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Kadhafi, dans le rôle bien utile d’épouvantail

Publié le 28 février 2011 par Jcharmelot

DUBAI – Mouammar Kadhafi tient depuis quelques jours le devant de la scène. Ses diatribes, sa folie, la violence qu’il déchaine contre son peuple. Et soudain tout se brouille : la « révolte arabe », la démocratie, avec les extrémismes et Al Qaïda. Le printemps arabe semble se dissiper dans la démence meutrière d’un tyran rétrograde que l’Occident a diabolisé  puis réhabilité. Finies la révolution du Jasmin en Tunisie et la place de la Liberté au Caire. Finie aussi l’image de peuples arabes chassant dans la dignité des autocrates qui depuis des décennies leur interdisaient ce plongeon ennivrant vers la liberté. Même si ces révolutions n’étaient pas bien réelles, et même si l’armée aussi bien en Tunisie qu’en Egypte a été l’artisan majeur du changement de régime, le rêve valait la peine d’être caressé. Mais le rêve devenait embarrassant, et les envies de liberté contagieuses. Le Yémen s’y est mis. Pays pauvre, archaïque, et qui a le malheur d’avoir une frontière commune et bien longue avec l’Arabie saoudite. Et une façade maritime sur l’un des océans les plus périlleux du monde, où les pétroliers croisent trop souvent les boutres armés des pirates somaliens.  Divisé pendant longtemps entre un sud pseudo communiste et un nord tribal, il est réuni depuis la chute de l’URSS sous la houlette d’un autocrate viellissant, le président Ali Abdallah Saleh, qui ne contrôle plus grand’chose dans ces contrées où la vie est rythmée par la pause « kat », cet hallucinogène qui fait oublier la faim et le chômage. C’est de là que vient le père d’Ossama ben Laden, et c’est ici que les saoudiens cherchent des épouses dociles et à peine nubiles, pour les abandonner tout de suite après avoir consommé le mariage.  Et puis, il y a Bahreïn, le petit archipel du Golfe, monarchie sunnite qui régne sur une populations en majorité chiite. Là aussi trop près du grand frère saoudien et de sa difficile succession pour que les aspirations populaires soient laissées sans contrôle. Alors quoi de mieux que le pantin désarticulé que les Américains ont bombardé en 1986  lorsqu’il fallait venger des attaques terroristes en Europe mais qui est aujourd’hui laissé libre de massacrer son peuple. N’y a t il pas meilleure image que Kadhafi déchaîné et qui promet l’apocalypse pour calmer les ardeurs révolutionnaires de peuples arabes qui menacent des régimes répressifs, mais finalement fréquentables. Comme les monarchies du Golfe, d’Oman à Koweit, en passant par Bahreïn et le Qatar. Et surtout comme l’Arabie saoudite à qui il faut acheter du pétrole et vendre des armes. Dans un ballet bien réglé, le roi Abdallah, 86 ans, malade et quasi grabataire, est rentré la semaine dernière au royaume pour organiser sa propre succession. Et pour engager des réformes prudentes qui serviront d’exemples à des cousins du Golfe, et calmeront –pour le moment– des populations certes frustrées de leurs droits fondamentaux, mais pas aussi désespérées que les Libyens, et pas assez pauvres pour ne plus avoir grand chose à perdre, sauf la vie.  Les seuls encore canadidats à un changement de président sont les Yéménites, qui verront le tour arriver dès que le colonel libyen aura trouver un endroit où se réfugier.


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