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Lucien Bouchard, bon ou pas bon ?

Publié le 26 février 2011 par Jclauded
L’ex-premier ministre du Québec, l’avocat Lucien Bouchard, a accepté le poste de président de l’Association pétrolière et gazière du Québec au moment où les Québécois et Québécoises ont vraiment peur des conséquences de l’exploitation du gaz de schiste et s’y opposent majoritairement.
Bouchard a été avocat en droit du travail pendant 22 ans avant d’entreprendre une carrière politique. Il a été le principal penseur qui a mis dans la bouche de Brian Mulroney, son grand ami d’université, les mots qui ont permis à ce dernier de remporter la presque totalité des comtés au Québec et d’être propulsé au poste de PM du Canada, avec son Parti Progressiste-Conservateur (PPC).
Devenu ministre à Ottawa, Bouchard jugea que les principes et les objectifs de l’Accord du Lac Meech (pour réintégrer le Québec dans la constitution canadienne) devenaient trop dilués. Il quitta son poste pour créer le Bloc Québécois (BQ), un parti politique fédéral dédié à la séparation du Québec. À l’élection qui suivit, le BQ gagna suffisamment de sièges pour permettre à Bouchard de devenir chef de l’opposition à la Chambre des communes devant le nouveau PM Jean Chrétien. Du jamais vu !
En 1995, la campagne référendaire au Québec dirigée par le PM Jacques Parizeau, n’allait nulle part. Bouchard en prit le contrôle et devint, en un rien de temps, le vrai leader séparatiste (le mot est de lui). Tribun extraordinaire, il remplissait salle après salle grâce à son discours d’une logique implacable. À son grand désappointement et à ceux de ses fidèles, au soir du vote, l’option séparatiste du OUI ne perdit que par quelques centiles. Devant cette performance magistrale et l’admiration passionnée que lui témoignaient les Québécois, Parizeau se retira et Bouchard devint chef du Parti Québécois et fut assermenté premier ministre et dûment élu à l’élection qui suivit.
Il a gouverné le Québec d’une main de fer. Son projet de fusion des municipalités au Québec a créé un brouhaha indescriptible. La presque totalité des municipalités visées tinrent des référendums et le NON l’emportait partout par des majorités dépassant les 90%. Nonobstant cette expression démocratique, Bouchard imposa quand même la fusion. Par la suite, son successeur Jean Charest se senti obligé de permettre la dé-fusion, ce qui ajouta à la confusion. Une autre erreur!
Par ailleurs, afin de répondre aux exigences des financiers de Wall street, Bouchard décida de forcer à la retraite des milliers de professionnels des hôpitaux (chirurgiens, spécialistes, médecins et infirmières) afin de diminuer les dépenses de l’État. Les plus expérimentés quittèrent leurs taches. Depuis, les patients sont moins bien traités et les hôpitaux peinent à répondre adéquatement à la demande des citoyens malades. Un vrai scandale !
Lucien Bouchard vient d’expliquer sa position sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste. Évidemment, il n’est pas favorable à l’idée d’un moratoire puisqu’il représente l’industrie qui veut développer cette ressource. Plusieurs de ses arguments sont bons, logiques mais incomplets. Il affirme que le Québec doit se baser sur les conclusions du prochain rapport du Bureau d’Audience Publique sur l’Environnement (BAPE). Or le mandat du BAPE n’était pas suffisamment large pour vraiment étudier cette question difficile. Il n’a pas fait « une véritable évaluation environnementale stratégique (EES), visant à intégrer les facteurs environnementaux à l’élaboration de politiques, de plans et de programmes publics » comme le proposa l’Ordre des Ingénieurs du Québec.
Bouchard se trompe face à la vive réaction des Québécois. Ce ne sont pas des mots qui viendront à bout de leur perception négative du projet. Un arrêt de l’exploration est justifié pour calmer les esprits et permettre à tout le monde de reprendre son souffle. Je crois qu’un moratoire d’une année pourrait suffire pour permettre à Bouchard et cie de revenir expliquer le projet afin qu’ensemble nous réexaminions cette question qui peut s’avérer très importante pour l’avenir économique du Québec.
Puis, il y a la question de la mise sur pied d’une commission d’enquête sur la construction. Bouchard a une bonne expérience dans le domaine puisqu’il était procureur de la dernière commission d’enquête tenue il y a près de 40 ans. Après avoir dit qu’il s’opposait à une telle enquête parce que « les témoins deviennent coupables dès lors qu’ils sont vus à la télévision en train de témoigner à une telle commission d’enquête » voilà maintenant qu’il affirme « Moi, aujourd’hui, je la ferais parce que le gouvernement paie un prix énorme pour ne pas la faire et qu’il faut assainir les perceptions ». En somme, il accepte que le Québec dépenses des centaines de millions de dollars pour salir des gens innocents, pour assainir les perceptions, sauver le gouvernement… Non, cet argument n’est pas sérieux, d’autant plus qu’une nouvelle escouade permanente anticorruption vient d’être mise sur pied par le gouvernement et qu’elle pourra faire le travail plus efficacement. Ce n’est que de la petite politique et Bouchard le sait, car il affirme, en conclusion, « …malgré qu’il n’est pas certain que les coupables seront dénichés avec une commission d’enquête ».
J’ai été souventes fois en désaccord avec Lucien Bouchard. Tout particulièrement en rapport avec ses prétextes pour quitter le PPC, ses arguments pour créer un parti séparatiste à Ottawa (Bloc Québécois) qui a enlevé aux Québécois le pouvoir qu’ils avaient sur la scène fédérale, la fusion des municipalités qui a créé la désorganisation qui règne aujourd’hui à Montréal, la mise à pied du personnel professionnel des hôpitaux qui nuit encore à la qualité des soins aux Québécois. Et aujourd’hui, je m’oppose à son refus d’un moratoire sur la question du gaz de schiste et à son accord, que je qualifierais d’opportuniste, à la tenue d’une commission d’enquête sur la construction.
Malgré ces différents, j’admire Lucien Bouchard. C’est un Québécois hors de l’ordinaire. C’est un homme de conviction, sérieux, intelligent, convaincant, engagé, honnête qui aime le Québec et qui sait l’expliquer à ses compatriotes. Il est un homme qui a survécu à une maladie grave et qui a su relever la tête et continuer comme si rien n’était. Il a été un vrai homme politique qui garde ses convictions. C’est un bon homme.
Claude Dupras
Ps. Aujourd’hui, les « purs et durs » séparatistes le dénigrent à qui mieux mieux. Ils l’accusent d’avoir « botché » le référendum de 1995, donc d’être le responsable de la défaite. Ils ne l’aiment pas parce que comme d’autres personnages sérieux qui connaissent bien la situation politique québécoise, tel l’ex-ministre péquiste François Legault, Lucien Bouchard affirme qu’un nouveau référendum n’est pas gagnable à ce moment-ci. Ces « purs et durs » irréalistes seraient mieux de se regarder dans le miroir avant de critiquer les autres. N’est-ce pas eux qui viennent d’organiser, le 19 février dernier, une manifestation devant le parlement de Québec pour exiger le départ de Jean Charest ? Elle devait être extraordinaire et répercutante mais elle n’a attiré que 45 personnes. Cette manifestation manquée est devenue le plus grand « flop » organisé par des séparatistes, indépendantistes ou souverainistes depuis que l’on parle de séparation au Québec.

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