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Jacques Attali a raison sur l'immigration

Publié le 26 janvier 2008 par Roman Bernard

Pas seulement parce que la population française est vieillissante, mais aussi parce que le territoire français est tout simplement sous-peuplé. Dans l'état actuel des techniques agricoles et industrielles, la France est capable d'accueillir une population au moins trois fois supérieure à ce qu'elle est aujourd'hui. Si la France veut continuer à exister en tant que nation au XXIe siècle -et l'Europe en tant que pôle de puissance-, il faut qu'elle voie sa population augmenter rapidement, sans quoi elle sera marginalisée, puis perdante dans le grand jeu de domination mondiale qui est en préparation. Pour qu'une immigration massive soit réellement une chance pour la France, il faut toutefois que cinq conditions, liées, soient remplies.
L'accroissement de l'immigration doit s'accompagner, en parallèle, d'une relance de la natalité. Pour que l'arrivée de nouvelles populations sur le territoire français se fasse de façon harmonieuse, il est nécessaire que les nouveaux venus ne viennent pas pour combler un déficit démographique mais bien pour s'ajouter à une population elle-même dynamique. Cette condition est évidemment loin d'être remplie aujourd'hui, avec une fécondité qui permet tout juste le renouvellement des générations, grâce à la plus grande natalité des étrangers et néo-Français.
Pourtant, la relance de la natalité est indispensable pour éviter que ne s'opère une substitution démographique -et donc culturelle- en France. Si la natalité est la même chez la population d'accueil et ses hôtes, les seconds finiront, malgré des frictions prévisibles pour la première génération, par s'assimiler à la première à partir de la deuxième génération. Cette hypothèse est douteuse dans le cas où les populations immigrées seraient sensiblement plus fécondes que la population d'accueil. Dans ce cas, qui est celui de l'Europe aujourd'hui, des heurts croissants sont à prévoir entre populations d'accueil et nouveaux arrivants, puisque l'augmentation en proportion de ces derniers crisperait les premiers, vieillissants et se sentant menacés, tandis que les seconds risqueraient, outre le repli sur leurs communautés, de formuler des revendications d'ordre ethnico-religieux, dérogatoires au droit commun. Ce phénomène, connu sous le nom de communautarisme et causé par l'atonie démographique de l'Europe et la politique multiculturaliste des pays européens, est de nature à mettre en danger la survie des nations européennes. Les conflits qui en résulteraient n'étant précisément pas le but de la commission Attali, on peut donc juste ajouter que la relance de la natalité est à la fois indispensable et urgente.
Comment y parvenir, c'est une question pour l'heure insoluble. Mais voir la société de consommation, et la désespérance des peuples occidentaux qui en est le corollaire, comme la principale cause de la dénatalité devrait permettre, sinon de trouver des solutions, du moins d'imaginer des voies vers le nécessaire regain de la fécondité.
Pour que l'immigration soit profitable à la France, il faut aussi qu'elle soit plus diverse. Dans l'idéal, l'immigration devrait présenter un échantillon représentatif de la population mondiale. Cela permettrait, tout en faisant venir une population nombreuse, de parvenir à l'assimiler, à la franciser, car les communautés, isolées et n'ayant en commun que le français, leur langue d'accueil, finiraient par se fondre dans la population française, avec au final de nombreux mariages mixtes qui sont la clé d'une intégration réussie. Tant que l'immigration en France sera essentiellement maghrébine, turque et africaine, avec pour dénominateur commun l'islam, la dualité entre une population d'accueil majoritairement chrétienne de culture et une population immigrée très majoritairement musulmane est de mise à interdire les mariages mixtes -la religion, on le sait, est un facteur puissant d'endogamie- et donc de faire cohabiter, puis éventuellement s'affronter des populations antagonistes. Pour éviter cela, établir des quotas représentatifs de l'importance numérique de chaque pays du monde est une solution souhaitable, et nécessaire. C'est sans doute la seule entorse que j'accepte au modèle français d'immigration et d'intégration, satisfaisant pour l'essentiel.
Mais, troisième point, ce modèle, assimilationniste, doit être réaffirmé. L'immigration ne pourra constituer une chance pour la France si n'est pas posé comme objectif préalable l'assimilation, la francisation des nouveaux arrivants. Cette politique n'aurait pas pour résultat de déculturer les populations immigrées, comme certains le prétendent souvent à tort, mais bien de permettre leur apport bénéfique à la société française. Tant que l'assimilation, par le métissage, sera minoritaire, le danger du communautarisme, et des affrontements interethniques, liés, sera permanent.
Si l'immigration légale doit être encouragée, et augmentée, l'immigration illégale, en revanche, doit être vraiment combattue. Par égard, par respect pour ceux qui ont fait la démarche de demander à s'installer sur le sol français, il doit être possible d'expulser tous ceux qui se seraient soustraits à cette obligation. Il est indéniable que, comme tout phénomène clandestin, l'immigration illégale est difficile à combattre parce que largement méconnue. Mais tant que l'on refusera d'expulser ceux qui doivent l'être, on alimentera ce phénomène, et dévaluera l'immigration légale. Ce n'est pas manquer de coeur que de dire que ceux qui n'ont pas été recrutés par la France pour venir chez elle n'ont pas vocation à y rester. Devant le nombre de situations problématiques, notamment au niveau familial, qu'une politique de fermeté pourrait provoquer, on peut envisager une dernière régularisation massive de clandestins. Une fois cette régularisation effectuée, l'expulsion doit devenir systématique. Cela permettrait, au passage, de revaloriser l'immigration légale, qui apparaîtrait à la fois comme un privilège et une chance.
Bien sûr, pour que cette politique de relance de l'immigration soit cohérente, il n'est pas interdit d'envisager le retour à un certain protectionnisme économique. Pas seulement au niveau européen, mais au niveau occidental. Le chômage, conséquence de la désindustrialisation des pays développés, elle-même causée par l'ouverture brutale des frontières économiques, pourrait ainsi être résorbé, notamment celui des immigrés, à un niveau anormalement élevé aujourd'hui. L'intégration passant principalement -mais pas exclusivement- par le travail, le retour à des emplois peu qualifiés, aujourd'hui assurés par les pays émergents, serait un vecteur important de l'intégration des nouveaux venus non diplômés. On peut ajouter comme condition particulière à l'intégration par le travail la priorité donnée à celui-ci sur l'assistance publique. Il n'est pas acceptable qu'en cumulant les minima sociaux et un emploi illégal, il soit possible de gagner plus qu'en occupant un emploi légal. Supprimer ces minima sociaux et encourager le travail légal en abaissant considérablement les charges constituerait un début. Cela implique de consentir à ce que l'Etat occupe une place moins importante dans l'économie. Ce serait, j'en suis convaincu, pour son plus grand bien. Reste que le retour à un protectionnisme économique ne semble guère faire partie des projets de Jacques Attali, pas plus qu'il ne fait partie de ceux de Peter Mandelson, commissaire européen au commerce inféodé à l'OMC. Dommage que l'Occident, malade de sa propre puissance, accepte que des restrictions s'appliquent à ses produits mais pas à ceux des pays émergents.
Roman Bernard

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