Energie solaire : décrypter le court et le long terme

Publié le 24 février 2011 par Arnaudgossement

Au terme d'une semaine marquée par la publication des arrêtés et décrets relatifs à la nouvelle grille des tarifs d'achat d'électricité d'origine solaire, plusieurs niveaux d'analyse sont possibles. Le mien, trés court, sera essentiellement d'ordre juridique et de deux sortes : sur le court et le long terme.


A court terme, on peut bien sûr regretter la manière dont l'Etat aura piloté la filière depuis 2006. Ce pilotage est à la fois marqué par un manque d'anticipation et par des réactions assez brutales.

Manque d'anticipation car en appuyant sur l'accélérateur en 2006 puis en 2008, l'Etat n'a pas anticipé les conséquences, à la fois de tarifs d'achat hauts et d'un cadre juridique quasi inexistant. La presse se fait désormais l'écho, à tort ou à raison, de spéculations ou de consommateurs lésés par des entreprises dont l'énergie ne serait pas le métier. Tout ceci nuit à l'image des énergies renouvelables et il faut y mettre un terme, au moyen d'un cadre juridique complet, du droit de l'environnement à celui du consommateur.

Réactions assez brutales car, poussé à cela par les tenants du vieux modèle énergétique centralisé et peu renouvelable, l'Etat a changé soudainement puis à plusieurs reprises la règle du jeu, au mépris du principe de confiance légitime qui doit guider les relations entre acteurs économiques et pouvoirs publics. Ce pilotage par à coups est regrettable. Il appartient aux organisations professionnelles, non seulement de le dénoncer mais également de proposer des solutions. Ce qu'elles ont d'ailleurs fait au cours de la concertation qui vient de s'achever et qui, pour ce motif au moins, démontre qu'elle n'aura pas été inutile.

Dans ces circonstances, la plus grande erreur pour un opérateur serait d'attendre pour auditer les conséquences de ces décisions gouvernementales pour son activité. Un exemple parmi d'autres : le bénéfice des tarifs d'achat définis par l'arrêté du 31 août 2010 est réservé aux projets qui auront fait l'objet de certaines formalités avant le terme du moratoire fixé au 9 mars. Il serait donc imprudent d'attendre la veille pour agir.

A long terme, ces décisions de l'Etat interviennent dans un contexte de flambée des prix des énergies fossiles  : le baril vient de passer le cap des 100 dollars et le prix du gaz devrait augmenter de 5% au 1er avril soit une hausse de 20% sur un an. Cette augmentation du coût des énergies fossiles aura des conséquences lourdes et durables pour notre économie. En d'autres termes : notre économie ne peut plus dépendre à ce point des énergies fossiles sauf à s'installer pour toujours dans la crise que nous connaissons actuellement.

Quelle est l'alternative ? Certains vantent les "énergies décarbonées", concept pratique en ce qu'il permet d'y inclure le nucléaire et de tenter de lui redonner un avenir. Or, la filière nucléaire française vit des heures très difficiles pour de multiples raisons qu'il serait impossible de détailler ici en quelques lignes. Quant au charbon, cette énergie connaît certes un développement important mais son coût social et environnemental est si lourd que seul le cynisme peut permettre de penser qu'il représente une alternative.

Restent donc les économies d'énergie et les énergies renouvelables, les deux allant de pair sans qu'il soit intéressant de les opposer. Le développement des économies d'énergie et des énergies renouvelables correspondent au sens de l'histoire. D'où mon optimisme.

Décrypter. Pour les acteurs qui s'interrogent aujourd'hui sur l'avenir de la filière solaire, l'analyse de la nouvelle grille tarifaire est indispensable mais insuffisante. Il faut tenter de décrypter les présupposés des décisions prises par l'Etat. Les textes, discours et communiqués publiés ces derniers jours par le Gouvernement comportent un certain nombre de messages qu'il importe d'étudier pour se projeter dans l'avenir et s'adapter. Ces messages sont nombreux et importants. Mon propos est ici strictement analytique.

Au nombre de ces messages, figure bien entendu celui relatif à l'autonomie de la filière.

L'Etat ne veut s'engager que le temps de lancer une filière. Ce qui a été fait avec plus ou moins de bonheur. Mais ce qu'il faut retenir est que le levier des tarifs d'achat n'est que l'un des leviers de développement et de  régulation de l'énergie solaire. Et un levier qui n'a plus vocation à être principal. En retour, les acteurs sont invités à définir pour leur activité un équilibre économique qui ne soit pas dépendant du tarif d'achat. Ainsi, le tarif d'achat ne pourra sans doute plus constituer l'argument de vente principal de panneaux. D'autres sont à identifier, à commencer par le coùt et les aléas des énergies fossiles (pétrole, gaz) ou nucléaire dans un contexte marqué par le renouvellement et le démantèmement couteux du parc.

D'autres messages, trés importants, sont à relever comme ceux relatifs à la diversification, à l'autoconsommation, au respect de l'environnement, aux analyses de cycle de vie, aux droits des consommateurs. Dans un certain nombre de cas, ces messages correspondent à de nouvelles contraintes. Certaines peuvent représenter des opportunités. De la même manière, si l'Etat se désengage, il faut être attentif à la place que prendront les collectivités locales dans la politique énergétique du pays. 

En conclusion, les décisions prises par l'Etat à court terme vont avoir des conséquences préjudiciables, non seulement pour les entreprises mais aussi pour l'image de la filière.

A long terme, le développement des énergies renouvelables se fera sans doute sur un modèle économique et juridique différent de celui que nous avons connu de 2006 à 2011 mais il demeure fidèle au sens de l'histoire.