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Comment le vendeur du BHV m'a convaincu que j'étais un bricoleur en puissance

Publié le 26 février 2011 par Desfraises

Comment le vendeur du BHV m'a convaincu que j'étais un bricoleur en puissance
Parfois l’on fait des économies qui coûtent cher. Garder un encombrant four à micro-ondes pourvu d’une prise suisse, se ruiner en adaptateurs et/ou en plateau tournant cassé, plutôt qu’acheter un appareil neuf, chinois, pas cher (et jetable ?). Mais je suis d’un naturel plutôt obstiné. Invoquez le champ lexical de l’entêtement et vous pourrez me coller tour à tour les adjectifs qualificatifs de têtu, cabochard, opiniâtre, volontaire, tenace, pugnace, etc. La pugnacité m’a permis notamment de vivre mon rêve de théâtre. Mais je m’égare de l'Est. Imaginons que nous nous rencontrions et que vous me donniez la plus idiote des offrandes, eh bien, je m’efforcerai de lui trouver une place dans mon minuscule appartement. Voici quelques années, un garçon entrait dans ma vie et je l’aidai dans un de ses déménagements. « Je ne sais pas quoi faire de cet éléphantesque micro-ondes, » me dit-il. Comment le four avait voyagé de Suisse pour atterrir dans cette improbable cave de la région parisienne est une longue histoire que je vous épargnerai.
A la faveur d’un nouveau déménagement – le mien, cette fois-ci – je retrouve l’usage de certains appareils électroménagers dont le four. Le hic, car il y a un hic, c’est que j’avais perdu l’indispensable adaptateur de prise électrique. Les Suisses ne se contentent pas de fabriquer de belles et dispendieuses montres, ils inventent aussi de drôles de prises. A propos, le couteau suisse que m’a gentiment fait graver l’ami Jean-Luc – auteur du billet « elle était belle, la vieille » – a servi à déboucher la première bouteille destinée à célébrer mon nouveau nid.
Parti explorer le légendaire et vaste sous-sol du BHV en quête d’un adaptateur, je reviens les bras chargés d’autres choses, lacets bleu pétrole, tendeurs, tournevis cruciforme, marteau rivoir, vis et crochets. Quelle ne fut pas ma perplexité devant le mur de marteaux : tous types, tous prix, tous designs. Lequel choisir ? Je n’allais tout de même pas demander au vendeur « quelle différence entre un marteau rivoir et un marteau de menuisier ? » Ce temple de l’outillage n’a pas seulement inspiré Pennac dans l’écriture de son Au bonheur des ogres, il a longtemps très longtemps été le lieu de vagabondage d’amoureux de la vis et du rivet – et là, je sens votre esprit mal tourné imaginer des choses que la vertu papale réprouve (fuck the Pope !). Ça n’est pas parce que le BHV est situé dans le ghetto homosexuel de Paris qu’il faut voir des gays partout. Quoiqueue.
Muni du dessin naïf de la prise suisse, j’aborde un vendeur. Il déclare : « Pourquoi vous ne changez tout simplement pas la prise ? » Et là, je sombre dans un abîme de perplexité. Il insiste. Et me fait un dessin (photo ci-haut). Galvanisé par ses conseils enfantins, je m’imagine en bricoleur du dimanche, que dis-je, du jeudi de la semaine des quatre jeudis. Et j’accepte la mission qu’il me confie.
Acheter une fiche mâle 2P+T blanche, un petit tournevis cruciforme. Rentrer chez moi. Couper le cordon du four à micro-ondes, chercher les fils de couleurs différentes. Les insérer dans mon nouvel achat, la fiche mâle. Visser. M’apprêter à brancher. Et prier !

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