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[Le Mercredi, on converge] Rose(s) de Jericho

Publié le 09 mars 2011 par Taupo

Il y a peu, mes amis de Memesprit m’ont lancé un défi caché dans un de leurs derniers articles, celui d’éclaircir les relations de parenté entre deux plantes. Mouaif…

De prime abord, cela ne m’excite pas trop vu que d’une, je me targue d’être un zoologiste et non un péquenot botaniste, et de deux, ça me rappelle des mauvais souvenirs puisque les plantes dont il s’agit, les roses de Jéricho, sont censées être increvables et ont pourtant pourri au bout d’une semaine de séjour chez moi!

Mais bon, il faut savoir mettre de côté son orgueil car d’une part j’étais bien engagé à devenir thésard en Biologie Végétale en début de cursus (Mercredi confession), et d’autre part, c’est pas en les snobant que j’arriverai mieux à faire pousser des plantes dans mon logis…

Bref, passons donc aux choses qui poussent dans la terre, sans neurones et qui s’agitent pas trop:

Les roses de Jéricho, qu’est ce que c’est? (Et ben quoi, vous êtes pas déjà allés voir l’article de Jika!). Bon, si vous avez vraiment la flemme d’ouvrir une nouvelle fenêtre, voici en deux mots ce que vous devez savoir: ‘la rose de Jéricho’ est le nom vernaculaire donné à trois plantes sur notre planète. D’abord la sélaginelle Selaginella lepidophylla, ensuite l’anastatique Anastatica hierochuntica et enfin l’astéracée Asteriscus hierochuntica (mais l’on ne parlera pas trop de cette dernière vu que j’ai pas envie). Ah ben ça nous en fait une belle jambe!

Détail un peu plus croustillant de leur mode de vie, les roses de Jéricho ont la capacité, une fois complètement desséchées, de se rouler en boule pour former des virevoltants (tumbleweeds en anglais), ces sortes de boules végétales sèches qui roulent au grès du vent et que l’on voit souvent dans les Westerns.

Quand elles sont sèches, les roses de Jéricho sont assez difficiles à distinguer. Jugez plutôt:

Anastatica hierochuntica

Anastatica hierochuntica

Selaginella lepidophylla

Selaginella lepidophylla

Mais ce qu’il y a de particulièrement fascinant avec les roses de Jéricho, c’est qu’elles présentent l’étrange capacité de redéployer leurs branches une fois plongées dans l’eau (ce qui leur fait porter le nom de plantes de résurrection):

Comme ça pour Selaginella lepidophylla

[Le Mercredi, on converge] Rose(s) de Jericho
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Et ainsi pour Anastatica hierochuntica

Là où ça se complique, c’est quand on applique une nomenclature stricte. En effet, si Anastatica hierochuntica peut bel et bien porter le nom de Rose de Jéricho (puisqu’il s’agit d’une plante poussant dans le Moyen Orient et le Sahara, et donc près de la ville de Cisjordanie dont elle tire le nom), Selaginella lepidophylla, poussant dans le désert du Chihuahua, se trouve bien loin de la ville biblique et les pinailleurs la nomment donc Fausse Rose de Jéricho (bouh, la vilaine plante qui veut se faire passer pour une autre!).

Remarquons au passage que, si les botanistes se prennent le choux (ha ha) pour savoir si ces plantes peuvent décemment porter le nom de Jéricho, aucun n’a remarqué qu’elles ne ressemblaient pas trop à des roses… J’dis ça, j’dis rien…

Mais ce n’est que le début les amis! Maintenant sachez que si la Fausse Rose de Jéricho est considérée comme une vraie plante de résurrection, la vraie Rose de Jéricho n’est qu’une fausse plante de résurrection! Incroyable, non?

Pour être plus clair: la vraie Rose de Jéricho Anastatica hierochuntica, lorsqu’elle se dessèche, meurt bel et bien, et son comportement en présence d’eau n’est qu’un mécanisme hygrochastique (un joli mot pour parler des mouvements effectués par les tiges des plantes grâce à la pression de l’eau) permettant à ses graines d’être relâchées dans un milieu adéquat à leur germination. C’est comme si le squelette de la plante avait encore des réflexes… De fait, les tiges ne reprendront jamais vie et cette plante ne rejoint donc pas la famille des plantes de résurrection.

La Fausse Rose de Jéricho Selaginella lepidophylla est quant à elle une vraie plante de résurrection… Enfin, presque. On dit qu’il s’agit d’une plante Poikilohydrique (ben fallait bien trouver un nom classieux pour contrer l’hygrochastisme de l’autre, là!) ce qui signifie qu’elle est capable de retrouver toutes ses fonctions vitales après une période plus ou moins longue de totale dessiccation (alias sècheresse de la mort). Mais en fait, c’est une feinte plus qu’autre chose. La Fausse Rose de Jéricho ne meurt pas quand elle se dessèche, elle se met simplement (enfin façon de parler) en stase.

Du coup, Selaginella utilise le concept du virevoltant pour véritablement trouver un coin plus sympa où se planter (re ha ha) alors que Anastatica utilise son cadavre pour aller semer ses graines. Retenons donc que la véritable compétition à Jésus vient du Mexique…

Rose_of_Jericho
 

Mais bon, on peut quand même dire que les roses de Jéricho ont grosso modo la même tronche et le même comportement. Alors à votre avis, quels sont les liens de parentés entre Anastatica hierochuntica et Selaginella lepidophylla? Cousines germaines? Du second degré? Vieilles parentes?

Et bien attachez vos ceintures, sachez que ces deux plantes appartiennent à deux lignées d’espèces qui se sont séparées entre il y a 400 et 500 millions d’années!

Pour mettre cette valeur en perspective, sachez qu’environ 7 millions d’années d’évolution nous séparent des chimpanzés, 100 millions d’années séparent les humains des souris.

En d’autres termes, confondre les deux roses de Jéricho revient à confondre un humain et une lamproie!

Petromyzon marinus
Homo sapiens

Notez que la ressemblance est frappante!

Avec environ 500 millions d’années de chemin évolutif indépendant, il doit bien y avoir un nombre conséquent de différences morphologiques entre les deux roses de Jéricho? Et bien oui et elles sont conséquentes pour qui sait les remarquer.

En réalité, Selaginella lepidophylla est une plante Lycophyte qui ne produit ni fleurs ni graines! Les plantes Lycophytes représentent la lignée des plantes vasculaires (avec racines et vaisseaux transportant la sève) qui a divergé le plus tôt du reste des lignées de plantes vasculaires, un peu comme la lignée des éponges pour le reste du règne animal. Elles ne se reproduisent qu’avec des spores. En voici quelques spécimens:

Lycopodium annotinum
image

   Lycopodium annotinum   Selaginella selaginoides

Anastatica hierochuntica quant à elle fait partie de la lignée des plantes à fleurs, les angiospermes, et plus particulièrement la famille des Brassicacées. Ses cousines sont le choux, le navet, le colza, la moutarde, le raifort, le cresson, etc… (et la célèbre Arabette des dames sur laquelle travail nombre de péquenots Botanistes).

M’enfin ne vous en voulez pas trop de n’avoir pas su identifier Anastatica comme une plante à fleur, car pour les voir, il faut avoir l’œil!

Fleur d'Anastatica hierochuntica

Fleur d'Anastatica hierochuntica

Encore une fois, les apparences sont trompeuses!

Mais moi, avec toutes ces histoires de salades et de verdures, j’ai comme une envie de me taper un steak!

Références:

Hegazy, A. K., H. N. Barakat, et al. (2006). "Anatomical significance of the hygrochastic movement in Anastatica hierochuntica." Ann Bot 97(1): 47-55.

Bergtrom, G., M. Schaller, et al. (1982). "Ultrastructural and biochemical bases of resurrection in the drought-tolerant vascular plant, Selaginella lepidophylla." J Ultrastruct Res 78(3): 269-282.

Eickmeier, W. G. (1982). "Protein Synthesis and Photosynthetic Recovery in the Resurrection Plant, Selaginella lepidophylla." Plant Physiol 69(1): 135-138.

Liens:

Rose de Jéricho

Article Talking Plants

Article Memesprit


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