l'hélice) mais aussi l'histoire de tous les personnages (pares de l'hélice) de son roman qui pour la plupart mènent une vie normale, paisible,du moins avant le bombardement, à l'image de cette fille qui " Vue du bureau de Soeur Margrethe, (...) ressemble à un petit papillon qui se serait laissé séduire par les premiers rayons du soleil de printemps." Mais la menace existe et elles est permanente. A chaque fois qu'elle se présente, elle est annulée par le hasard, toujours présent également. De cette manière, l'angoisse monte crescendo jusqu'au moment où nous entrons dans le drame.
"There is trouble in the wind...". Nous arrivons à la cible, au sujet du roman. Une cinquantaine de chasseurs anglais survolent Copenhague. L'ancien bâtiment Shell, devenu Q.G. de la Gestapo, est bombardé. Par erreur, une école française est touchée et des dizaines d'enfants périssent. L'affrontement devient spatial. Nous sommes partagés entre la joie de savoir le Q.G détruit et le choc produit par la mort de tant d'innocents. La guerre qui déchire, nous la vivons désormais. Toutefois, nous avons toujours su qu'"...il existe une profusion d'aléas qui peuvent influer sur le résultat final de façon négative."Et c'est ce qui se produit avec la mort de ces écoliers. C'est pourquoi le lecteur reproche à l'auteur de ne pas avoir changé le cours de son histoire, et tant pis si cela travestit l'Histoire car nous sommes bien dans la fiction. Reproche que l'auteur prévient et veut contourner en interpellant son lecteur sur l'Histoire d'aujourd'hui en interrogeant : " le monde serait-il aveugle?" pour oublier le passé et se presser à le reproduire.
Peder Hove a le pouvoir de nous attirer dans les abysses de l'Histoire. La profondeur de son oeuvre et les rythmes de lecture imposés nous font oublier le contrôle de notre souffle, nous interroger sur nous-mêmes. Au moment où l'humanité se déchire dangereusement, où l'horreur du passé menace de revenir, Un Jour en mars est le roman qui tombe à pic. Pour que "plus jamais ça" ne soit pas une vaine parole.
Article original écrit et publié par Ali CHIBANI

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